Islam en France ou Islam de France, la nouvelle instance qui doit réfléchir à la question

A l'entrée d'une mosquée, Bordeaux© Regis Duvignau Source: Reuters
A l'entrée d'une mosquée, Bordeaux

150 personnalités, pour la plupart musulmanes, vont se réunir place Beauvau. Le but de cette réunion est de lancer une «instance de dialogue avec le culte musulman». Après les Républicains, c'est au tour du gouvernement d'amorcer ce dialogue.

Les personnes invitées à cette réunion placée sous l'égide du ministère de l'intérieur, par ailleurs également chargé des Cultes, ont été sélectionnées par les préfets notamment sur le critère de leur loyauté vis-à-vis de la République. Selon Rachid Benzine, Islamologue et professeur en l'Institut de Sciences politiques d'Aix-en-Provence, cela va dans le bon sens: «Tous les invités ne sont pas des religieux mais sont aussi issus de la société civile. Cette instance va ainsi permettre la représentativité et la représentation des musulmans de France» analyse-t-il pour RT France.

Il ajoute: «Cette réunion de personnalités diverses va permettre d'obliger au dialogue des tendances de l'Islam qui sinon s'ignoreraient totalement et se géraient chacune de leur côté».

Quatre «chantiers» ou axes de réflexion

Réunies une fois par an autour du premier ministre et du ministre de l'Intérieur, les 150 personnes devront réfléchir à quatre chantiers essentiels à un Islam de France.

Cette réunion abordera la question de la sécurité des lieux de cultes, de la lutte contre les actes antimusulmans et de l'image de l'islam. Selon le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), le nombre d'actes «islamophobes» a augmenté de 70% depuis l'attentat de Charlie Hebdo par rapport à la même période de 2014. 

Autre point urgent à aborder, la construction et la gestion des lieux de cultes. Selon les chiffres du Minsitère de l'Intérieur, il y a en France 2 500 mosquées et salles de prières, et 300 en construction. Mais les responsables de la communauté musulmane, estimée à cinq millions de personnes, jugent qu'il en faudrait doubler ce chiifre pour arriver à 5 000.

La formation et le statut des aumôniers et des cadres religieux seront également l'objet d'une réflexion autour du ministre de l'intérieur . A travers ce chantier c'est toute la question de la formation des Imams, dont certains parlent mal, voire pas du tout le français. Se pose aussi la question de l'enseignement de la laïcité aux quelques 2000 imams que comptent la France.

Enfin, un atelier de réflexion portera sur des questions comme le marché hallal, le pélerinage à la Mecque, les carrés musulmans dans les cimetières, la fête de l'Aïd qui est un jour chômé pour de nombreux musulmans.

Par la suite, cette instance informelle devra faire le lien avec l'État et lui adresser les questions posées par la communauté musulmane.

Dialogue ou réforme?

Cependant le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a prévenu: cette instance informelle n'est pas le moyen de «créer une organisation nouvelle des Français de confession musulmane, ni de constituer une enceinte de négociation devant déboucher sur des décisions immédiates».

Une façon indirecte pour le ministre de ne pas déjuger de façon trop nette le CFCM, le Conseil Français du Culte Musulman, créé par l'ancien président Nicolas Sarkozy pour représenter les musulmans de France. Le CFCM continuera ainsi à jouer un rôle centrale dans cette nouvelle instance. Rachid Benzine estime ainsi que ce think tank informel mis en place par le gouvernement Valls permettra précisément de «désenclaver le CFCM». Il précise: «Si le CFCM fonctionne bien au plan régional, il est complétement bloqué au plan national, en raison de luttes internes et de l'ingérence de pays étrangers, comme le Maroc, l'Algérie ou encore la Turquie, qui veulent garder un oeil sur leurs diasporas présentent en France».

Autre épineuse question, celle de la laïcité et de la loi de 1905 qui l'instaure. Le gouvernement devra naviguer quasiment à vue pour établir tout à la fois un dialogue étroit avec l'Islam sans donner l'impression d'organiser une religion, donc de s'immiscer dans ses affaires. Pourtant Rachid Benzine ne craint pas que les autorités françaises ne se mêlent de façon trop intrusive de l'organisation de l'Islam: «Les questions débattues ne sont pas d'ordre théologiques mais porteront seulement sur des questions d'organisation. L'intervention du gouvernement permettra aussi de désenclaver certains questions sur lesquelles les musulmans n'arrivent pas à se mettre d'accord. Ne serait-ce par exemple que la question de la date du Ramadan qui peut varier. Ou encore celle plus urgente de la formation des imams. Les musulmans pourront réfléchir ainsi à une instance de formation spécifique au lieu que cela se fasse sans instance de régulation».

Quoi qu'il en soit, la question de l'islam semble plus que toujours occuper le paysage politique français, le gouvernement n'étant pas le seul à vouloir nouer ou renouer le dialogue avec la communauté des musulmans de France. Le 4 juin dernier, le parti Les Républicains avait de son côté organisé une journée de travail sur cette même question. Or, annoncé au début comme un forum d'envergure, le débat avait au final été organisé à huis clos après les grincements internes qu'il avait suscités, certains cadors du parti, telle Nathalie Kosciusko-Morizet, ayant fait part de leur réticence à y participer.

En savoir plus: Républicains/ Islam: «Ils sont dans une lecture idéologique de l'Islam», dit Abderrahim Hafidi

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