Paris mène une politique «nocive» pour les droits humains, juge la Française à la tête d'Amnesty

- Avec AFP

Paris mène une politique «nocive» pour les droits humains, juge la Française à la tête d'Amnesty© Joël SAGET
Agnès Callamard à Paris, le 6 avril 2021.

La nouvelle secrétaire générale de l'ONG Amnesty international Agnès Callamard met notamment en cause les restrictions au droit de manifester et la politique étrangère de la France – y compris le retour au cas par cas des enfants de djihadistes.

La France est engagée dans une voie «nocive» pour les droits humains – tant sur le plan intérieur qu'à l'international – et détruit à «petit feu» les valeurs de solidarité et d'égalité, estime Agnès Callamard, la nouvelle secrétaire générale d'Amnesty international qui publie ce 7 avril son rapport annuel.

A la question «quel bilan dressez-vous de l'évolution de la situation des droits humains en France ?» posée par l'AFP, elle a répondu en ces termes : «L'espace de débat public, l'espace pour la réalisation des droits civiques et politiques est en train d'être réduit. Pourquoi ? Parce que le droit de manifester a fait l'objet de nombreuses restrictions, parce que la France continue d'utiliser le gaz lacrymogène, les grenades de désencerclement, les LBD 40 de façon abusive et ça, cette utilisation de la violence par la police, ça créé de la peur. Le cadre juridique s'est renforcé mais contre les droits civiques et politiques : la loi de sécurité globale a renforcé le pouvoir des forces de l'ordre, a imposé une forme de surveillance. C'est une grande cause d'inquiétude tout comme l'est le projet de loi concernant le respect des principes de la République.»

«Nous parlons aussi des politiques migratoires, de la criminalisation des actes de solidarité : cette violence, ces arrestations continuent», poursuit celle qui enseigne depuis 2013 à l'université Columbia de New York. «Il s'agit là d'une destruction à petit feu des valeurs qui devraient fonder toute société. Il s'agit bien là d'un carton rouge [adressé à la France], de dire "attention, les derniers développements depuis quelques années et en particulier en 2020 vont dans une direction qui est extrêmement nocive, problématique, et possiblement même dangereuse pour l'ensemble des droits et libertés en France". C'est l'ensemble des valeurs de solidarité, de respect, les valeurs contre le racisme, les valeurs pour l'égalité qui sont attaquées par cet ensemble de mesures prises, on a l'impression, à la va-vite sans une grande réflexion.»

Le politique étrangère de la France également mise en cause

Agnès Callamard a ensuite été interrogée sur la défense des droits humains qui passe également par la diplomatie, et sur les reproches qu'elle adresse à Paris sur la scène internationale.  

«La diplomatie française n'est plus ce qu'elle a été sur de nombreux dossiers liés aux droits, que ce soit par rapport à l'Arabie saoudite, que ce soit par rapport à la Chine», a répondue la dirigeante d'Amnesty international. «La France a pris des mesures sur la vente d'armes qui sont là aussi difficiles à comprendre : nous vendons des armes à des Etats qui sont reconnus comme responsables de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, la responsabilité de la France est engagée», a-t-elle poursuivi.

Concernant l'attaque française au Mali qui aurait selon l'Onu a coûté la vie à 19 civils en janvier dernier, la France est selon Agnès Callamard «dans cette position de silence et de déni». «Le secret défense on le comprend, il a une place dans les pratiques et dans les politiques mais il doit être aussi encadré. Quand la France met en œuvre le secret défense afin de protéger sa réputation ou de protéger des activités illicites ou illégales, là le secret défense viole les standards internationaux», affirme-t-elle.

En tant que rapporteur spéciale de l'ONU, Agnès Callamard avait appelé au rapatriement des enfants de djihadistes. Au sujet de la position de la France – qui s'en tient à un retour au cas par cas – elle a déclaré que qu'il n'y a «pas de raison pour que la France ne mette pas en œuvre son obligation au niveau du droit international qui consisterait à rapatrier ces enfants», ces enfants de djihadistes vivant «des situations abominables, atroces au niveau humanitaire, au niveau du respect de leurs droits en tant qu'enfants» dans les camps du nord-est de la Syrie. La France les rapatrie selon elle «dans des cas exceptionnels», et «de façon arbitraire». «Ce n'est pas acceptable», conclue Agnès Callamard.

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