«Uber Files» : les liens privilégiés ayant uni Uber et Macron lorsqu'il était ministre de l'Economie

- Avec AFP

«Uber Files» : les liens privilégiés ayant uni Uber et Macron lorsqu'il était ministre de l'Economie© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Emmanuel Macron en juillet 2016, alors qu'il était ministre de l'Economie (image d'illustration).
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Le Monde a épinglé les liens entre Uber et Emmanuel Macron lorsque celui-ci était ministre de l'Economie, en se basant sur des documents internes de la société américaine transmis au journal britannique The Guardian.

Dans le cadre des «Uber Files», une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber adressés par une source anonyme au quotidien britannique The Guardian et transmis au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et à 42 médias partenaires, Le Monde s'est intéressé aux liens entre la société américaine et Emmanuel Macron à l'époque où il était ministre de l'Economie (2014-2016).

S'appuyant sur différents témoignages et documents, dont de nombreux échanges de SMS, Le Monde conclut à l'existence d'un «deal» secret entre Uber et Emmanuel Macron à Bercy. Le quotidien fait état de réunions dans le bureau du ministre, de nombreux échanges (rendez-vous, appels ou SMS) entre les équipes d'Uber France et Emmanuel Macron ou ses conseillers.

Sont pointées du doigt certaines pratiques destinées à aider Uber à consolider ses positions en France, comme le fait de suggérer à l'entreprise de présenter des amendements «clés en main» à des députés.

Sollicitée par l'AFP, la société Uber France a confirmé la tenue de réunions avec Emmanuel Macron : des rencontres qui «relevaient de ses responsabilités en tant que ministre de l'Economie et du Numérique supervisant le secteur des VTC». 

L’Elysée a expliqué à l'AFP que Emmanuel Macron, comme ministre de l'Economie, était «naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu’il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires». 

Des pratiques illégales pour s'imposer sur le marché ?

L'enquête journalistique accuse en outre le géant du VTC d'avoir «enfreint la loi» et utilisé des méthodes brutales pour s'imposer malgré les réticences des politiques et des compagnies de taxis.

La violence garantit le succès

A la lumière de 124 000 documents, datés de 2013 à 2017 — comprenant des emails et messages des dirigeants d'Uber à l'époque, ainsi que des présentations, notes et factures — le Guardian écrit notamment : «L'entreprise a enfreint la loi, trompé la police et les régulateurs, exploité la violence contre les chauffeurs et fait pression en secret sur les gouvernements dans le monde entier.»

Les articles mentionnent notamment des messages de Travis Kalanick, alors patron de la société basée à San Francisco, quand des cadres se sont inquiétés des risques pour les conducteurs qu'Uber encourageait à participer à une manifestation à Paris.

«Je pense que ça vaut le coup», leur a répondu le cofondateur, ajoutant : «La violence garantit le succès.»

Parfois nous avons des problèmes parce que, bon, nous sommes carrément hors-la-loi

Selon le journal britannique, Uber a adopté des tactiques similaires dans différents pays européens (Belgique, Pays-Bas, Espagne, Italie...), mobilisant les chauffeurs et les incitant à se plaindre à la police quand ils étaient victimes agressions, afin d'utiliser la couverture médiatique pour obtenir des concessions des autorités.

«M. Kalanick n'a jamais suggéré qu'Uber exploite la violence aux dépens de la sécurité des conducteurs», a réagi Devon Spurgeon, porte-parole de l'ancien dirigeant controversé, dans un communiqué publié par l'ICIJ.

D'après les quotidiens, Uber avait par ailleurs mis en place différentes stratégies pour déjouer les tentatives d'intervention des forces de l'ordre, dont celle du «coupe-circuit» («kill switch») qui consistait à couper rapidement l'accès d'un bureau du groupe aux principales bases de données informatiques, en cas de perquisition.

Autre exemple de propos compromettants révélés par le consortium de journalistes, la directrice mondiale de la communication d'Uber, Nairi Hourdajian écrivait à ses collègues en 2014 : «Parfois nous avons des problèmes parce que, bon, nous sommes carrément hors-la-loi.»

De son côté, l'entreprise a répondu à ces publications par un communiqué, soulignant notamment que ses «erreurs» d'avant 2017 avaient déjà été largement couvertes dans les médias.

«Nous n'avons pas justifié et ne cherchons pas d'excuses pour des comportements qui ne sont pas conformes à nos valeurs actuelles en tant qu'entreprise», a ainsi fait valoir Jill Hazelbaker, vice-présidente chargée des Affaires publiques d'Uber, dans un communiqué en ligne.

Et d'ajouter : «Aujourd'hui, Uber [...] fait partie intégrante de la vie quotidienne de 100 millions de personnes [...] Nous sommes passés d'une ère de confrontation à une ère de collaboration.»

«Pillage du pays» : indignation à gauche

Des élus de gauche ont d'ores-et-déjà exprimé leur indignation quant à ces liens particuliers ayant uni Emmanuel Macron et Uber.

La patronne des députés LFI Mathilde Panot a ainsi dénoncé sur Twitter un «pillage du pays», Emmanuel Macron ayant été à la fois selon ses termes «conseiller et ministre de François Hollande et lobbyiste pour multinationale états-unienne visant à déréguler durablement le droit du travail».

Le numéro un du PCF Fabien Roussel a relayé des «révélations accablantes sur le rôle actif joué par Emmanuel Macron, alors ministre, pour faciliter le développement d'Uber en France», «contre toutes nos règles, tous nos acquis sociaux et contre les droits des travailleurs».

«Uber mériterait bien une petite commission d’enquête» parlementaire, affirme encore le député communiste Pierre Dharréville.

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