Mélenchon/Zemmour : la «cellule de fact-checking» de BFMTV cible d'une avalanche de critiques

Mélenchon/Zemmour : la «cellule de fact-checking» de BFMTV cible d'une avalanche de critiques© Bertrand Guay Source: AP
Le plateau télévisé de BFMTV qui a accueilli le débat entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour le 23 septembre 2021.
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L'initiative de BFMTV visant à vérifier en direct les propos de ses invités a subi un véritable retour de bâton sur les réseaux sociaux où journalistes, hommes de loi mais aussi personnalités politiques ont décidé de «fact-checker les fact-chekers».

Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle aura fait parler d'elle ! L'équipe de BFMTV chargée de vérifier les faits énoncés par Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour pendant leur débat diffusé dans la soirée du 23 septembre a suscité une avalanche de commentaires sur les réseaux sociaux.

Entre les réactions indignées des uns et la touche d'humour apportée par d'autres, une écrasante majorité de commentateurs, parmi lesquels figurent des journalistes, avocats ou encore des personnalités politiques, ont remis en cause certaines interventions de l'équipe en question qui, composée d'une dizaine de personnes, avait été baptisée «cellule de fact-checking».

Pas d'«hiver dans le noir» pour certains Français ?

Entre autres sujets largement commentés, la réponse apportée par une journaliste de la chaîne télévisée à Jean-Luc Mélenchon qui avait recouru à une formule imagée pour pointer du doigt l'existence d'une fracture énergétique en France, en déclarant notamment que «des Français [avaient] passé l'hiver dans le noir». «FAUX, la loi interdit aux fournisseurs d'énergies de couper le courant durant la trêve hivernale», lui a alors rétorqué l'équipe de journalistes assignés à vérifier ses propos. Publié sur les réseaux sociaux, l'extrait en question a généré des centaines de réactions indignées.

Parmi elles, celle d'Ariel Guez, journaliste pour la chaîne parlementaire LCP, et qui, visiblement remonté contre ses confrères de BFMTV, a estimé que ce «fact-checking» était «la pire idée possible». «Evidemment que des gens retardent au maximum pour allumer leur chauffage dans l'année et la lumière le soir en rentrant chez eux. Non ils ne passent pas "l'hiver dans le noir." Mais parce que cette formule, c'est ce qu'on appelle une figure de style en fait. Un pauvre : je passe l'hiver dans le noir, Fact-checkeur BFMTV : Non, vous avez allumé une lampe entre 15h et 17h le 21 décembre», a-t-il ironisé dans un série de tweets à ce sujet.

Hervé Le Bras : un choix partisan ?

Autre vérification de l'équipe de BFMTV ayant suscité d'amers commentaires : celle des propos d'Eric Zemmour qui, durant le débat, a affirmé que la France compterait deux millions d'immigrés supplémentaires à la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. «FAUX, d'après le démographe Hervé Le Bras, il y aura entre 850 000 et un million d'immigrés en plus en France, en cinq ans», lui a alors répondu la «cellule de fact-checking».

Avocat général à la cour d'assises au sein de la cour d'appel de Paris – lui-même plutôt marqué à droite – Philippe Bilger a critiqué le choix politique de la chaîne télévisée qui aurait sciemment recouru à un expert politisé, de gauche, pour contrer les propos de l'écrivain polémiste. «Ce fact-checking est assez comique. On demande à Hervé Le Bras et non à Michèle Tribalat : on choisit des experts de gauche et pas l’autre», a écrit le magistrat, en faisant ici référence à deux démographes aux sensibilités politiques différentes.

Débats autour du montant de la fraude sociale

La cellule de fact-checking s'est également attirée les foudres du magistrat Charles Prats, vice-président chargé des fonctions de juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris, après avoir remis en cause une affirmation d'Eric Zemmour selon laquelle la fraude sociale en France s'élèverait à 50 milliards d'euros par an, BFMTV déclarant en substance que ce chiffre était bien trop élevé tout en rappelant la difficulté à l'évaluer. C'est à l'antenne de la concurrence chez Sud Radio que Charles Prats a décidé de revenir sur le sujet. «La commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale a conclu, sur l'année 2021, à 45 milliards d'euros en fraude aux prestations sociales. Ce n'est pas seulement moi qui le dis !», y a notamment affirmé l'homme de loi.

En tout état de cause, le député Pascal Brindeau, rapporteur d'une commission d’enquête sur la fraude sociale, déclarait en septembre 2020 que la fraude non détectée se chiffrait «entre 14 et 45 milliards d'euros», selon des propos rapportés par France Info.

Combien d'agressions quotidiennes ? 

Quant à la rectification proposée par BFMTV en réponse aux propos d'Eric Zemmour selon qui il y aurait en France 1 000 agressions par jour («FAUX, selon le ministère de l'Intérieur, en 2020, il y a eu 260 000 agressions soit environ 700 par jour», a souligné la chaîne d'informations en continu), elle a fait bondir le militant identitaire Damien Rieu qui a pour sa part décidé de partager un récent article du Figaro faisant état de «2 000 agressions par jour» sur le premier semestre 2021 en comptabilisant «les agressions commises sur la voie publique, à l’école ou dans le cadre intrafamilial». «Fact-checking des fact-chekers du débat sur BFM», a-t-il ironisé dans un tweet.

Un débunkage oublié ?

Autre sujet qui cette fois n'a pas fait l'objet de vérification de la part de BFMTV, au grand dam de certains commentateurs : le fait qu'Eric Zemmour affirme qu'«il n'y [avait] jamais eu d'accident nucléaire en France». Parmi les réactions à ce sujet, celle d'un journaliste du Parisien, Nicolas Berrod, a provoqué plusieurs centaines d'interactions sur Twitter. «Dans les faits, il y a eu deux [accidents] de niveau 4 (sur une échelle jusqu'à 7)», a-t-il écrit, repartageant un lien sur le sujet disponible sur le site du gouvernement.

Si elle n'est pas la première en son genre, il est à noter que l'initiative de BFMTV visant à vérifier en direct les propos de ses invités avait particulièrement été mise en avant par la chaîne en amont du débat.

Le retour de bâton qu'elle a provoqué n'est pas sans rappeler la défiance grandissante d'une partie de la population vis-à-vis des médias, un phénomène particulièrement observable sur les réseaux sociaux ou encore à l'occasion de récents mouvements sociaux au cours desquels ont été constatées plusieurs manifestations d'hostilité visant les professionnels de l'information.

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