Justice : Jean-Marie Le Pen décidé à en découdre, ouvre le bal

Jean-Marie Le Pen le 12 juin au TGI de Nanterre© Charles Platiau Source: Reuters
Jean-Marie Le Pen le 12 juin au TGI de Nanterre

Le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Nanterre a décidé aujourd'hui de mettre l'affaire Le Pen en délibéré au 4 Juillet. Ce matin, Jean-Marie Le Pen était venu y contester sa suspension du FN, prononcée le 4 mai par le bureau exécutif du parti.

Le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Nanterre (Hauts-de-Seine) a décidé aujourd'hui de reporter son verdict dans l'affaire qui oppose Jean-Marie Le Pen au Front National, parti qu'il a lui-même créé et d'où il se voit aujourd'hui évincé.

Ce matin à 10h, le désormais ex-dirigeant frontiste s'est rendu au tribunal pour contester sa suspension du parti prononcée le 4 mai par le bureau exécutif du FN. Le fondateur du Front National considère que cette sanction est contraire aux statuts et conteste la «privation de ses droits» en tant que président d'honneur.

Arrivé «serein», «combatif» et «décidé à aller jusqu'au bout», selon son avocat Me Frédéric Joachim, Jean-Marie Le Pen n'a pas souhaité faire de commentaires aux nombreux journalistes présents sur place, dans un climat électrique. 

A peine débutée, l'audience a été suspendue 10 minutes, l'avocat du FN demandant une exception d'incompétence. D'après lui, le rôle du TGI «n'est pas d'être une juridiction d'appel d'un organe disciplinaire d'une association». 

Toujours selon lui, les affaires politiques «n'ont rien à faire devant un tribunal» et le rôle de la justice «n'est pas de juger les états d'âme d'un président d'honneur mécontent de son sort». Il a par ailleurs expliqué que «le lien associatif entre un parti et un membre repose sur l'adhésion à la ligne politique du parti» et qu'à partir du moment où «un cadre diverge de la ligne du parti», on peut considérer que le lien associatif est rompu. Il a mis par ailleurs en cause la création de l'association des amis de Jean-Marie Le Pen par le biais de laquelle, le fondateur du Front national «s'auto-exclut».

Selon l'avocat du FN, la sanction décidée le 4 mai à l'encontre de Jean-Marie Le Pen «n'a rien d'attentatoire» puisqu'elle a été prononcée «par un organe compétent». En ce qui concerne la fonction de président d'honneur, l'avocat du FN a déclaré qu'il s'agissait d'une «création ex-nihilo» et a affirmé qu'au sein du Front National, il n'y avait que deux types de membres : «les bienfaiteurs et les actifs». Selon lui, le président d'honneur «n'a aucun rôle» et exerce uniquement «une présidence morale». «Sans quoi on se retrouve avec une présidence à deux têtes», a-t-il ajouté. 

Selon lui, le Bureau exécutif a rendu une sanction parfaitement proportionnée à la faute commise. En parlant des propos de Jean-Marie Le Pen au journal Rivarol (sur l'action du maréchal Pétain NDLR), il a évoqué des propos «constitutifs d'une rupture aux torts exclusifs». 

L'avocat du fondateur du parti a, lui, déploré l'éviction de son client dont les propos «n'émeuvent personne au FN» et a ajouté que le Front National voulait ainsi devenir un parti «de connivence et plus de contestation». Selon lui, les statuts du parti ont été a «littéralement violés» pour «provoquer la chute Jean Marie Le Pen».

Maître Joachim a déclaré qui'il fallait «un congrès physique» pour supprimer la présidence d'honneur et a parlé d'un «délit de sale gueule» envers son client. «On l'a attaqué parce que l'on craint ce que son sens inné de l'histoire pourrait encore lui faire dire», a-t-il dit. 

Il a conclu sa plaidoirie en demandant la restitution de Jean-Marie Le Pen dans ses fonctions en ajoutant par ailleurs qu'il faudrait «qu'on vienne quand même lui demander pardon à genoux, après tout ce qu'on lui a fait subir».

En sortant du tribunal, Jean-Marie Le Pen, qui a écouté la plaidoirie d'une heure de l'avocat du FN «attentivement mais avec difficulté, les yeux clos» selon une source présente à l'audience, a expliqué au journalistes qu'il avait fait appel à un tribunal civil à propos de sanctions appliquées «de manière illégale et abusive» et a déploré le fait qu'il n'y ait «aucune garantie de démocratie interne au sein du FN». Selon lui, il ne s'agit pas d'une affaire personelle, mais d'une tentative de changer la ligne du parti. Il déplore par ailleurs que ses détracteurs essaient de «faire disparaître le repère de ce qu'était le FN».

Pour Jean-Marie Le Pen, la fonction de président d'honneur est indépendante de celle d'adhérent du parti. Ainsi, selon lui, elle ne peut en aucun cas être remise en cause. Dans le cas contraire, s'il se voyait retirer ses droits de président d'honneur par le parti de sa fille, il réclame à la justice que le FN lui verse une astreinte de 10 000 euros par infraction constatée.

Ainsi, le mot de la fin n'a toujours pas été prononcé dans la guerre que se livrent le père, fondateur du parti d'extrême droite en 1972, et sa fille, présidente depuis 2011, qui, soucieuse de donner au Front National une image respectable, a choisi d'écarter définitivement son père, devenu un obstacle à cet objectif à cause de ses nombreux dérapages verbaux, notamment en ce qui concerne le seconde guerre mondiale, les camps de concentration et le régime de Vichy. 

La présidente du Front National a récemment annoncé la tenue d'un congrès extraordinaire en juillet, dont l'objectif sera la refonte global des statuts du parti et notamment la suppression de l’article 11 bis portant sur la fonction de président d'honneur qui, depuis sa création au congrès de Tours en 2011, rendait Jean-Marie Le Pen membre de droit de toutes les instances du parti.

Le bureau politique du Front national va maintenant se réunir pour préparer l'Assemblée générale extraordinaire au cours de laquelle, des questions de forme et de fond seront soumises aux militants. Ces derniers devront répondre par «oui» ou par «non». 

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