Seine-Saint-Denis : pour un «spectacle» ou «faire le buzz», et condamnés pour violences

- Avec AFP

Seine-Saint-Denis : pour un «spectacle» ou «faire le buzz», et condamnés pour violences© GEOFFROY VAN DER HASSELT Source: AFP
Photo prise à Aulnay-sous-Bois au lendemain des heurts avec la police

L'un n'a «rien contre les policiers», l'autre est venu pour le «spectacle», un troisième voulait «juste faire le buzz»: des jeunes jugés pour des violences en Seine-Saint-Denis commises après l'interpellation de Théo, défilent au tribunal de Bobigny.

«Tous les jours, ces gens-là, ils passent et ils m'insultent», tente de justifier devant la juge Maxime, 34 ans, jugé pour complicité de violences. Ce père de famille assure ne rien avoir «contre les policiers». Mardi soir, dans les rues de Saint-Denis il a leur a adressé un «Bande de violeurs, fils de pute, justice pour Théo», selon l'accusation.

«Ils [les forces de l'ordre] sont en train de provoquer toute la jeunesse», estime Maxime, sous le regard las d'une escorte policière. 

«On n'est pas dans une république bananière», lui rétorque, sèchement, le procureur. «On n'a pas des dizaines de gens qui meurent tous les jours sous les coups des policiers», ajoute-t-il avec verve, avant de dénoncer une «paranoïa généralisée qui justifierait des comportements outrageux et violents» depuis plusieurs nuits en Seine-Saint-Denis.

La juge condamne Maxime à trois mois de prison avec sursis.

«Des pavés sur la tête»

«Il est hors de question de justifier ces comportements de violence» de la part d'émeutiers qui «n'ont trouvé que ça pour manifester leur rejet, leur dégoût», s'époumonait la veille, un autre magistrat face à six prévenus accusés d'avoir jeté des pierres sur des policiers ou d'«embuscade». 

La justice a été saisie dans l'«affaire Théo» et «c'est à elle de faire toute la lumière», répétait-elle. 

En face, les prévenus réfutent toute idée de vengeance. Ils se trouvaient là, par hasard, alors qu'ils sortaient voir des amis, allaient au cinéma ou dans un bar à chicha... Ils ne savaient pas qu'il y aurait des émeutes, n'étaient pas au courant des nombreux messages échangés depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux et appelant à des émeutes. 

Une défense mise à mal par les messages sans équivoque retrouvés dans un téléphone. Sur des vidéos postés sur la messagerie Snapchat, on entend un homme dire : «Wesh c'est baisé aux 3000. Coupage de lumière dans 5 minutes. Les chtards (policiers, Ndlr) vont se manger des pavés sur la tête». 

«Je savais pas que ç'allait partir en cacahuète», se justifie le propriétaire du téléphone, qui voulait «juste faire le buzz» avec sa vidéo. Interpellé dans une rue de la cité, il jure ne pas avoir pris part aux violences dans la nuit de lundi à mardi. 

«Qui me dit que ces jeunes ne sont pas venus pour assister au spectacle ?», plaide l'un des avocats. 

«Dans le VIIe arrondissement parisien, quand on sort de chez soi, on va au musée, au théâtre... Ici, il n'y a rien de tout cela», dit ce conseil. Et d'assurer : «A Aulnay-sous-Bois, on voit ses amis dehors, on squatte dehors, on se regroupe.»

Présents au cours des émeutes, par hasard ou pas, deux prévenus ont été condamnés mercredi à six mois ferme pour «embuscade»; trois autres, jugés pour les mêmes faits, ont eu une peine de six mois de prison avec sursis. Un sixième prévenu, accusé de jets de pierre à contre des forces de l'ordre, a été relaxé. Jeudi, outre Maxime, deux jeunes de 18 et 19 ans ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis pour «complicité de violences».

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