Le glyphosate de Monsanto, dont Bruxelles discute l'autorisation, accusé d'avoir handicapé un enfant

Le glyphosate de Monsanto, dont Bruxelles discute l'autorisation, accusé d'avoir handicapé un enfant© Georges Gobet Source: AFP
Manifestation contre Monsanto en mai 2017.

Un couple d'Isère porte plainte contre des fabricants d'herbicides à base de glyphosate, dont Monsanto, leur fils étant victime d’une grave malformation qu’ils imputent au désherbant dont la Commission européenne examine la licence actuellement.

Le glyphosate est une molécule de base du Roundup, un désherbant puissant très utilisé pour l'entretien des cultures et des jardins. Le 4 octobre, un couple de l’Isère part en guerre contre les fabricants de cette molécule, dont le géant américain de l'agro-alimentaire Monsanto. Le couple affirme que suite à l’inhalation de vapeurs de glyphosate durant la grossesse, leur fils Théo serait atteint d’une grave malformation de l'œsophage. Ils s'apprêtent à lancer une action judiciaire alors que le renouvellement de la licence de cet herbicide controversé est en cours d'examen à Bruxelles.

«Nous allons porter plainte. Ca devrait être fait d'ici une quinzaine de jours» a déclaré à l'AFP le père de l’enfant, Thomas Grataloup, expliquant qu'il s'agit d' «une première» pour ce genre de pathologie.

Cette procédure judiciaire en France contre les fabricants, dont le groupe Monsanto, «aura pour objet que soit établie leur responsabilité respective dans les malformations congénitales étant à l'origine des préjudices de Théo et de ses parents», selon les avocats de la famille, William Bourdon, Amélie Lefebvre et Bertrand Repolt, du barreau de Paris.

Inhalation de glyphosate et malformation du foetus

En août 2006, en début de grossesse, Sabine Grataloup a inhalé du Glyper, un générique du Roundup de Monsanto, qu’elle pulvérisait dans un champ d’équitation. Son fils Théo est né avec de graves malformations de l’œsophage et du larynx. Le garçonnet trachéotomisé, assisté par respirateur va bientôt subir sa 52e opération. «Ça s'est passé quand mon épouse était enceinte de trois ou quatre semaines, sans encore le savoir, quand précisément la trachée et l’œsophage se séparent chez le fœtus», a confié Thomas Grataloup à l’AFP.

La mère de Théo ne portait pas de protection, mais les parents accusent le fabricant de ne faire figurer aucune mention à propos du caractère tératogène du produit sur les emballages.

Un herbicide classé cancérogène probable par l’OMS

Aux Etats-Unis où Monsanto sévit le plus, pas moins de 3 500 plaignants, victimes ou représentants de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien – un cancer du sang qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate – ont lancé des procédures judiciaires contre le groupe.

Ces actions en justice ont obligé l’entreprise Monsanto à déclassifier plus de 10 000 documents (les «Monsanto Papers»), révélant une de ses nouvelles activités : le ghost writing. Cette pratique consiste à commander des publications à des scientifiques prestigieux et crédibles non liés à la société, mais qui seraient en réalité écrites par des employés de Monsanto, des auteurs fantôme qui seraient favorables à la firme. 

Les «Monsanto Papers» ne sont pas le seul scandale lié au glyphosate. Au moins 100 pages du rapport de l'Autorité européenne de sécurité des aliments, (Efsa) sur environ 4 300, concernant notamment les éventuels risques de cancers ou l'impact sur la reproduction, s'avèrent être une copie au mot près d'un rapport déposé en 2012 par Monsanto au nom de Glyphosate Task Force, un groupement d'entreprises commercialisant des herbicides à base de glyphosate.

Une étude de 2011 de l'Office fédéral de la santé publique en Suisse pour étudier les perturbations neuro-endocriniennes avait statué : «Il ressort de cette étude que le Roundup pourrait agir comme un perturbateur endocrinien en perturbant le niveau de testostérone dans les cellules testiculaires.»

L'Union européenne, de son côté, estime que les études tendant à prouver la dangerosité du glyphosate ne sont pas fiables, reprenant les arguments de Monsanto. Quant à l’Efsa, selon La Stampa et The Guardian, elle avait assuré que son rapport, synthétisé par l’agence sanitaire allemande BfR, était une évaluation objective de l'ensemble des travaux réalisés sur les effets du glyphosate sur l'homme. 

Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé le glyphosate comme «cancérogène probable pour l'homme», en se basant sur les travaux du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Dans Le Monde, des scientifiques avaient accusé Monsanto de pressions suite à l’avis rendu. «Nous avons déjà été attaqués par le passé, nous avons déjà subi des campagnes de dénigrement, mais nous sommes cette fois la cible d’une campagne orchestrée, d’une ampleur et d’une durée inédites» avait affirmé expliqué le directeur du CIRC Christopher Wild au journal.

Monsanto, l'une des sociétés productrices de l'agent orange durant la guerre du Vietnam, n'en est pas à sa première polémique puisqu'elle avait été accusée de «crimes contre l’humanité et écocide» par un tribunal international citoyen en octobre 2016.

Bataille à Bruxelles contre le renouvellement du glyphosate

Le renouvellement de la licence du glyphosate fait l'objet d'une féroce bataille à Bruxelles. Son autorisation actuelle s'achève fin décembre. Un comité d'experts où chaque Etat membre de l'UE pourra donner sa position se réunit le 4 et 5 octobre à Bruxelles.

A ce jour, la France est l'un des seuls pays, avec l'Autriche et l'Italie, à s'opposer publiquement à la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du désherbant. Plusieurs politiques français se sont prononcés pour son interdiction, telle que Ségolène Royal qui l'a exprimé sur Twitter.

Florian Philippot s'est aussi déclaré contre l'emploi de cet herbicide.

Toutefois, la position du gouvernement français reste floue, sujette à divers atermoiements, en un feuilleton impliquant plusieurs personnalités clés de l’exécutif.

Ainsi, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a d'abord affirmé s'opposer à la réautorisation du glyphosate le 23 septembre. Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a fait une annonce le 25 septembre sur la sortie du glyphosate d'ici 2022, mais tempérée par un communiqué de Matignon qui reste flou sur les dates. Difficile de comprendre la stratégie du gouvernement au sujet de l'herbicide.

 

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