Ouverture d'une information judiciaire dans l'affaire Fillon : retour sur des semaines de polémiques

Ouverture d'une information judiciaire dans l'affaire Fillon : retour sur des semaines de polémiques Source: Reuters
François Fillon voit sa campagne un peu plus mise en difficulté

Le Parquet national financier (PNF) a décidé d'ouvrir le 24 février une information judiciaire concernant l'affaire des emplois présumés fictifs de Penelope Fillon, épouse du candidat Les Républicains à la présidentielle.

Alors que plus tôt dans la journée M6 avait annoncé que le Parquet national financier (PNF) était sur le point de rendre sa décision concernant l'affaire des emplois présumés fictifs de l'épouse de François Fillon, scandale qui touche également ses enfants, Le Parisien a révélé le verdict. Une information judiciaire sera ouverte et les investigations seront confiées à trois juges d'instructions.

La semaine dernière,  Eliane Houlette, boss du PNF, avait balayé l'hypothèse d’un classement sans suite «à ce stade». Cela laissait deux options : l’ouverture d’une information judiciaire avec juges d’instructions ou une citation directe devant un tribunal correctionnel. C'est bien la deuxième option qui été choisie. 

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Pour rappel, les avocats du couple Fillon ont vivement contesté le rôle du PNF. Ils le jugent incompétent pour mener une telle enquête.  

Dans un communiqué publié dans la foulée de l'annonce de l'ouverture d'une information judiciaire, ces derniers ne doutent pas que l'innocence du couple Fillon «sera enfin reconnue» par «des juges indépendants». «Le PNF confirme, ce faisant, qu'il n'a pas pu démontrer la réalité des infractions poursuivies», ont estimé Maîtres Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille.

François Fillon risque la mise en examen

La décision du PNF pourrait avoir de lourdes conséquences pour la campagne de l'ancien Premier ministre. En effet, la prolongation de l'enquête pourrait déboucher sur la mise en examen de François Fillon. Or ce dernier a promis que dans ce cas et seulement dans ce cas, il renoncerait à maintenir sa candidature à l'élection présidentielle.

En tête des sondages après sa brillante victoire lors de la primaire de la droite et du centre, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a vu sa popularité chuter lourdement dans le sillage des révélations successives de la presse.

Tout commence le 25 janvier quand Le Canard enchaîné révèle que Penelope Fillon a été rémunérée en tant qu'attaché parlementaire de son mari ou du suppléant de ce dernier, Marc Joulaud, le tout entre 1998 et 2007. Au total, elle aurait reçu environ 500 000 euros brut. De plus, de mai 2012 à décembre 2013, elle aurait touché 5 000 euro brut par mois de la Revue des deux mondes, publication dirigée par Marc Ladreit de Lacharrière, un proche de son mari.

C'est à ce moment que le parquet national financier (PNF) a commencé à soupçonner des emplois fictifs et a décidé d'ouvrir une enquête pour «détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits».

Révélations en cascade

Véritable carburant pour les colonnes des journaux, le psychodrame Fillon a vu moult rebondissements. D'abord, en plus de sa femme, plusieurs de ses enfants ont été mêlé au scandale. Le 1er février, Le Canard enchaîné faisait grimper le montant qu'aurait perçu l'épouse et les enfants de François Fillon à un million d'euros brut. Le 9 février, Marie et Charles Fillon ont été reçus par les enquêteurs. Ces derniers cherchent à déterminer les circonstances exactes dans lesquelles ils ont été rémunérés en tant qu'assistants parlementaires de leur père quand ce dernier était sénateur de la Sarthe entre 2005 et 2007.

Avant cela, le 6 février, on apprenait que le candidat LR était soupçonné d'avoir aidé, en contrepartie de l'embauche de sa femme et sa rémunération de choix, le propriétaire de la Revue des deux mondes à obtenir une distinction officielle.

Le lendemain c'était à nouveau Le Canard enchaîné qui laissait transpirer sa Une. L'hebdomadaire satirique assurait que Penelope Fillon avait perçu 45 000 euros d'indemnités de licenciement, payées par l'Assemblée nationale.

L’hypothèse du plan B

Ce déferlement d'ennuis a fait douter jusqu'aux soutiens de l'ancien locataire de Matignon. A droite, l'idée d'un plan B pour remplacer François Fillon dans la course à l'Elysée a été évoquée plusieurs fois. Dès le 1er février, Georges Fenech, député LR sarkozyste n'hésitait pas à lancer : «Nous ne pouvons pas continuer avec un candidat en extrême difficulté.» Invitant par cette sentence le député de Paris à laisser tomber.

Si au lendemain de la conférence de presse donnée le 6 février par François Fillon, le camp des Républicains avait, au moins en apparence, joué l’unité derrière son champion, il semble que ces derniers jours, l’hypothèse du candidat alternatif ait refait surface. Et François Baroin s’est posé en postulant. Le 15 février, le sénateur-maire de Troyes a publié un livre-programme intitulé Un chemin français, dans lequel il prend la posture d'un éventuel présidentiable, attaquant notamment les candidats à l'élection suprême.

Signe de la tension qui règne chez LR, un jour avant la publication du livre de François Baroin, François Fillon avait, une nouvelle fois, rappelé devant les députés de sa famille politique que tout retrait de sa candidature était totalement exclu. A ses yeux, agir de la sorte «créerait une crise majeure» et il en a profité pour marteler «qu'il n'y avait pas de solution alternative».

Reste que l’ouverture d’une information judiciaire ne va pas arranger les affaires de l’ex-favori pour le fauteuil de l’Elysée. Dans le baromètre de Paris Match qui mesure les intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle, le 24 février, François Fillon demeurait en troisième position avec 20,5% devancé par Emmanuel Macron qui recueille 23,5%. Marine Le Pen caracole toujours en tête avec 26% des intentions de vote.

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