«Nouveau cas de censure» ? Sciences Po Lille décommande Geoffroy Lejeune et Charles Consigny

«Nouveau cas de censure» ? Sciences Po Lille décommande Geoffroy Lejeune et Charles Consigny© Lionel BONAVENTURE Source: AFP
Le directeur de la rédaction de "Valeurs Actuelles" Geoffroy Lejeune assiste au débat "Dialogue en Europe" le 25 avril 2019 à Paris (image d'illustration).

Une conférence de Geoffroy Lejeune (Valeurs actuelles) et Charles Consigny (avocat et chroniqueur TV) à Sciences Po Lille, a été annulée après la mobilisation de syndicats étudiants de gauche. Les intervenants décommandés dénoncent un cas de censure.

A Sciences Po Lille, la conférence «A droite, où en sont les idées ?» organisée par l’association «L’Arène de l’IEP», qui devait se tenir le 22 janvier en présence de l’avocat et ancien chroniqueur de l’émission «On n’est pas couché» Charles Consigny ainsi que du directeur de la rédaction de l’hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles Geoffroy Lejeune, a été annulée le 20 janvier, conformément au souhait du directeur de l’école, Pierre Mathiot.

«Islamophobie», «homophobe» : l'orientation politique des invités invoquée

L’orientation politique des invités, particulièrement celle du directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, mais aussi une condamnation de ce journal, ont été présentées par la direction de l'établissement comme les causes de l’annulation de cet événement. En effet, la présence de Geoffroy Lejeune a été jugée «pas souhaitable» par le directeur de l’IEP de Lille. Pierre Mathiot se justifie ainsi sur Facebook : «Il ne s'agit pas pour moi de juger ou d'évaluer les idées de cette personne mais simplement de partir d'un constat : le journal pour lequel [Geoffroy Lejeune] travaille a été condamné en 2015 pour des faits particulièrement graves après la publication d'un dossier dont il avait été l'un des auteurs.» Plus précisément, il s’agit d’une condamnation pour «provocation à la discrimination, la haine ou la violence» et «diffamation», assortie d’une amende de 2 000 euros pour un dossier intitulé «Roms, l’overdose».

«Après avoir pris connaissance de ma décision, les organisateurs de la conférence ont estimé en conscience […] qu'il n'était plus pertinent de maintenir cette conférence», indique ensuite Pierre Mathiot sur Facebook.

Plusieurs syndicats de gauche se sont mobilisés pour réclamer l'annulation de la conférence, notamment par le biais de tracts et d’une pétition lancée le 16 janvier par Solidaires Etudiant.e.s Lille intitulée «Pas de tribune pour l’extrême droite», sur change.org, et cosignée par plusieurs syndicats étudiants locaux. «Il est sûrement utile de préciser que le débat organisé devait être "des droites" et non pas de l'extrême droite, tant la situation peut porter à confusion. En effet les invités ne se sont pas fait remarquer par leur modération», peut-on lire. Mais aussi : «Geoffrey Lejeune d’abord, est directeur de Valeurs Actuelles, un journal ouvertement d'extrême droite qui revendique constamment son islamophobie, son racisme et son homophobie.» «Le journal propage notamment la théorie du grand remplacement ou le climato-scepticisme et ouvre fréquemment ses colonnes aux idées les plus nauséabondes et à un flot ininterrompu de désinformation», poursuivent les syndicats étudiants.

Charles Consigny n’a pas été épargné par les critiques. Il est possible de lire sur la pétition, à propos de l’avocat, qu’il «est un homophobe notoire, ancien soutien de Christine Boutin et opposé à la loi Taubira en 2012», qui «s'est illustré comme fustigeur de la "bien pensance" de façon toute réactionnaire sur les différents plateaux de télévision qu'il a fréquentés, une excuse bien pratique pour étaler son racisme et son homophobie».

Le collectif de syndicats étudiants pourfend ensuite ses adversaires politiques de manière corrosive : «A une époque où la crise climatique s'accélère gravement, que l'extrême droite tue en masse et que l'islamophobie atteint des sommets, il est scandaleux, irresponsable et dangereux de tenir cette conférence. Nous ne pouvons pas laisser ces discours discriminants, dangereux et opposés à toutes les valeurs que l'école prétend défendre être étalés de la sorte.» «Nous demandons à l'Arène de l'IEP et à la direction de Sciences Po Lille de prendre ses responsabilités pour que cette conférence n'ait pas lieu», appuient encore les syndicats.

L'Arène de l'IEP, «inquiète et choquée» que des associations «s'arrogent le droit de censurer certaines opinions»

Ce à quoi l’association organisatrice de la conférence, l’Arène de l’IEP, revenant sur certaines des accusations formulées par les syndicats de gauche, a répondu par un communiqué sur Facebook qualifiant d'«ahurissant que l'invitation de personnalités identifiées comme appartenant à l'autre bord politique suscite de telles réactions d'hostilité.» «S'agissant de Geoffroy Lejeune, c'est un journaliste qui intervient sur toutes les chaînes de télévision, dans de très nombreuses émissions, y compris sur le service public, lesquelles ne le recevraient probablement pas s'il était aussi sulfureux que le disent nos détracteurs», indique le communiqué. «Il a même reçu les confidences d'Emmanuel Macron. [...] Est-ce qu'Emmanuel Macron est d'extrême droite ? Est-ce que les personnalités qui ont participé à la soirée débat organisée par Valeurs actuelles et animée par Geoffroy Lejeune [...] sont d'extrême droite ?» interrogeait L'Arène de l'IEP, soulignant être «inquiète et choquée» que «des associations [...] s'arrogent le droit de censurer certaines opinions».

«La liberté d'expression régresse» 

Suite à l’annulation de la conférence «A droite, où en sont les idées ?», Charles Consigny a pointé du doigt sur Twitter «la pression de diverses associations grotesques qui demandaient cette censure». Et d’ajouter : «Je suis évidemment consterné par cette décision, comme je l'ai écrit au directeur de l'IEP. La liberté d'expression régresse.»

Ce point de vue est également partagé sur Twitter par le syndicat étudiant de droite, UNI, qui estime qu’il s’agit là d’un «nouveau cas de censure dans l'enseignement supérieur». «Ce n'est pas dans les IEP qu'il faut chercher le débat d'idées», admoneste encore l'UNI.

«Je suis consterné par la décision de Sciences Po Lille, Geoffroy Lejeune est un excellent journaliste. Céder aussi facilement aux pressions de quelques associations ridicules n’est pas digne de Sciences Po. On annule une conférence pour délit d’opinion. Liberté d’expression en recul !», a ajouté Charles Consigny, sur Twitter. «Merci Charles. Je suis triste de ne pas pouvoir exprimer nos désaccords mercredi à Lille, mais nous trouverons bientôt un espace de liberté sans mini-censeurs et apprentis bolcheviques pour le faire !», lui a répliqué Geoffroy Lejeune. 

En outre, l'annulation de cet événement a fait réagir à droite de la classe politique, particulièrement au sein des Républicains (LR). Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes a estimé sur Twitter : «Une certaine censure idéologique s’empare de l’enseignement supérieur où des indigénistes et des hijab day sont préférés à des journalistes reconnus et talentueux.» Et d'ajouter : «Le pays de Voltaire mérite mieux que cette dictature de la pensée.»

Annie Genevard, députée LR du Doubs, a exprimé ses regrets sur Twitter : «Quelle bêtise ! Nous étions le pays de la culture du dialogue, de l’échange en bonne intelligence. Nous sommes désormais celui de la censure et de l’intolérance.» Et de poursuivre : «Consternant, affligeant et terrifiant pour l’avenir de notre pays.»

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