Poubelle nucléaire de Bure : «un déni de démocratie» selon un opposant

L'objectif est d'enterrer les déchets nucléaires sur le site de Bure. Source: Reuters
L'objectif est d'enterrer les déchets nucléaires sur le site de Bure.

Alors que les députés ont fait passer, sans vote, le projet de site d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, les opposants dénoncent un déni de démocratie et la puissance du lobby du nucléaire.

C'est dans un hémicycle quasi désert, et sans aucune discussion, qu'a été prise une décision pourtant majeure. Celle d'enfouir des déchets nucléaires radioactifs en Moselle, à Bure. Après une douzaine de tentatives, les parlementaires favorables au projet Cigéo (centre industriel de stockage géologique) sont parvenus à leurs fins.

Discrètement, la semaine passée, un amendement de dernière minute a en effet été rajouté à la loi Macron, adoptée grâce à l'article 43-3. Il ne concerne pourtant en rien l'économie. C'est la bonne vieille méthode du «cavalier législatif», qui consiste à glisser dans un projet de loi un amendement qui n'a rien à voir avec la loi... en espérant que le Conseil Constitutionnel laisse faire.

C'est le sénateur de Moselle (Les Républicains) et ancien ministre Gérard Longuet qui a réussi ce tour de passe-passe, le tout sans que le gouvernement, qui aurait pu bloquer cet amendement, ne trouve à y redire. Et voilà comment un projet nucléaire majeur a été validé au coeur d'une loi économique, le tout sans discussion. Un coup de force dans le coup de force, en somme. 

Grâce à cet amendement en effet, le projet Cigeo va pouvoir débuter. Ce site, à Bure en Moselle, accueillera, à partir de 2025, les déchets les plus radioactifs produits par la France. Ils seront enterrés à 500 mètres de profondeur. Ils représentent 3% du volume des déchets produits par les réacteurs français mais concentrent 99% de la radioactivité et doivent rester confinés pendant 100 000 ans avant de ne plus être dangereux pour l’homme. Le cout du projet est estimé à près de 36 milliards d'euros.

Claude Kaiser, le secrétaire de EODRA, le collectif des élus opposés à l’enfouissement des déchets nucléaires, et également membre du NPA, interrogé par RT, résume les évènements récents à un «déni de démocratie».

Claude Kaiser.© Capture écran Youtube
Claude Kaiser.

RT France : Qu'avez-vous ressenti en voyant cet amendement souhaité de longue date par les partisans du projet d'enfouissement de Bure être glissé dans la loi Macron?

Claude Kaiser : De l'indignation forcément, mais en même temps une forme d'habitude. Les coups de ce type sont fréquents dans le dossier de l'enfouissement. Un peu d’écœurement devant cette absence de démocratie et la façon de faire des élus nationaux. C'est indigne d'une République telle que la nôtre de supprimer le débat. Tout ce qui pourrait être démocratique dans ce dossier est esquivé. Aujourd'hui, ils passent en force, peu importe ce que pensent les citoyens. Les parlementaires qui sont censés nous représenter n'ont pas la possibilité de débattre à l'Assemblée. Il y a vraiment un passage en force, sous un vernis de pseudo-démocratie. C'est un déni de démocratie.

RT France : Pensez-vous vraiment qu'un débat à l'Assemblée aurait pu faire changer l'avenir de ce projet ?

Claude Kaiser : On ne se faisait que peu d'illusions en raison du rapport de force à l'Assemblée nationale, et il était peu probable de voir le projet être arrêté. Mais au moins, il y aurait eu la possibilité de faire valoir nos arguments, ce qui aurait été « moins pire »... On atteint là des sommets dans le déni de démocratie.  

RT France : Avez-vous le sentiment de pouvoir lutter contre ceux qui souhaitent que ce projet existe?

Ces façons de faire conduisent les gens à la radicalisation, à envisager le rapport de force qui reste notre seul moyen de nous exprimer. Aujourd'hui, nous appelons à la création de ce rapport de force. Nous y sommes poussés par les pouvoirs publics. On ne pourra se faire entendre que grâce à la mobilisation des gens sur la zone de Bure. Cela ne devrait pas être nécessaire, mais ça l'est en raison de la pratique démocratique de nos dirigeants.

RT France : Pensez-vous qu'en France, on peut débattre aujourd'hui sur le nucléaire ? Les Français ont-ils le choix de leur énergie ? 

Claude Kaiser : Jusqu'à présent non, on ne pouvait pas débattre du nucléaire, en raison de la puissance de ce lobby, mais aussi du dogme de la sécurité, de la quasi-gratuité du nucléaire, de l'indépendance énergétique... Je pense qu'on va le pouvoir dans les années à venir car on assiste à la faillite de cette énergie... Fatalement, on va arriver à en débattre. Mais aujourd'hui, ce sont les lobbys qui décident, et les élus se soumettent presque sans discussion.

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