Homards, grands crus… : quand Rugy organisait des «dîners privés» luxueux sur des fonds publics

Homards, grands crus… : quand Rugy organisait des «dîners privés» luxueux sur des fonds publics© François Guillot Source: AFP
François et Séverine de Rugy lors d'un gala à l'Opera de Paris, le 8 mai 2019 (image d'illustration).
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François de Rugy et son épouse sont épinglés par Mediapart pour des «dîners privés» luxueux, organisés aux frais de l'Assemblée nationale lorsqu'il en était le président. L’intéressé a assuré que ces réunions faisaient partie de son «travail».

«Il n'y a pas eu de dîners entre amis» à l'Hôtel de Lassay de Paris, a martelé ce 10 juillet à l'occasion du compte rendu du conseil des ministres, François de Rugy, à propos de la polémique dont il est l'objet depuis la publication d'une enquête de Mediapart. Le ministre de la Transition écologique et  solidaire «conserve bien évidemment la confiance» du président et du gouvernement, a également fait savoir la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Dans article en ligne publié plus tôt ce même jour, Mediapart révèle comment, alors qu’il était président de l’Assemblée nationale, François de Rugy a organisé, aux frais du contribuable, ce que le site d'information qualifie «de somptueuses agapes entres amis dignes de grands dîners d’Etat». Etayée par des photos, des documents, ainsi que des témoignages recueillis par Mediapart, l’enquête montre également comment Séverine de Rugy, l’épouse de l’actuel membre du gouvernement, par ailleurs journaliste chez nos confrères de Gala, a aidé à organiser ces «dîners de grand standing». 

De fastueuses réceptions

Lors de ces réceptions dédiées à l’occupant du perchoir, qui comptaient entre dix et 30 convives dans les salons de l’hôtel de Lassay dans le 7e arrondissement de Paris, le personnel était réquisitionné et servait homards, champagne et grands crus issus directement de la cave du palais Bourbon, comme le prouvent des clichés mis en ligne par Mediapart. La bouteille la plus chère apparaissant sur ces photos, un Château Cheval Blanc 2001 d’après le site, se monnaye à 550 euros l’unité.

Mediapart a mis au jour une dizaine de dîners privés de ce type entre octobre 2017 et juin 2018. Les invités, issus du monde de la communication, du journalisme, du cinéma, de la télévision ou de la finance, recevaient un carton d’invitation «imprimé sur du papier luxueux […] Le tout noué par une jolie cordelette rouge», selon le site d'investigation. Les invités bénéficiaient en outre, d’après Mediapart, de tout l’apparat réservé aux invités les plus prestigieux : verres en cristal, porcelaines, petites cuillères en or, chandeliers ou encore vaisselles haut de gamme.

Dîners de travail ou soirées privées ?

Contacté par Mediapart, le cabinet de François de Rugy a répondu, par écrit, présentant ces dîners comme «informels», arguant d'opportunités pour l'ancien président de l'Assemblée de «rencontre [avec] des représentants de la société civile pour nourrir sa réflexion et son action». Interrogée par le média, Séverine de Rugy confirme que la majorité des convives appartenaient à son cercle «amical» et qu’elle effectuait elle-même un «filtre relationnel». Elle ajoute néanmoins qu’il y était toujours question «de politique».

Présent à l’un de ses dîners, Jean-Michel Aphatie confie à Mediapart ses doutes à propos du caractère professionnel de ce type d’événement. «J’ai participé à un dîner une fois, à l’automne 2017. C’est une invitation qui m’est parvenue par ma femme [une amie de Séverine de Rugy]. J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. Là, j’ai dit oui… J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail. Et si c’était à refaire, non, je ne le referais pas», explique le journaliste.

J’assume totalement qu’un prédisent de l’Assemblée nationale, comme un ministre, rencontre, dans un cadre informel […] des responsables d’entreprises, de la culture, de l’université

Questionné au sujet de l’enquête de Mediapart ce 10 avril sur France Inter, François de Rugy a précisé : «J’assume totalement qu’un prédisent de l’Assemblée nationale, comme un ministre, rencontre, dans un cadre informel […] des responsables d’entreprises, de la culture, de l’université […] J’assume que ma femme ait participé à l’organisation de ces dîners. Je me défendrai et je défendrai ma femme parce que je n’accepte pas qu’on nous attaque, nous n’avons rien à nous reprocher ni elle, ni moi.» Il a également tenu a insisté sur le fait que ces réunions faisaient partie de son «travail» de président de l’Assemblée nationale.

En 2017, François de Rugy avait été contesté pour l'organisation, le 17 décembre 2017, du déjeuner de son mariage dans ce même hôtel de Lassay. Il avait alors affirmé avoir pris en charge tous les frais du repas. Par ailleurs, le ministre ne manque pas une occasion de militer pour une République plus transparente afin que les politiques s'interrogent sur leur propre mode de fonctionnement, comme l'illustre son choix de discuter avec des Gilets jaunes fin 2018, discussion organisée par Le Parisien.

Lire aussi : LREM accusé de détournement de fonds publics sur la base d'une note de l’Assemblée

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