Augmenter le temps de travail, l'idée de l'Institut Montaigne pour surmonter la récession

Augmenter le temps de travail, l'idée de l'Institut Montaigne pour surmonter la récession© Martin BUREAU Source: AFP
Les chaînes de montage de l'usine Renault de Flins dans les Yvelines (Image d'illustration)

L'Institut Montaigne, financé par de grandes entreprises, a publié une note proposant neuf mesures d'allongement du temps de travail présentées comme «le prix, au moins provisoire, à payer pour sauver notre économie de la ruine».

L'Institut Montaigne, think tank libéral financé par un grand nombre de multinationales, a publié une note sombre pour l'avenir économique de la France post-Covid-19. Dans ces 32 pages, l'auteur et économiste Bertrand Martinot estime que «même dans l’hypothèse où le niveau de production reviendrait à son niveau antérieur d’ici quelques trimestres», les pertes nettes «pourraient difficilement être inférieures à 500 milliards d’euros au total». 

Des «verrous juridiques persistants»

Devant ce constat, l'économiste propose des mesures visant à «réparer ce qui peut l’être et prévenir le pire», à savoir un soutien aux «entreprises qui souhaitent accroître le temps de travail, sans sacrifier la question de sa rémunération».

Des journées de travail plus longues, un jour férié et une semaine de vacances scolaires en moins, un recours accru au forfait jour dans la fonction publique... en tout neuf idées pour «rebondir» sont proposées. Le plus riche think tank français espère ainsi «assouplir quelques verrous juridiques persistants», notamment permettre aux entreprises de «déroger au temps de repos minimum quotidien de 11 heures minimum par jour dans le cadre d'un accord sur le droit à la déconnexion», ou autoriser l'employeur «à titre temporaire [par exemple jusqu'en 2022] à imposer le rachat de jours de RTT pour les salariés au forfait sans majorations».

L'institut, qui souhaite aller plus loin, propose un «accroissement du temps de travail sans pour autant que la rémunération supplémentaire correspondante ne soit versée immédiatement par les entreprises». Par exemple, en intégrant le versement des heures supplémentaires «dans la formule de calcul de la réserve minimale de participation versée l'année suivante», voire ultérieurement.

Accélérer «les mutations législatives»

Il n'est pas seulement question d'une urgence pour le think tank, soutenu notamment par des entreprises du Cac 40 comme Axa, Carrefour, Air liquide, LVMH ou BNP Paribas, mais aussi des multinationales américaines comme Google ou le laboratoire pharmaceutique Abbvie : il s'agit au contraire d'«accélérer les mutations législatives» déjà existantes. 

Car, note Bertrand Martinot, la «conception initiale de la durée du travail» n'est plus adaptée, car conçue «pour la civilisation de l’usine, ses modes d’organisation très hiérarchiques, ses horaires collectifs rigides et son extrême pénibilité». 

L'économiste, dans sa conclusion, estime que cet effort est «le prix, au moins provisoire, à payer pour sauver notre économie de la ruine et assurer des jours meilleurs à nos enfants».

Et si on supprimait l’institut Montaigne pour relancer plus facilement l’économie ?

Sitôt publiée, la note de l'Institut Montaigne a aussitôt provoqué un tollé, notamment à gauche : «Et si on supprimait l’institut Montaigne pour relancer plus facilement l’économie ?», a ironisé l'eurodéputé insoumis Manuel Bompart sur Twitter.

«L'Institut Montaigne veut supprimer des congés pour relancer plus facilement l'économie... ou comment penser le monde d’après avec une machine à remonter le temps», a estimé pour sa part l'ancien candidat d'extrême gauche à l'élection présidentielle Olivier Besancenot. 

Mais la note n'a pas seulement été critiquée par la gauche : «Toutes les officines du mondialisme, comme l’Institut Montaigne, le think tank du CAC40, vont être mobilisées pour imposer l’idée que les victimes paient à la place des coupables. C’est à eux, à l’origine du système qui a nous mis dans cette catastrophe, de rendre des comptes», a déclaré le président du parti Les Patriotes Florian Philippot. De son côté, le député gaulliste Nicolas Dupont-Aignan a estimé que les propositions de l'Institut «se [résument] à faire des économies sur ceux qui travaillent».

Aucune «mesure générale ni imposée» 

Le directeur de l'Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, a de son côté défendu sur BFMTV cette note en expliquant que ces propositions ne comportaient «aucune mesure générale ni imposée», et étaient accompagnées de «compensations». Ce dernier a par ailleurs estimé que «beaucoup [avait] été fait depuis le quinquennat Hollande et ce quinquennat» pour assouplir les «verrous juridiques» sur le temps de travail. 

En 2014, le think tank estimait déjà dans un rapport qu'augmenter les heures de travail «sans compensation salariale, en permettant à la fois une baisse du coût du travail et une hausse de la production, pourrait permettre de créer un véritable choc de compétitivité en France». L'organisme proposait aussi qu'«en cas d'absence d'accord» entre un salarié et son employeur, «la décision unilatérale du chef d'entreprise» prime. 

Ce n'est pas la première fois pendant le confinement que l'idée d'augmenter le temps de travail des salariés est avancée. Mi-avril, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, avait estimé qu'«il faudra[it] bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire».

Le vice-président des Républicains, Guillaume Peltier, avait proposé quant à lui dans une interview de supprimer jusqu'à cinq jours de RTT, avec hausse de salaire, afin d'alimenter un budget destiné à «sanctuariser la santé et l’agriculture».

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