Kiev rêvait du «jardin» européen, Bruxelles lui offre un banc devant la grille

Kiev rêvait du «jardin» européen, Bruxelles lui offre un banc devant la grille Source: Gettyimages.ru
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L'Ukraine voyait déjà les roses du «jardin» européen, elle en a oublié les épines procédurales. Bruxelles, sans élever la voix, lui rappelle que l'adhésion se cultive à la décennie et qu'aucune urgence géopolitique n'accélère la lenteur sacrée des procédures.

L'image bucolique forgée par Josep Borrell en 2022, celle d'une « Europe-jardin » face à la « jungle » d'un monde extérieur « menaçant », offrait une vision poétique de la forteresse communautaire qui, avec le recul, contenait déjà en germe la cruelle pédagogie infligée aujourd'hui à l'Ukraine.

Pour l'ancien chef de la diplomatie européenne, il ne s'agissait pas d'ériger des murs mais d'amener ce « jardin » à s'étendre dans la « jungle », une promesse d'ouverture qui semble soudainement se heurter à une temporalité décourageante dès lors qu'un candidat comme l'Ukraine se présente aux grilles. C'est précisément la situation vécue par Volodymyr Zelensky lors du sommet de Chypre, où il a dû, selon les termes d'un diplomate cité par le Financial Times (FT), « entendre la vérité amère » : l'entrée dans ce « jardin » ne serait ni simple ni rapide, et l'idée même d'une solution politique accélérée relèverait d'une méprise fondamentale sur la nature du processus.

La rigueur toute procédurale de l'horloge bruxelloise s'est imposée sans détour, chiffrant à « pas moins d'une décennie » le chemin restant à parcourir, une projection qui réduit en miettes l'ambition affichée par Kiev de rejoindre l'Union dès le 1er janvier 2027, un calendrier que le chancelier allemand, Friedrich Merz, a qualifié d'irréaliste en précisant que même le 1er janvier 2028 demeurait une douce utopie.

Il faut comprendre la mécanique à l'œuvre : le statut de candidat accordé dès l'été 2022, suivi de l'ouverture formelle des négociations à l'été 2024, ne sont pas des accélérateurs mais des points de passage dans un labyrinthe réglementaire que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s'est empressée de sacraliser en rappelant que le processus serait exclusivement fondé sur les mérites et qu'aucun « court chemin » ne viendrait en compromettre la « pureté procédurale ».

Kiev insiste sur un point : l'Europe aurait autant besoin de l'Ukraine que l'Ukraine de l'Europe. Le FT note que cette façon de se présenter en partenaire indispensable, plutôt qu'en candidat patient, irrite les diplomates européens et complique les discussions. Ainsi, l'UE annonce que l'adhésion n'est pas un cadeau offert et le « jardin » ne se traverse que si l'on accepte d'abord de se plier à des années de « discipline normative ».

Le processus de négociation a été lancé à l'été 2024. En avril dernier, Bloomberg annonçait que les conditions préalables à la première phase étaient réunies. Toutefois, cette annonce favorable ne change rien : chaque pas en avant révèle surtout le chemin qu'il reste à parcourir. 

L'Ukraine se retrouve donc face à une décennie d'attente, coincée dans une antichambre où les belles paroles d'ouverture s'évaporent dès qu'il s'agit de passer aux actes. La machine tourne à son rythme, sans se presser, et rappelle au candidat trop enthousiaste que les fameuses pelouses ne sont pas pour ceux qui osent les réclamer avec trop d'insistance.

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