Macron se rend en Corse pour rencontrer les nationalistes et rendre hommage au préfet Erignac

- Avec AFP

Macron se rend en Corse pour rencontrer les nationalistes et rendre hommage au préfet Erignac© PASCAL POCHARD-CASABIANCA Source: AFP
Emmanuel Macron en campagne électorale à Furiani, derrière lui, les drapeaux français et corse, avril 2017, illustration.

Emmanuel Macron se rend en Corse les 6 et 7 février pour rendre hommage au préfet Erignac, tombé sous les balles de ses assassins le 6 février 1998. Le président discutera, lors de cette visite, d'autonomie avec les chefs de file nationalistes.

Emmanuel Macron rend hommage le 6 février au préfet Claude Erignac, vingt ans jour pour jour après l'assassinat du haut fonctionnaire en Corse, où le président effectue une première visite très attendue par les dirigeants nationalistes favorables à un «dialogue sans tabou» sur l'avenir de l'île.

A 10h30, le chef de l'Etat est attendu dans la petite rue Colonna-d'Ornano à Ajaccio où, le 6 février 1998, le préfet de Corse était atteint par trois balles, dont une à bout portant dans la tête, alors qu'il se rendait au théâtre pour assister à un concert avec son épouse.

Emmanuel Macron inaugurera la place Claude Erignac, où un olivier a été planté, avec, gravée au sol, l'inscription «un homme, une place». La veuve du préfet, Dominique Erignac, et leurs deux enfants ont choisi les détails de cet hommage, «avec un objectif : celui de la plus grande sobriété», selon l'actuel préfet de Corse, Bernard Schmeltz.

Seront présents notamment d'anciens préfets de la région et de nombreux élus insulaires dont le président nationaliste du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, qui, avant d'être élu, a été l'un des avocats d'Yvan Colonna, condamné à la perpétuité pour l'assassinat de Claude Erignac.

Sera en revanche absent le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, qui explique son refus d'y participer par son «histoire politique» proche des mouvances indépendantistes clandestines.

La mort de Claude Erignac, premier préfet tué en France depuis la Seconde Guerre mondiale, avait provoqué une énorme émotion en Corse. Les jours suivants, des dizaines de milliers d'insulaires avaient exprimé leur tristesse lors des plus grandes manifestations jamais organisées à Ajaccio et Bastia. 

Un groupe anonyme avait revendiqué le 9 février l'assassinat du «plus haut représentant de l'Etat» en Corse. Après plusieurs mois de confusion et de fausses pistes, l'enquête avait débouché le 21 mai 1999 sur l'arrestation de quatre hommes qui passaient aux aveux. Yvan Colonna, devenu «l'homme le plus recherché de France», n'a été arrêté que le 4 juillet 2003. Outre ce dernier, deux membres du commando restent aujourd'hui emprisonnés.

Depuis 1998, le nationalisme a changé de visage

Depuis, le nationalisme corse a tourné en 2014 la page de la clandestinité et des attentats. Il peut se targuer d'un succès dans les urnes en 2017, trois nationalistes ayant été élus sur les quatre députés que compte l'île, et de l'obtention d'une majorité absolue aux élections territoriales de décembre dernier.

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni se sentent ainsi en position de force pour accueillir Emmanuel Macron, avec lequel ils s'entretiendront à 19h dans le bâtiment de la Collectivité territoriale unique qui domine Ajaccio et sa baie.  

«Il y a une fenêtre historique pour sortir de la logique de conflit», a expliqué le 5 février Gilles Simeoni. «[Mais] pour un dialogue il faut être deux. Et pour l'instant nous avons été les seuls à avoir donné des signes tangibles que nous voulions ce dialogue», a-t-il poursuivi.

Le responsable autonomiste a en effet indiqué ignorer quelles étaient «les intentions» d'Emmanuel Macron qui a très peu évoqué publiquement la Corse depuis son élection. «On part pratiquement d'une feuille blanche avec lui», résume Gilles Simeoni, en prévenant : «Si demain les portes du dialogue restaient fermées, nous serions dans une situation de crise, de blocage politique.»

Le chef de l'Etat devrait attendre la dernière étape de sa visite dans l'île, à Bastia dans l'après-midi du 7 février, pour prononcer un discours sur sa vision de la Corse. Il aura auparavant rencontré des élus des autres tendances politiques de l'île, comme le maire LR d'Ajaccio Laurent Marcangeli, et des membres de la société civile.

Ce discours sera aussi très suivi à Paris, notamment dans le cadre du débat sur la révision de la Constitution souhaitée par Emmanuel Macron, qui porte sur les institutions mais pourrait aussi inclure la Corse, comme le réclament les nationalistes. Parmi leurs autres demandes, figurent la co-officialité de la langue corse, le statut de résident et le rapprochement des prisonniers dits «politiques».

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