«L'Angleterre c'est bien, mais je suis fatigué» : des migrants décident de rester à Calais

Le camp des migrants à Calais Source: Reuters
Le camp des migrants à Calais

La malveillance du Royaume-Uni envers les migrants résidant à Calais et tentant d’atteindre la «terre promise» ainsi que les difficultés pour traverser la Manche poussent certains migrants à rester en France pour s’y installer.

Sadam, un Soudanais de 24 ans coincé à Calais, a décidé de demander l'asile en France, mais pour lui, comme pour les autres migrants, c'est davantage par dépit que par réel choix. «C'est trop difficile de passer en Angleterre », a-t-il raconté à l’AFP d'une voix lasse, alors qu'il se trouve en France depuis trois mois. «Ici, j'espère apprendre le français», a-t-il ajouté sans grande conviction. Après avoir essayé des dizaines de fois la traversée, il a fini par se résigner : «L'Angleterre c'est bien, mais je suis fatigué», a-t-il avoué.

Ils sont nombreux sur le trottoir face à l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le centre de la ville à attendre leur tour pour demander l'asile. Dans la «new jungle», une «quasi-ville» située plusieurs kilomètres à l'est du centre de Calais, et qui compte une bonne partie des 3 000 migrants bloqués dans la ville, certains ont le même ressentiment dans la voix.

Djamal, un jeune Afghan ainsi que ses trois amis ne veulent plus entendre parler de l'Angleterre. Il ont fait une demande d'asile en France. Ils disent avoir tenté «toutes les nuits, pendant un mois», de franchir l'impressionnante série de barrières mise en place par les Britanniques. Ils n'y sont jamais parvenus. 

Kalim, 28 ans, se trouve dans la même situation. Il a dit «aimer les Français» et refuse de blâmer la France qui limite l'entrée aux réfugiés "car elle ne peut pas donner une maison à tout le monde». Mais rentrer dans son pays d'origine est pour lui exclu, de même que continuer à tenter de passer en Angleterre : «Quand j'ai vu qu'il y avait des blessés, des morts dans le tunnel… Je ne veux pas prendre ce risque», a-t-il confié à l’AFP.

Entretemps, la situation migratoire s’aggrave chaque jour alors que de plus en plus de migrants arrivent à Calais, mais les autorités françaises et britanniques ne semblent pas être en mesure de résoudre le problème, bien au contraire. Le Royaume-Uni prend des mesures répressives contre les migrants illégaux qui sont déjà arrivés au Royaume-Uni. Ainsi, les expulsions de logements et les suppressions du droit automatique à des prestations sociales pour les familles de migrants sont de plus en plus fréquentes. De plus, le Premier ministre britannique, David Cameron a décidé de la construction d’une nouvelle clôture dans le tunnel sous la Manche. 

Face à cette situation, l’ONU appelle la France à prendre des mesures d’urgence pour gérer cette crise, mais, pour le moment, les progrès se font attendre. Le Royaume-Uni semble, pour sa part, faire la sourde oreille face aux appels à l'aide et aux critiques.

L'ONU demande à la France un plan d'urgence pour la situation des migrants de Calais

Selon différentes estimations, ils seraient entre 2 000 et 10 000 immigrés à tenter de traverser la Manche à Calais. La semaine dernière, certains d’entre eux ont essayé d’entrer dans le tunnel sous la Manche. La France et la Grande-Bretagne ont pris de nouvelles mesures de sécurité mais à Calais, la grève des ferries, qui font quotidiennement le trajet entre les côtes française et britannique, est venue aggraver le phénomène.

Douze migrants sont morts cette année en essayant d’atteindre le Royaume-Uni. Ils ont été écrasés par des voitures dans l’Eurotunnel, tués par les lignes électriques ferroviaires ou dans d’autres accidents.

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