Eglise, école, épiceries, la «jungle» de Calais s'organise

Vue aérienne du camp (capture James Cole)
Vue aérienne du camp (capture James Cole)

Le camp, cour des miracles où vivent entre 2.500 et 3.000 personnes, essaie tant bien que mal de s'organiser. Cette étonnante ville autogérée pose la question de la pérennisation d'une situation pourtant difficile à vivre pour les migrants.

De l'extérieur, la «jungle» est un terrain vague municipal de 18 hectares. Situé à environ 7 kms de Calais, il est entouré de hauts murs de terre qui renforcent encore l'impression d'isolement du camp. Là les migrants venus pour la plupart du Soudan, d'Érythrée, d'Afghanistan, mais aussi d'Éthiopie, de Libye, d'Iran s'installent dans un provisoire qui n'en finit pas de durer.

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Welcome to Jungle City

Comme toute ville qui se respecte, la New Jungle a déjà son «Centre commercial», bric à brac de boutiques improvisées, épiceries de tôles qui vendent boissons gazeuses, papier toilettes et cigarettes. Les prix y sont imbattables. L'art du commerce, universel, s'y déploie aussi, certaines devantures n'hésitant pas à allécher le chaland avec des pancartes «Offre spéciale».

Un peu plus en avant dans le camp, voici l'école. Une installation récente de fortune composée de quelques tables d'écoliers récupérées et de chaises dissemblables. Tous les dimanches, une vingtaine d'adultes viennent suivre les cours dispensés par des bénévoles venus de toute la région. Au programme, le b-a ba du français, les salutations d'usage, de quoi s'y retrouver dans la jungle linguistique de la langue de Molière. 

une boutique improvisée (capture Flandres Terre solidaire)
une boutique improvisée (capture Flandres Terre solidaire)

Le soin des âmes et des corps, en attendant l'asile ou l'exil

Le camp, qui accueille plus d'une dizaine de nationalités et plusieurs confessions religieuses, a également organisé la vie spirituelle des migrants.

Dans le «quartier» éthipien et Erythréen, voici l'Eglise orthodoxe, haute construction de 15 mètres de haut. Comme dans toute église, à l'intérieur, des cierges évidemment et un service célébré chaque samedi qui accueille jusqu'à 200 personnes. Quatre mosquées improvisées ont aussi été érigées pour les musulmans.

Une église dans le camp (capture Flandres Terre solidaire)
Une église dans le camp (capture Flandres Terre solidaire)

Enfin, après avoir assuré le soin des âmes et des esprits, le camp permet également le soin des corps. Celui-ci est assuré par la tente de Médecins du Monde, où se succèdent les maux quotidiens et les réfugiés blessés dans leur tentative de passer au Royaume-Uni. Cette «clinique» ne désemplit pas et chaque jour 80 personnes viennent se faire soigner de fractures liées à des chutes. 

Associations et Etat aux commandes

Si pendant longtemps ce sont les associations qui ont supléé et ont aidé les migrants à construire leurs abris, l'Etat participe désormais à cette sédentarisation de facto de ce qu'il faut bien nommer désormais les habitants du camp. La préfecture a ainsi installé des latrines, des bennes à ordure. Le camp a aussi récemment été raccordé à un circuit d'eau potable.

Depuis, selon les autorités, plusieurs dizaines de personnes arrivent chaque jour pour s'installer dans ce semblant de ville. Un mouvement naturel favorisé par l'Etat lui-même qui préfère que les migrants s'installent dans la jungle plutôt que dans des squats sur des terrains privés qui font l'objet de longues procédures judiciaires d'expulsion. Autre avantage de cette sédentarisation, l'éloignement relatif du camp par rapport au centre-ville de Calais.

Enfin, ce regroupement sur un lieu unique facilite les démarches administratives, notamment les demandes d'asile qui sont en constante augmention: selon les chiffres de la sous-préfecture de Calais, il y a désormais 55 à 60 demandes par semaine contre les 885 dossiers pour toute l'année 2014.

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