A droite comme à gauche, les politiques s'inquiètent du risque de multiplication de «mini jungles»

A droite comme à gauche, les politiques s'inquiètent du risque de multiplication de «mini jungles» Source: AFP
Début du démantèlement du camp de Calais et du transfert des migrants vers des centres d’accueils

Le lancement de l'opération de démantèlement de la Jungle de Calais et du transfert des migrants vers des centres d'accueils répartis un peu partout en France a suscité de vives réactions de la part de la plupart des forces politiques françaises.

Le démantèlement du camp de migrant de la Jungle à Calais est une opération délicate pour le gouvernement. En première ligne sur ce dossier avec Bernard Cazeneuve, la ministre du Logement Emmanuelle Cosse a défendu le démantèlement : «Aujourd'hui ce que nous faisons c'est d'une part arrêter de laisser entendre que c'est des conditions dignes de vivre à Calais, parce que ce n'est pas le cas et ensuite de les mettre [les migrants] dans des structures où ils vont avoir un soutien.»

Le patron du Parti socialiste (PS), Jean-Christophe Cambadélis a apporté de son côté un soutien sans faille au gouvernement. 

Un démantèlement «inutile» pour la droite

Les partis politiques de droite ainsi que les candidats à la primaire ont répondu politiquement à l'opération de démantèlement au travers de diverses prises de positions et de communiqués.

Bérangère Poletti, porte-parole du parti Les Républicains (LR) s'est exprimée lors du point de presse hebdomadaire du parti à Paris : «Le gouvernement a attendu beaucoup trop longtemps [...] On ne résout pas ce problème du Calaisis, on le déplace [...] beaucoup veulent absolument aller en Grande-Bretagne et se cachent [...] On risque d'avoir plein de petits camps autour de Calais. Nous sommes face à un déni de démocratie de la part de ce gouvernement qui méprise complètement la maire de Calais qui n'a été ni consultée ni associée au dispositif. Pire, les maires de France n'ont pas non plus été consultés pour voir comment organiser cet accueil dans leurs territoires.»

Eric Ciotti, député Les Républicains et porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy aux primaires de la droite et du centre, a dit sur RFI : « Il y aura des problèmes [dans les villes et villages qui vont accueillir les migrants], ça a commencé, on voit qu'il y a déjà des violences, on voit qu'il y a des bâtiments incendiés, il y a des populations qui refusent cet accueil [...] C'est une bonne chose qu'il y ait démantèlement, mais la façon dont le gouvernement s'y prend ne permettra pas de régler le problème, parce qu'il n'y a eu aucune négociation préalable avec la Grande-Bretagne [...] il n'y a pas non plus de sélection entre ceux qui sont de vrais demandeurs d'asile et ceux qui sont des immigrés en situation irrégulière [...] Je fais le pari que ces migrants vont retourner très vite à Calais et que le problème va se reconstituer.»

Nadine Morano, députée européenne (LR) a exposé par communiqué : «Il n'y a pas de démantèlement efficace sans expulsion. Le gouvernement aurait dû mobiliser massivement les services de l'OFPRA sur Calais pour examiner les demandes d'asile dans les plus brefs délais et expulser tous ceux qui n'ont pas vocation à rester sur notre territoire [...] Il y a fort à parier que le gouvernement s'activera à donner le statut de réfugiés à tous ceux qui seront déplacés. Combien seront ensuite régularisés voire naturalisés ?...»

Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien démocrate et candidat à la primaire de la droite, a dit au micro de France Info : «Je suis allé à Calais bien avant le démarrage de la campagne des primaires, j'y ai été absolument horrifié par ce que j'ai vu d'indignité des conditions de vie de toutes ces personnes [...] Le devoir que nous avons, il est double, dire d'abord à ces migrants qu'ils ont beaucoup moins d'avenir que ce qu'on leur dit en venant en France, parce que nous ne sommes pas en situation de leur proposer un avenir durable. Une fois qu'ils sont là, nous avons l'obligation de les traiter de la plus digne des façons et chacun doit y prendre sa part.»

François Bayrou, président du MoDem, invité sur BFMTV et RMC a explicité sa position : «Personne ne peut faire reproche qu’on fasse cette opération. Le scandale était que la Jungle, ce bidonville, dure depuis des années [...] donc c’est bien. Ensuite l’organisation du déplacement et de la localisation des réfugiés, ça pose des questions. Je pense qu’on aurait dû travailler davantage avec les collectivités locales [...] parce que la concentration d’un très grand nombre ou d’un grand nombre de réfugiés ou de migrants dans des petits villages, avec des déséquilibres de population pose une question.»

Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la France à la présidentielle a expliqué par un communiqué que : «7 500 migrants, présents à Calais avec l'intention de se rendre en Angleterre, seront contre leur gré et contre l'avis des Français, répartis dans 450 centres d'accueil et d'orientation (CAO), à travers notre pays. Le gouvernement a choisi de diffuser le chaos calaisien, partout en France. Au lieu de traiter rapidement les demandes d'asile à Calais, puis de reconduire à la frontière la grande majorité des migrants qui ne bénéficieront pas du droit d'asile, le gouvernement, aux frais des contribuables, accueille des milliers de migrants, créant un appel d'air sans précédent.»

Pour le Front national (FN), la question du camp de Calais et des migrants ne sera pas réglée par le démantèlement ni le transfert des migrants à l'intérieur des frontières françaises. Le vice-président du parti, Florian Philippot, s'est exprimé sur LCI le 24 octobre et n'a pas mâché ses mots pour exprimer son exaspération. 

Des partis de gauche inquiets des conséquences de la fermeture du camp de Calais

Michèle Rivasi, députée européenne et candidate à la primaire d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) a spécifié son positionnement sur Sud Radio et Public Sénat : «Je suis pour un démantèlement parce que ce bidonville c'était pas, d'un point de vue humanitaire, acceptable [...] Il faut faire comme Damien Carême à Grande-Synthe, c'est-à-dire un lieu où il y a une transition d'urgence, un lieu tout à fait acceptable. Il faut [...] avec les Anglais, être draconien sur le regroupement des enfants, c'est inadmissible qu'il y ait 1 200 enfants et qu'ils en prennent au compte-goutte et que ces enfants restent là sans contrôle.» 

Le Parti radical de gauche (PRG), dans un communiqué a indiqué : «Le PRG demande aux autorités de faire preuve de vigilance. Il est fondamental de protéger les 1 000 mineurs, dont près de 400 enfants, non accompagnés et actuellement hébergés à Calais, afin qu'ils ne tombent pas entre les mains de trafiquants.» 

Le Parti communiste français s'est exprimé dans une déclaration : «C'est moins le démantèlement de la "Jungle" en soi que ses conditions d'évacuation qui sont discutables et ne devraient en aucun cas aboutir à "une opération sécuritaire". Des migrants qui veulent absolument rejoindre la Grande-Bretagne ont commencé à se disperser dans le Calaisis, le Dunkerquois et sur le littoral belge. A la veille de l’hiver, c’est le retour à la "clandestinité", dans des mini jungles, avec le risque de voir s’organiser une véritable "traque aux migrants" et un risque de criminalisation des militants de la solidarité avec les migrants par des forces de l’ordre dont les effectifs resteront très élevés.»

Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a déclaré dans un communiqué : «Faire croire aux migrants comme à la population de Calais que le démantèlement est une solution est un mensonge honteux. Tant que les frontières seront fermées, à Calais comme à Vintimille [frontière avec l'Italie], des migrant(e)s se retrouveront dans des bidonvilles avec l’espoir de passer. Tant que la France refusera aux migrant(e)s la liberté de s’installer où ils veulent, de chercher du travail et un logement, les migrant(e)s chercheront à se rendre dans un autre pays, un peu moins inhospitalier. La solution, c’est la liberté de circulation et d'installation pour toutes et tous.»

Lire aussi : fermeture de la «jungle» de Calais : une intersyndicale exclue toute participation des enseignants

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