«La justice se décrédibilise»: deux mois avec sursis et interdiction de manifester pour Odile Maurin

«La justice se décrédibilise»: deux mois avec sursis et interdiction de manifester pour Odile Maurin© Twitter : @frederic_rtfr
La Gilet jaune Odile Maurin devant le TGI de Toulouse, le 6 décembre.

La Gilet jaune toulousaine Odile Maurin a été condamnée à deux mois de prison avec sursis et un an d'interdiction de manifester. La militante en fauteuil roulant a été jugée coupable de violences volontaires sur deux policiers. Elle va faire appel.

«Injustice», «justice de classe» : c'est peu dire que la condamnation d'Odile Maurin à deux mois de prison avec sursis et un an d'interdiction de manifester par le Tribunal de grande instance de Toulouse le 6 décembre a choqué ses soutiens. Figure du mouvement des Gilets jaunes toulousains, la militante en fauteuil roulant était jugée pour quatre chefs d'inculpation suite à une altercation qui l'a opposée aux forces de l'ordre lors de l'acte 20, le 30 mars dernier.

Plusieurs chefs d'accusation avaient été retenus à son encontre, à savoir des outrages à agents, entrave volontaire à l'arrivée des secours, ainsi que violences volontaires contre les policiers avec usage d'une arme par destination. L'arme en question n'étant autre que le fauteuil roulant d'Odile Maurin, dont la militante, atteinte d'une maladie génétique, a besoin pour se déplacer.

Arrivée au tribunal sous les acclamations des nombreuses personnes venues la soutenir, Odile Maurin demandait la relaxe. «On est dans une sorte d'acrobatie juridique dont le but est de la faire taire», estimait avant l'audience son avocat Maître Nakache. «On a tous compris qu'il s'agit de mesures d'intimidation à mon égard, pour m'empêcher de protester contre les reculs sociaux», renchérissait la militante, avant de plaisanter : «Je vais rentrer au tribunal armée !»

Dans une salle d'audience pleine, et plutôt calme bien que le président ait exclu deux personnes au cours du procès, la défense s'est attelée à dépeindre le caractère d'Odile Maurin, militante engagée pour ses idées mais toujours respectueuse dans les actions qu'elle entreprend pour les défendre. Plusieurs témoins de moralité se sont succédés à la barre pour en attester, notamment le député Sébastien Nadot (non-inscrit, ex-LREM). «Odile Maurin était une adversaire politique plus qu'autre chose. [Mais] C'est une fille de la République», a-t-il expliqué, précisant avoir travaillé avec elle sur la loi ELAN. «Dans ces circonstances [des techniques de maintien de l'ordre] elle fait partie des gens qui gardent leur calme», a soutenu un autre témoin, membre de l'Observatoire des pratiques policières.

De son côté le parquet a souhaité requalifier les violences «avec arme par destination» en violences «sur agent dépositaire de l'autorité publique» afin d'éviter un débat difficilement gagnable sur le caractère dangereux du fauteuil roulant. Pourtant lors du procès, l'avocate d'un des policiers n'en a pas démordu : «Même si ça offusque, oui un fauteuil roulant est une arme.» «On essaie de faire passer madame Maurin pour une victime, mais la victime est assise derrière moi», a-t-elle plaidé en déclenchant des rires dans la salle.

Démonstration à l'appui, Odile Maurin a expliqué qu'il était impossible que son fauteuil ait touché le policier aux genoux comme celui-ci l'affirme, la partie incriminée étant beaucoup trop basse. «A moins qu'il soit un nain», a-t-elle glissé. Elle a en outre soutenu disposer d'une vidéo montrant de façon explicite qu'un policier avait manipulé le joystick de son fauteuil, le forçant à s'encastrer dans le second policier. Ce qui a par ailleurs valu à Odile Maurin cinq fractures du pied et une entorse. Une vidéo que la justice ne visionnera pas, étant donné qu'elle n'a pas été versée au dossier à temps, le président ayant par ailleurs refusé la demande d'information complémentaire déposée par l'avocat de la militante.

«Le ministère public s'affranchit de toute impartialité»

En toile de fond de ce procès s'inscrivait bien entendu le mouvement des Gilets jaunes et la vision qu'en ont toutes les parties. Pour le policier présent à la barre, comme il l'a répété à plusieurs reprises, la situation n'est rien d'autre qu'«insurrectionnelle». Odile Maurin a quant à elle expliqué partager les revendications sociales du mouvement : «On est face à des partis qui font semblant de s'occuper de nous et rien n'est fait pour nous. Quand j'ai découvert que les Gilets Jaunes défendaient la justice sociale, j'ai adhéré à ça.»

Dans sa plaidoirie, son avocat Maître Nakache a employé des termes très forts, soutenant que «sur le plan judiciaire, le ministère public s'affranchi[ssait] de toute impartialité». Dénonçant d'une part les multiples condamnations depuis le début du mouvement et d'autre part les blessés suite à des violences policières, il s'est interrogé : «Et il ne serait pas possible de dire que le ministère public déraisonne ?»

Le procureur, fébrile quand des murmures dans la salle lui ont fait perdre le fil de son réquisitoire et à deux doigts de demander le huis clos, a de son côté regretté que soit véhiculée l'image d'un ministère public «servile», aux ordres du pouvoir politique. «Quand je lis des communiqués de presse avant le procès qui disent que le ministère public est servile, ça me gêne. Parce qu'on croit que tout est déjà écrit», a-t-il affirmé. «Ben ouais», lui a lancé une personne présente dans la salle.

«A samedi !»

Rapidement, les chefs d'inculpation pour outrage ont été abandonnés pour des raisons de procédure, les faits étant prescrits. La militante a également été relaxée du délit d'entrave, le tribunal retenant les arguments de la défense, qui contestait d'une part que le canon des forces de l'ordre soit un véhicule de secours, et d'autre part qu'Odile Maurin se fût positionnée devant au moment où une poubelle était en feu.

En revanche, le tribunal a jugé Odile Maurin coupable de violences volontaires contre les deux policiers. Elle a été condamné à deux mois de prison avec sursis, à une interdiction de manifester d'un an, et à une amende de 400 euros pour préjudice moral et 600 euros de frais de procédure à verser à chacun des policiers. Un jugement perçu comme une «injustice» aux yeux des soutiens d'Odile Maurin présents dans la salle. Plusieurs cris ont en effet fusé, et alors que le président demandait le silence, il a rapidement été couvert par un vibrant «On est là !», chanté en pleine salle d'audience. 

Sur le parvis du Tribunal, Odile Maurin, qui entend faire appel, était elle aussi très remontée. «La justice se décrédibilise. Il est hors de question qu'on me raconte qu'on est dans une démocratie alors qu'on m'interdit de manifester», a-t-elle lancé, avant d'assurer, défiante, qu'elle serait bien présente samedi prochain. A ses côtés, les Gilets jaunes ont prévenu qu'ils s'interposeraient si les policiers tentaient de l'interpeller. Emue aux larmes par ces marques de soutiens, Odile, la voix claire, leur a enjoint de n'entreprendre des actions que «dans la non-violence». Comme elle assure l'avoir toujours fait.

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