Après Benalla et Crase, l'ancien chef de cabinet du préfet de police de Paris entendu par le Sénat

Le deuxième homme clé de l'affaire Benalla, Vincent Crase, et l'ancien chef de cabinet du préfet de police de Paris, Yann Drouet, sont entendus par la commission d'enquête sénatoriale après qu'Alexandre Benalla a été auditionné plus de deux heures.

Vincent Crase a souhaité que l'audience au palais du Luxembourg se fasse à huis clos, mais cette demande lui a été refusée par les sénateurs, arguant que les autres auditions avaient eu lieu en public.

L'homme a détaillé son entrée au sein de la République en marche, dans le cadre de la campagne présidentielle du candidat Emmanuel Macron. Il a d'abord assuré une mission bénévole en tant qu'agent en charge de l'accueil et de la sécurité, chargé du recrutement d'autres bénévoles du service d'ordre en octobre 2016. Puis il a été embauché le 1er juillet 2017, après la victoire de l'ancien ministre de l'Economie. «J'ai été présenté par monsieur Benalla qui était entrée antérieurement au sein du mouvement, comme on se connaissait depuis 2009 [...] Je l’ai rencontré dans le cadre de sa préparation militaire en gendarmerie.[...] Mais il n’a pas décidé de tout, j'ai été adoubé par les personnes du staff», explique Vincent Crase. Il estime en outre avoir été licencié le 31 juillet 2018 de manière «baroque». «Concernant le fait que je sois toujours militant, je ne sais pas, je reçois toujours des mails», a-t-il expliqué.

Vincent Crase a décrit son rôle au sein du palais : veiller et gérer ses 14 réservistes, en tant que chef d'escadron dans la réserve de la gendarmerie.

Vincent Crase refuse de s'exprimer sur les fonctions d'Alexandre Benalla

Interrogé sur le rôle d'Alexandre Benalla au sein de l'Elysée, Vincent Crase a refusé de donner une quelconque information, malgré l'insistance des sénateurs. «Je ne connais pas sa fiche de poste, je n'ai pas vu son contrat de travail», a-t-il répliqué. «A cette question, je ne répondrai pas», conclut-il. Il a minimisé la proximité de leur relation. «Avec Alexandre Benalla, nous nous sommes côtoyés, on s'est croisés, mais je n'ai aucun souvenir d'avoir eu même le temps de déjeuner avec lui. Il n'y a pas de lien hiérarchique entre lui et moi au palais», a-t-il affirmé.

Yann Drouet assailli de questions sur le port d'armes d'Alexandre Benalla

L'ancien chef de cabinet du préfet de police de Paris, Yann Drouet, a ensuite été auditionné par la commission d'enquête du Sénat. Reconnaissant des relations professionnelles régulières avec Alexandre Benalla, il a précisé la nature des fonctions de ce dernier : «Alexandre Benalla était un membre de la chefferie de cabinet de la présidence, en charge des déplacements de la présidence.» Yann Drouet a décrit une mission de «coordinations des différentes entités qui concourent à l'organisation d'un déplacement, allant du service de presse à la sécurité».

L'ancien chef de cabinet a longuement été interrogé sur le port d'armes accordé à Alexandre Benalla après deux refus du ministère de l'Intérieur. Les sénateurs ont du revenir plusieurs fois à la charge pour débusquer les contradictions apparues au cours de l'enquête.

Selon Yann Drouet, il a lui-même a porté cette demande de port d'armes au préfet de police, lequel a justifié cette autorisation contestée à l'aune de «la mission de coordination des services de sécurité» assurée par Alexandre Benalla. Les services de police auraient «estimé que son action pouvait s'inscrire dans le cadre d'une mission de police». «Le préfet de police a donc validé son port d'armes», a appuyé Yann Drouet, sur le fondement de l'assimilation de ses fonctions à une mission de police, mais pas seulement. Car Yann Drouet estime qu'Alexandre Benalla «était manifestement exposé à des risques d'agressions» et évoque un contexte de menaces terroristes pour valider cette autorisation.

Le président de la commission d'enquête du Sénat, Philippe Bas, a relevé avec une pointe d'ironie que les fonctions d'Alexandre Benalla avaient tout d'abord été décrites comme une «participation à l'organisation des déplacements publics», l'organisation de l’accueil des visiteurs pour le 14 juillet et celle de l'organisation des déplacements privés du chef de l'Etat et de son épouse. «Plus récemment on nous a dit : "Il avait aussi une fonction de coordination du GSPR et du commandement militaire du palais"», relève Philippe Bas, pour ajouter : «Voilà que cette semaine, fait nouveau, monsieur Benalla lui-même indique que c'était sa protection personnelle.»

«Et dans toutes ces versions reste une énigme : mais pourquoi donc aurait-il besoin d'une arme ?», s'interroge le président de la commission d'enquête sénatoriale. Il note que la police doit disposer des éléments nécessaires pour répondre à cette question étant donné que la fonction officielle d'Alexandre Benalla ne le justifiait pas. Yann Drouet a répété que le cas avait été avisé dans son «ensemble», et que la mission, la menace terroriste et le fait de travailler avec le président pouvaient justifier le port d'armes. «Ce n'est pas pour sa sécurité personnelle que le port d'arme lui a été octroyé. C'est dans le cadre de ses fonctions», a-t-il expliqué. Les sénateurs se sont agacés des contradictions évidentes des différentes versions, déplorant un manque de cohérence.

Lire aussi : Alexandre Benalla auditionné par la commission d'enquête du Sénat (EN DIRECT)

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