Hormone de croissance : un dernier procès civil, un espoir pour les victimes

© Jo Yong hak Source: Reuters

Relaxés en 2011 par la Cour d'appel de Paris, deux médecins reviennent pourtant devant la justice dans l'affaire dite de «l'hormone de croissance». Il s'agit pour les victimes et leurs familles d'obtenir réparation au civil. 125 enfants sont morts.

Cette affaire, comme celle du sang contaminé, est sans doute l'un des plus grand scandales de santé publique qu'ait connu la France ces dernières années.

Entre 1983 et 1985, 1 700 enfants en insuffisance hormonale ont été traités par injection à partir de prélèvements contaminés, pour certains, avec le prion de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. 125 enfants sont morts après de terribles souffrances, alors que d'autres vivent désormais avec une épée de Damoclès sur la tête car le temps d'incubation de la maladie dépassant les 30 ans.

Si en 2011, la justice a relaxé en appel les prévenus, et ce, de manière définitive, l'affaire rebondit pourtant au civil, dernier espoir pour les familles des victimes d'obtenir enfin réparation, faute de condamnation pénale.

  • L'affaire de l'hormone de croissance : de quoi parle-t-on ?

Au début des années 80, le laboratoire Uria produit des ampoules injectables chargées d'hormone de croissance visant à favoriser la croissance des enfants jugés trop petits. Pour ce faire, le laboratoire collecte des hypophyses (la glande du cerveau qui produit l'hormone de croissance) sur des cadavres humains avant de les réduire en poudre. Certains prélèvements ont été réalisés sur des personnes atteintes de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, un variante de la maladie de la vache folle qui touche les bovins. Des enfants soignés avec ces ampoules infectées sont ensuite tombés malades. 125 sont même morts à cause de ces injections.

  • Qui sera à la barre des accusés ? Qui sera sur le banc des parties civiles ?

A 93 ans, le professeur Fernand Dray, l'ancien patron du laboratoire Uria, retrouve le chemin des prétoires ainsi et que l'ancienne pédiatre Elisabeth Mugnier, 66 ans, qui était, elle, chargée d'élaborer la poudre d'hypophyse. Ce sont les seuls responsables de l'époque encore en vie.

Sur le banc des victimes, il ne restera que 21 des 118 parties civiles du début de l'action judiciaire. La longueur de la procédure, qui a commencé il y a plus de 20 ans, et la relaxe générale prononcée en 2011 ont découragé nombre de familles à poursuivre le combat.

Charles-Guillaume Demaret (qui a pris l'hormone) et sa maman seront partie civile© Capture d'écran réalisée sur le site de France Inter
Charles-Guillaume Demaret (qui a pris l'hormone) et sa maman seront partie civile
  • Que reproche-t-on aux prévenus ?

Il ne s'agit plus ici de revenir sur le fond de l'affaire, déterminer si les médecins étaient conscients de mettre la vie de leurs jeunes patients en danger en prélevant ces hypophyses sur des personnes malades, mais plutôt de savoir si le code de santé publique les autorisait à fabriquer cette substance. En clair, ces ampoules auraient-elles dû être fabriquées par un établissement pharmaceutique plutôt que par le laboratoire Uria ?

  • Que peuvent espérer les victimes et leurs familles ?

Ces dernières, aidées par leurs avocats, vont tenter de démontrer que les deux médecins ont commis une faute et qu'ils doivent la réparer, en versant des dommages et intérêt.

Le procès qui s'est ouvert le 5 octobre pourrait durer entre trois semaines et un mois.

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