Thierry Mariani : «On savait depuis longtemps qu’on était écouté mais on a préféré l’ignorer»

Thierry Mariani Source: RIA NOVOSTI
Thierry Mariani

Le député des Français à l’étranger et ancien ministre des transports, Thierry Mariani partage avec RT France sa vision du scandale d’espionnage des présidents français par les Etats-Unis.

«Le plus étonnant, ce n'est pas que les américains nous écoutent, c’est que certains français s’étonnent que les américains nous écoutent», a estimé le parlementaire, qui condamne la «naïveté» de ceux qui estiment que les élites françaises n’étaient pas au courant de l’espionnage de ses intérêts par les services spéciaux américains. En fait, selon Mariani, Wikileaks en réalité ne nous apprend rien.

«Je pense qu’on le sait depuis longtemps, mais pour ne pas perdre la face et pour éviter les incidents diplomatiques on fait semblant de ne pas le savoir», a déclaré le député, qui croit «qu’on est au beau milieu d’une vraie guerre économique».

«Je suis quasiment persuadé que les dirigeants d’Airbus et d’autres société françaises sont sur écoute. On est dans l’espionnage économique classique, le problème c’est que, jusqu’à présent, on faisait semblant de l’ignorer. Le fait que WikiLeaks le mette sur la table arrange tout le monde parce qu’on faisait semblant de ne pas être au courant», raconte-t-il.

En fait, même si les Etats-Unis sont les alliés de la France, ils ne les ont «jamais considéré comme des alliés de premier rang», explique Mariani, en rappelant l’existence du fameux réseau d’écoute et de partage d’information «Echelon» entre cinq pays : Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada et Grande-Bretagne. Ce sont ces quatre pays qui sont considérés comme les alliés fidèles de Washington, et tous les autres «sont susceptibles d’être sur écoute».

Cependant, l’ex-ministre avoue qu’il «n’en veux pas aux Etats-Unis de vouloir défendre leurs intérêts», ce qui est selon lui «tout à fait normal». Il accuse en revanche ceux qui ne défendent pas leurs propres intérêts. «Je pense que l’Europe n’a pas à l’heure actuelle ce courage-là», déplore-t-il, avant d’estimer que le scandale d’espionnage démontre justement qu’il «faut que la France pense finalement à ses intérêts et se protège».

D’ailleurs, les actions déjà entreprises par le président François Hollande – la réunion d’urgence du Conseil de sécurité, la convocation de l’ambassadrice américaine et d’autres – n’auront, selon Thierry Mariani, aucun impact sur la politique américaine en Europe. «A mon avis, c’est simplement une sorte de posture pour la presse», a-t-il déclaré. «Est-ce que les américains vont changer de position parce qu’on convoque leur ambassadrice dans un rendez-vous qui, en plus, j’en suis persuadé, sera extrêmement poli et cordial ?»

La «vraie» réaction des autorités françaises serait selon lui de se tourner vers les dossiers qui représentent un risque pour les intérêts de la France : «C’est de suivre aveuglément les Etats-Unis dans leur quête de sanctions contre le Russie, qui pénalise aussi bien cette dernière que l’Europe et la France», estime Mariani. Mais c’est aussi «ce fameux traité de libre-échange transatlantique, qui est primordial en termes d’influence économique».

Le responsable appelle ainsi à plus de vigilance dans la solidarité avec les prises de positions de Washington. «Les américains restent nos amis bien sûr, mais il faut par moments être un peu prudents», explique-t-il. «Je pense qu’il faut réapprendre à être un peu égoïste», conclut finalement Mariani.

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