L'Assemblée adopte une résolution LREM controversée sur l'antisémitisme

L'Assemblée adopte une résolution LREM controversée sur l'antisémitisme© Philippe LOPEZ Source: AFP
L'Assemblée nationale (image d'illustration).

Les députés ont adopté une proposition de résolution LREM soutenue par le gouvernement, qui a entraîné un record d'oppositions au sein de la majorité. Certains contempteurs du texte craignent qu'il empêche toute critique de la politique d'Israël.

Une proposition de résolution du député LREM de Paris de Sylvain Maillard, soutenue par le gouvernement, a été adoptée par l'Assemblée nationale le 3 décembre... mais a fait face à un record d'oppositions de «marcheurs». En effet, 26 députés LREM se sont prononcés contre le texte – du jamais vu – et 22 se sont abstenus. Les députés MoDem, pourtant alliés de la majorité présidentielle, se sont majoritairement abstenus.

Dans l'ensemble, le texte, sans valeur contraignante, a été adopté par seulement 154 voix pour (essentiellement des élus LREM et LR), 72 contre (des élus de gauche surtout) et 43 abstentions. 

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a, de son côté, salué avec ce vote «un geste symbolique fort», considérant que «c'est en disant les choses que nous ferons reculer la haine».

De quelle définition de l'antisémitisme parle-t-on ?

La résolution prévoit l’adoption de la définition de l’antisémitisme telle que formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette définition a déjà été validée par le Parlement européen et 20 pays dont 16 de l'UE, et a été appuyée par Emmanuel Macron en février devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Le président français avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme.

Cette définition, exactement, est la suivante : «L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte.» Elle ne mentionne donc pas le terme «antisionisme». Mais cette courte définition est complétée d'une série d’exemples destinés à l’«illustrer». Parmi ces exemples, rappelle Le Monde, figure le suivant : est considéré par l'IHRA comme antisémite le «traitement inégalitaire de l’Etat d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre Etat démocratique.» Le site du gouvernement note également la négation du droit à Israël d'exister, comme une forme d'antisémitisme selon la définition de l'IHRA.

«Critiquer l’existence même d’Israël en ce qu’elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l’égard de la communauté́ juive dans son ensemble», peut-on par ailleurs lire dans l'exposé des motifs de la proposition de résolution présentée aux députés français.

Autant d'exemples qui n'ont pas fait consensus parmi les députés. 

Un texte qui rendrait plus difficile la critique d'Israël ?

Parmi d'autres politiques, la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, s'est inquiétée du risque que la résolution «puisse interdire de critiquer Israël» – ce que récusent ses signataires et soutiens.

Du côté de l'opposition de gauche, le chef de file des députés insoumis Jean-Luc Mélenchon a estimé qu'«assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite» faisait «deviner une volonté de provocation qui sidère».

Les insoumis, tout comme les socialistes et les communistes, ont d'ailleurs décidé de voter contre la résolution, considérant que les outils existaient déjà pour pénaliser l'antisémitisme.

Des députés ont, en outre, regretté que la résolution «catégorise» les haines. 24 élus de la majorité, principalement «marcheurs», ont co-signé le 3 décembre une tribune publiée par l'AFP pour s'opposer à la résolution, appelant à combattre «toutes les haines sans distinction». La République est «indivisible» et «laïque» et il faut légiférer sans distinction «religieuse», martèlent-ils.

En outre, avant le vote à l'Assemblée, un collectif de 127 intellectuels juifs avaient qualifié le texte de «hautement problématique», jugeant qu'il assimilait l'antisémitisme et l'antisionisme. «De nombreuses victimes de l'Holocauste étaient antisionistes», rappelaient-ils dans une tribune au Monde. Selon les 127, la définition de l'IHRA est «déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l'Etat d'Israël, notamment les organisations de défense des droits humains».

Larrivé dénonce l'«islamo-gauchisme», Habib «le nouvel antisémitisme»

Parmi les députés hors des rangs de LREM qui ont voté la résolution, le LR Guillaume Larrivé a invoqué l'écrivain allemand Bertolt Brecht pour justifier son choix : «Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite». «Nous le devons à nos compatriotes juifs de France attaqués, agressés, violentés», a argumenté l'élu de l'Yonne, qui a de surcroît  dénoncé des «relents d'un islamo-gauchisme» dans l'hémicycle.

Le vice-président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, Meyer Habib (UDI-Agir), s'en est également pris à la gauche, mais aussi au «double langage de la majorité». Selon ce député franco-israélien, «la détestation d'Israël, c'est le nouvel antisémitisme».

Lire aussi : Antisionisme et antisémitisme : la résolution polémique proposée par un député LREM crée des remous

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