Enquête contre l'imam de la mosquée de Toulouse, une semaine après son inauguration par le maire

Enquête contre l'imam de la mosquée de Toulouse, une semaine après son inauguration par le maire© Chaîne YouTube de la grande mosquée de Toulouse
Capture d'écran de la vidéo YouTube où Mohamed Tatai tient les propos qui lui sont reprochés.

Mohamed Tatai, l'imam de la grande mosquée de Toulouse inaugurée par le maire de la ville il y a une semaine, fait l'objet d'une enquête pour des propos envers les juifs qu'il aurait tenus en décembre 2017. Le Crif et l'UEJF ont porté plainte.

Une enquête a été ouverte ce 28 juin par le parquet de Toulouse à l'encontre de l'imam de la grande mosquée de la ville, Mohamed Tatai, pour «des faits susceptibles de constituer une incitation à la haine». En cause, des propos qu'il aurait tenu en langue arabe au cours d'un prêche datant de décembre 2017.

«Le parquet de Toulouse a été saisi le 28 juin 2018 par Monsieur le Préfet de la Haute-Garonne sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale de faits susceptibles de constituer une incitation à la haine à travers des propos diffusés dans une vidéo», explique ainsi un communiqué du parquet de Toulouse.

Les juifs se cacheront derrière les rochers et les arbres et les rochers et les arbres diront : "Oh musulman, oh serviteur d’Allah, il y a un juif qui se cache derrière moi, viens le tuer"

Ce prêche intitulé «l'entité sioniste» aurait été tenu le 15 décembre 2017 en arabe et posté le 30 janvier 2018 sur le compte YouTube de la grande mosquée de Toulouse. Il a été filmé hors des locaux de cette dernière, précisément dans la mosquée Ennour, située dans le même quartier toulousain d'Empalot. Encore visible ce 30 juin, la vidéo est restée confidentielle jusqu'à ce que l'association Institut de recherche des médias du Moyen-Orient, un organisme basé à Washington, ne la sous-titre en français ce 26 juin, par le biais de sa chaîne YouTube Memri TV.

Enquête contre l'imam de la mosquée de Toulouse, une semaine après son inauguration par le maire© Grande mosquée de Toulouse
Capture d'écran du compte YouTube de la grande mosquée de Toulouse, le 30 juin 2018.

On y voit Mohamed Tatai expliquer, en référence à un hadith (tradition islamique relative aux actes et aux paroles de Mahomet) : «[Le prophète Mahomet] nous a parlé de la bataille finale et décisive : le jugement dernier ne viendra pas jusqu'à ce que les musulmans combattent les juifs. Les juifs se cacheront derrière les rochers et les arbres et les rochers et les arbres diront : "Oh musulman, oh serviteur d’Allah, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens le tuer."» Plus loin dans la vidéo, il prophétise la fin de l'Etat hébreu, expliquant que le Premier ministre d'Israël, Benjamin Netanyahou, a «peur qu'Israël ne vive pas plus de 76 ans, comme il est écrit dans les prophéties [des juifs]».

Un habitué des propos provocateurs et extrémistes 

Arrivé d'Algérie à la fin des années 1980, Mohamed Tatai, qui ne prêche qu'en arabe dans les vidéos diffusées sur le compte YouTube de la grande mosquée, est un habitué des propos sulfureux.

Dans un prêche consacré au «sacrifice pour l'islam» et tenu le 10 avril 2015 à la mosquée Ennour, il cite Youssef Al-Qaradawi, penseur des Frères musulmans et prédicateur fondamentaliste, homophobe, misogyne et antisémite interdit de séjour en France en 2012 après les attentats de Toulouse. Il faisait alors savoir, selon une traduction effectuée par Marianne que «le dialogue entre musulmans et juifs ne [passait] que par le sabre et le fusil» ou encore qu'il «[fallait] battre les femmes qui montreraient des signes de fierté ou d'insubordination». Il expliquerait également dans cette vidéo que «le sacrifice dans la voie d'Allah est le djihad suprême», qui mènerait «au martyre que les anges lavent». Des propos tenus dans une ville qui avait vu trois ans auparavant le terroriste Mohammed Merah assassiner sept personnes, dont trois enfants juifs, au nom de l'extrémisme islamiste.

Dans un texte également repéré par l'hebdomadaire, Mohamed Tatai faisait savoir en 2011, en parlant du gouvernement français que des «tyrans» avaient «déclaré la guerre à Allah». La démocratie ? Une «religion bizarre» qui sert «à protéger les châteaux et à garder le dictateur». 

Des propos récurrents qui n'ont pas attiré l'attention des autorités de la ville de Toulouse sur le pedigree de ce prédicateur, mettant le maire, Jean-Luc Moudenc, dans une position pour le moins inconfortable.

Le maire de Toulouse inaugure la grande mosquée en compagnie de Mohamed Tatai... puis dénonce son prêche

En effet, une semaine après avoir inauguré en grande pompe la grande mosquée de Toulouse aux côtés de Mohamed Tatai et de Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, c'est Jean-Luc Moudenc lui-même qui a signalé le prêche incriminé au préfet de région. Sur son compte Twitter, le maire de Toulouse a relayé des images de cette inauguration au cours de laquelle il a reçu des mains de Mohamed Tatai les clés de la grande mosquée de façon symbolique.

Au cours de l'inauguration, Mohamed Tatai, expliquait aux médias, s'exprimant comme toujours en arabe et alors que la construction de cette grande mosquée était attendue depuis 13 ans par les musulmans de la ville, que la «visibilité de l'islam», le fait qu'il «sorte des caves, sous le soleil» était la «première garantie et la meilleure pour être loin des dérives et des risques». Il prônait également dans son discours, le plus long de l’événement, le dialogue interreligieux. En tant que président du Cercle de dialogue civilisationnel, l’association porteuse du projet de construction de la grande mosquée de Toulouse, Mohamed Tatai a été un acteur incontournable de la récolte des six millions d'euros de dons qui ont servi à financer la mosquée surmontée d'un minaret et d'un dôme doré.

Dans un tweet, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a condamné «avec la plus grande fermeté les appels à la haine prononcés par l’imam de Toulouse Mohamed Tatai».

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) a de son côté déposé plainte contre Mohamed Tatai pour «incitation à la haine raciale». «Dans une vidéo datant de 2017, il appelle à l'élimination du peuple juif», s'indigne l'association.

«Lorsqu'un imam salafiste utilise des versets du Coran pour appeler au meurtre des juifs, c’est toute la République qui doit se mobiliser pour faire cesser ce discours de haine. Toulouse a été marquée par des attentats antisémites d’une violence inouïe en 2012. J’appelle le Parquet et le Ministère de l’intérieur à prendre toutes les mesures destinées à faire cesser ces appels au meurtre. Il en va de la République», a également fait savoir le président de l'association, Sacha Ghozlan, par voie de communiqué. La Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) s'est également joint à la plainte de l'UEJF.

Mohamed Tatai est convoqué le 2 juillet à la grande mosquée de Paris par son recteur Dalil Boubakeur. Il devra fournir des «explications sur l'utilisation de ce hadith», selon un responsable de ce lieu de culte, Slimane Nadour, à l'AFP.

La grande mosquée de Paris a également fait savoir sa surprise concernant les propos incriminés car le religieux, selon elle, «entretient de bonnes relations avec le rabbin de Toulouse». Les deux hommes devraient d'ailleurs se rencontrer ce 2 juillet, selon la même source.

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