Marion Maréchal-Le Pen et le Front national divisent l’Église catholique

Marion Maréchal-Le Pen est l'invité du diocèse de Toulon, ce week-end. Source: Reuters
Marion Maréchal-Le Pen est l'invité du diocèse de Toulon, ce week-end.

L'invitation par le diocèse de Toulon de Marion Maréchal-Le Pen a son université d'été rompt avec la distance habituelle de l'Eglise catholique envers le Front national. Et divise au sein de l'épiscopat.

Les valeurs du FN sont-elles compatibles avec celles de l'Eglise catholique ? C'est, en substance, le débat qui agite depuis plusieurs jours les milieux catholiques. A la base de ce débat, l'invitation par le diocèse de Toulon de la députée du Front national Marion Maréchal-Le Pen à une table ronde intitulée «politique et médias». Une première qui étonne, le Front national ayant toujours été condamné par l'Eglise depuis les années 80.

Derrière cette invitation, Mgr Dominique Rey, considéré comme une figure conservatrice de l’Église catholique en France. «Marion Maréchal-Le Pen n'est pas la première personnalité politique à venir à notre université d'été», explique le diocèse de Toulon à RT France. «Nous avons toujours fait intervenir des politiques engagés, qui se disent chrétiens. Marion Maréchal-Le Pen se revendique chrétienne, possède une notoriété locale, il était logique pour nous de l'inviter.» Mais cette «logique» ne plaît pas à tout le monde au sein de l'épiscopat français.

Très vite après la médiatisation de cette invitation, des voix se sont élevées contre cette «normalisation» des rapports entre une partie de l'Eglise et le FN. «La ligne des évêques de France n'a pas changé », a ainsi répliqué le porte-parole de la conférence épiscopale, Olivier Ribadeau-Dumas. Les «premières» des «valeurs de l'Evangile», «l'accueil de l'autre, le respect de l'étranger, la conception d'une société qui n'a pas peur» ne sont ainsi «pas vraiment conformes à ce que prône aujourd'hui le Front national», estime ainsi la Conférence des évêques de France, plus haute instance de l’Église catholique française.

Le magazine Témoignage chrétien, classé à gauche, a, lui aussi, dénoncé l'initiative de Mgr Rey. «Nous appelons les responsables catholiques et les catholiques responsables qui aujourd'hui sont une majorité stupéfaite et muette à rompre le silence, et à s'élever contre cette banalisation dangereuse d'un parti qui fait de la haine de l'étranger son fonds de commerce», ont-ils écrit dans un communiqué. Sur les réseaux sociaux, plusieurs catholiques ont aussi déploré cette invitation.

Le diocèse de Toulon réplique lui que «l'Eglise doit être un espace de dialogue» et dément toute volonté de «légitimer le FN ou Marion Maréchal-Le Pen». Cette invitation confirme en tout cas la volonté de dédiabolisation du FN qui redevient fréquentable dans des milieux longtemps opposés à ses idées.

L'an dernier, un sondage Ifop affirmait ainsi que 20% des catholiques pratiquants avaient voté FN aux européennes, soit à peine moins que dans l'ensemble de la population. «Marion Maréchal-Le Pen fait partie du paysage politique et possède une vraie notoriété locale», confirme le diocèse pour expliquer son choix. «Mgr Rey accueille des immigrés, des réfugiés, des homosexuels... Il est pour le débat avec tout le monde.»

Débattre avec le FN, la députée Les Républicains Valérie Boyer ne semble pas le vouloir. Invitée par le diocèse pour ses actions auprès des Chrétiens d'Orient, elle avait accepté de débattre avec Marion Maréchal-Le Pen lors de cette université d'été, avant d'annuler. Elle est remplacée par Hervé Mariton, député de la Drôme engagé contre le Mariage pour tous.

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