Aux Etats-Unis, 10% des prisonnier du couloir de la mort sont des anciens militaires

Les troubles psychologiques des vétérans sont rarement pris en compte par les tribunaux Source: Reuters
Les troubles psychologiques des vétérans sont rarement pris en compte par les tribunaux

Souffrant souvent d'un stress post-traumatique peu pris en compte par les tribunaux, les vétérans de l'armée américaine sont largement surreprésentés parmi les prisonniers attendant leur exécution.

Début 2015, Andrew Brannan était exécuté dans l’Etat de Géorgie. C’était un ancien combattant de l’armée américaine. Il symbolise parfaitement ces soldats américains qui rentrent au pays traumatisés par la guerre, et coupables de meurtre une fois démobilisés. Ainsi, un rapport publié ce mardi aux Etats-Unis démontre que 10% des hommes dans le couloir de la mort des prisons américaines sont des anciens combattants. Ils seraient plus de 300 vétérans à attendre la mort.

Cette étude du Centre d’Information sur la Peine de mort (DPIC), qui a fait un long travail d’enquête pour arriver à ces résultats, estime en effet que les tribunaux américains peinent à prendre en compte la situation mentale de ces vétérans. Nombre d’entre eux souffre en effet d’atteintes psychiatriques sérieuses de ces hommes.

Pourtant, dans le cas d’Andrew Brannan, devenu une symbole, les problème psychiatrique sautaient au yeux. Le 12 janvier 1998, cet ancien combattant est arrêté par le policier Kyle Dinkheller pour un excès de vitesse. Sur la vidéo, devenu un classique de l’entraînement policier aux Etats-Unis, on voit l’ancien militaire sortir de son pick-up --un acte formellement proscrit quand on se fait arrêter sur une route américaine-- et entamer une folle danse sur la chaussée. «Je suis là ! Je suis là ! Descends-moi !», crie Andrew Brannan, provocateur. Puis, toujours sourd aux ordres de l'agent, il passe aux invectives: «Va te faire foutre!», hurle-t-il, «Je suis un putain de vétéran du Vietnam !».

Quand il retourne à son véhicule, c’est pour récupérer une arme. Il tire neuf fois sur le policier, mort sur place, et repart tranquillement au volant de son pick-up. Au tribunal, malgré le diagnostic d’un syndrome de stress post-traumatique (PTSD) lié à la guerre du Vietnam, il n’aura eu le droit à aucune clémence.

Pour Art Cody, directeur juridique d'une organisation de défense de vétérans, «bien souvent les juges, les jurés, les procureurs et même les avocats de la défense ne sont pas familiers des affaires militaires». Ainsi, selon cet homme la population civile peine à «comprendre combien le vécu militaire de l'accusé l'a affecté et a influencé son crime».

Ce qui fait que ces vétérans obtiennent rarement la clémence des tribunaux, et sont même parfois plus sévèrement condamnés, du fait d’un devoir d’exemplarité. Aujourd’hui environ 300 anciens militaires attendent leur exécution dans les prisons américaines. Certains, avant de se retrouver dans le couloir de la mort, ont pourtant connu la gloire, à l’image de Robert Fisher, blessé en 1967 au Vietnam et décoré sur son lit d'hôpital par le président Lyndon Johnson de la Purple Heart, une prestigieuse médaille. Atteint de troubles mentaux, Robert Fisher a des années après assassiné sa compagne. 

Selon le rapport du DPIC, plus de 800.000 anciens combattants du Vietnam ont montré des symptômes de stress post-traumatique. Plus de 300.000 ancienscombattants d'Irak et d'Afghanistan en souffrent. Le «sniper de Washington», condamné à mort pour dix meurtres gratuits après avoir aménagé le coffre d'une vieille Chevrolet afin de pouvoir s'y dissimuler et tirer sur des personnes prises au hasard était, lui aussi, atteint de ce symptôme après la première guerre du Golfe.

Cette question du stress post-traumatique a toutefois bénéficié d'un puissant coup de projecteur avec le film à succès «American Sniper» de Clint Eastwood, sur un tireur d'élite en Irak, Chris Kyle. Lui-même fut tué en 2013 par un ancien Marine mentalement détraqué, Eddie Ray Routh. Ce dernier a été condamné fin février au Texas à la prison à perpétuité, une avancée selon le rapport du DPIC, car le procureur n’a pas cherché à obtenir de condamnation à mort. 

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