Présidentielle de 2017 : Alain Juppé soigne sa jeunesse et peaufine son programme

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé© Philippe Wojazer Source: Reuters
Nicolas Sarkozy et Alain Juppé

Cela se précise pour 2017. Alain Juppé vient de lancer un mouvement «de jeunes» qui doit l'aider dans sa course vers la présidentielle. Plus encore, il articulera son programme autour de dix propositions.

Il semble toujours aussi «droit dans ses bottes»... pour l'élection présidentielle de 2017. Alain Juppé vient de préciser sa stratégie pour 2017. 

Un programme en dix points

L'actuel maire de Bordeaux va soumettre à l'approbation des Français «une dizaine de programmes» qui doivent «annoncer la couleur» pour 2017. Le mot de programme est donc lâché, auquel il manque seulement l'adjectif «présidentiel».

Interrogé par RT France, Thomas Guénolé, politologue et spécialiste de la droite française estime que «Alain Juppé a en tête de proposer une dizaine de grandes réformes qui correspondent aux priorités des français  selon les sondages : emploi, éducation, santé-retraite, insécurité, immigration et écologie. Cela revient à dix chapitres d'un programme présidentiel». 

 Alain Juppé vient également de lancer «Le mouvement des jeunes avec Juppé», depuis la ville de Saint-Denis, située dans le département emblématique de la Seine-Saint-Denis. Et le choix est tout sauf anodin : «dans l'imaginaire collectif, Saint-Denis, c'est la banlieue, la jeunesse, l'insécurité, les territoires défavorisés. Cela envoie un message à la France urbaine pauvre qui ne vote pas à droite et qui parfois ne vote pas du tout», analyse Thomas Guénolé. 

140 comités seront donc créés pour soutenir la candidature de l'ancien premier ministre à la primaire de 2016. L'objectif serait d'en fédérer un millier d'ici novembre 2016, date de la primaire chez les Républicains, ex-UMP.

La jeunesse semble donc être le coeur de cible de la stratégie d'Alain Juppé, ce qui pour Thomas Guénolé est très révélateur : «On communique toujours sur ce qui ne va pas de soi. Par exemple, Nicolas Sarkozy joue aussi cette carte de l'apaisement et du rassemblement. On peut lire en filigrane que c'est justement là que se situe ses faiblesses car il est vu comme quelqu'un qui clive. Alain Juppé passe son temps à rencontrer des jeunes, donc ce qu'il dit est que son principal handicap est son âge qui est de 70 ans».

Une primaire à haut risque en 2016

«Nicolas Sarkozy a le parti, moi j'ai l'opinion» Alain Juppé

 Le dernier sondage en date, signé par l'IFOP, plébiscite à 47% un duel Juppé-Valls et à 45% Juppé-Hollande pour la présidentielle de 2017. Voilà qui tranche avec les huées qu'a essuyé Alain Juppé lors du congrès fondateur des Républicains à Paris le 30 mai dernier.

Plus encore, ce sondage traduit un net rejet d'une candidature de Nicolas Sarkozy : Seules 29% des personnes interrogées souhaitent qu'il soit candidat à la prochaine présidentielle, soit 11 points de moins qu'en 2013 (40%).

Mais Alain Juppé peut-il espérer l'emporter à la primaire quand Nicolas Sarkozy a repris les rênes du parti et qu'il se voulait le candidat unique ? Cela va dépendre de plusieurs facteurs selon le politologue interrogé par RT France : «Si le déroulement de la primaire est loyal et se passe de façon conforme aux statuts, c'est à dire une primaire ouverte, les deux auront leur chance. Les peu de sondages dont on dispose indiquent qu'ils sont au coude à coude. Alain Juppé a plaidé pour que cette primaire soit ouverte au centre mais ce souhait semble incompréhensible car pour voter à cette primaire, il suffira juste de déclarer partager les valeurs de la droite et du centre».

Juppé/Sarkozy, un couple rival... mais pas trop

Alain Juppé soigne son image de rassembleur capable de conquérir les centristes. Ainsi de nombreux jeunes issus du MoDem et de l'UDI sont venus lors du lancement des «Jeunes avec Juppé» à Saint-Denis. Cette stratégie tranche avec l'attitude de Nicolas Sarkozy qui n'a jamais caché sa piètre opinion des centristes.

Plus encore, sur le sujet sensible de l'identité nationale, Alain Juppé se démarque encore de son rival Nicolas Sarkozy qui prône, lui, «l'assimilation» plutôt que l'intégration : «Nous sommes une société diverse, différents milieux, origines, religions. Vouloir gommer ses différences en assimilant, ça n'a pas de sens», a-t-il martelé.  

Alors ces deux rivaux sont-ils réellement si différents l'un de l'autre ? Là encore Thomas Guénolé nuance : «En réalité ces deux candidats à la primaire ont le même programme économique. La seule différence entre eux se situe sur le terrain socio-économique : valeurs, sécurité, immigration. Plus encore, la vraie question sera celle de la lepénisation de la droite. C'est sur ce terrain là qu'il y aura un vrai affrontement entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Nicolas Sarkozy est pour cette lepénisation pour tout ce qui n'est pas économique. Alain Juppé est sur la ligne chiraquienne du refus de cette lepénisation».

 Mais si les programmes se peaufinent, 2016 semble encore éloigné : «C'est un constat et Alain Juppé le dit lui-même, les gens vont se décider tard et l'électorat est très volatile. Il faut garder en mémoire que c'est dans le dernier sprint de la primaire et de l'élection présidentielle que tout se jouera», analyse Thomas Guénolé.

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