Colère du Qatar qui porte plainte contre Florian Philippot

Florian Philippot, numéro deux du Front national© Robert Pratta Source: Reuters
Florian Philippot, numéro deux du Front national

Il ne passera certainement pas ses vacances à Doha. Florian Philippot, numéro 2 du Front national, vient de faire l'objet d'une plainte contre lui par le Qatar. Il lui est reproché d'avoir diffamé le royaume.

La procédure est rarissime qui va voir s'opposer un Etat étranger à un citoyen français. La raison de l'ire qatarie ? Les propos tenus par Florian Philippot à son encontre, sur deux différents médias. L'euro-député frontiste a ainsi déclaré d'abord sur les ondes de Radio Classique le 9 janvier dernier qu'«grande partie du système français, c’est-à-dire des élites, sont, au moins intellectuellement et moralement (…) corrompus» par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Réitérant quelques jours plus tard ses accusations, le vice-président du Front national, sur BFMTV, fut interrogé sur les éventuelles preuves d’un financement du terrorisme par l’émirat et répondit par un lapidaire: «Elles sont pléthore, les preuves».

Ces déclarations, faites au lendemain des attaques contre Charlie hebdo, ont fait l'objet d'un communiqué très sec du Qatar, visiblement très sourcilleux quant à sa réputation: «Dans les heures ayant suivi les attaques terroristes de janvier, le Qatar a condamné ces actes dans les termes les plus vifs (...) Cependant, M. Philippot a, de manière répétée et publiquement, laissé entendre qu'il y avait un lien entre ces actes terroristes et l'Etat du Qatar, affectant la réputation du Qatar et de tous ses citoyens. L'Etat du Qatar n'a d'autre choix que de défendre son nom devant les tribunaux français». Aussitôt dit, aussitôt fait et la plainte a été déposée ce 2 avril devant le tribunal de Nanterre.

Florian Philippot a, quant à lui, dénoncé une atteinte à la liberté d’expression.

La procédure, si elle suit son cours, devrait entraîner une mise en examen du responsable frontiste. Mais ce procès sera également l'occasion pour lui d'une tribune ouverte pour étayer devant la justice ses accusations.

Le Qatar entend visiblement aussi faire de ce procès une tribune puisqu'il a choisi pour le défendre deux ténors du barreau particulièrement courus sur la place de Paris. Jean-Pierre Mignard est en effet un ami de François Hollande dont il est l'avocat tandis que Francis Szpiner, un temps avocat de Jacques Chirac, est également réputé proche de l'UMP.

Ce n'est pas la première fois que le Qatar s'attire hostilité et pics de la part du Front national. Le parti avait aussi dénoncé les conditions d’attribution de la Coupe du monde de football 2022 mais surtout les privilèges fiscaux accordés aux investisseurs qataris que le parti estime exorbitants.

Le Front national l'avait également accusé d'être un «cheval de Troie de l’intégrisme» islamiste. Marine le Pen n'a ainsi pas hésité à dénoncer les fonds qataris investis en France, estimant ainsi que le «pays est bel et bien à vendre aux monarchies pétrolières». Le Qatar aurait investi, selon les chiffres officiels, 12 milliards de dollars en France, soit 10% du total de leurs investissements mondiaux. Il a ainsi su habilement tisser une toile d'investissements en France qui tiennent presque du catalogue à la Prévert : magasin Printemps, hôtels Concorde Lafayette à Paris et Martinez à Cannes, parts d'entreprises du CAC 40 aussi prestigieuses que Lagardère, EADS, Vinci, LVMH et bien sûr le club de football du PSG... autant de signes qui traduisent la boulimie du petit royaume.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales