Avant la présidentielle, les évêques écrivent une lettre inquiète à la France

- Avec AFP

Le président de la Conférence des évêques et archevêque de Marseille, Georges Pontier© Kacper Pempel Source: Reuters
Le président de la Conférence des évêques et archevêque de Marseille, Georges Pontier

Identités fragilisées, intégration en panne, laïcité sous tension, éducation en crise... Les évêques publient une longue lettre «aux habitants de France», qui appelle à un constat «lucide» sur l'état du pays à quelques mois de la présidentielle.

«Si nous parlons aujourd'hui, c'est parce que nous aimons notre pays et que nous sommes préoccupés par sa situation». Ainsi commence ce document rare, intitulé «Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique».

«L'intention de ce message est de s'inscrire en faux contre la sinistrose ambiante», explique l'archevêque de Paris, Monseigneur Vingt-Trois dans Le Figaro. Il a été voulu par les dix membres du conseil permanent de la Conférence des évêques (CEF) - sorte d'exécutif de l'Eglise catholique en France - en vue des élections de 2017.

Officiellement rendue publique le 13 octobre, cette lettre d'une soixantaine de pages, coéditée par trois maisons (Bayard, Cerf, Mame), sera disponible le 14 octobre en librairie au prix de 4 euros.

Même si les fidèles se comptent en millions, «nous avons voulu quelque chose qui ne soit pas "les cathos pour les cathos"», a précisé cette semaine à la presse le président de la CEF et archevêque de Marseille Georges Pontier. Trois mille exemplaires ont été envoyés aux élus, partis, syndicats et autres interlocuteurs, selon le porte-parole des évêques, Olivier Ribadeau Dumas, qui évoque un «appel au dialogue sans hystérie ni raideur».

«L'ambition est de fournir des éléments de réflexion et de pointer dix exigences», selon Monseigneur Pontier : «Comment redonner un souffle, une vision commune pour que les Français, divers, puissent retrouver des raisons de vivre ensemble?»

Les constats ne sont pas tendres. Sur la classe politique, pour commencer : «L'attitude et l'image de quelques-uns jettent le discrédit sur l'ensemble de ceux qui vivent l'engagement politique comme un service de leur pays [...] la parole a trop souvent été pervertie, utilisée, disqualifiée.»

Dans la société, «la contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel, et la culture de l'affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue», déplorent les évêques, égratignant aussi bien les réseaux sociaux que les médias, surtout audiovisuels : «On ne peut sans cesse jouer sur la com' et l'audience.»

Le «contrat social» a besoin d'être «renoué» car il ne va «plus de soi», ses promesses n'étant «plus tenues». Les personnes d'origine étrangère «n'arrivent pas à trouver leur place», quand «les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité, souvent brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour beaucoup de nos contemporains».

Pas question d'aborder de manière guerrière la problématique identitaire, si présente dans une précampagne électorale marquée notamment du sceau des récents attentats djihadistes en France. «Plus que d'armure, c'est de charpente que nos contemporains ont besoin», écrivent les évêques, insistant sur «la question du sens», qui a «déserté le débat politique».

«Inconditionnels de l'espérance»

A propos des jeunes tentés par le djihad armé, les évêques appellent à pousser la réflexion: «Sans minimiser en aucune façon leur responsabilité ni celle des commanditaires qui ont manipulé leur destin, il convient de se demander pourquoi l'intégration n'a pu s'opérer, et comment notre société a laissé une partie de sa jeunesse se perdre dans de telles aventures mortifères et meurtrières». Et de s'interroger sur la «crise» de «notre système éducatif».

Le sujet de la laïcité est devenu un «lieu de tension» qui «tient beaucoup au mouvement de réaffirmation des religions, particulièrement de l'islam», note l'épiscopat. Mais ce doit être un cadre juridique, pas «un projet de société» et de «neutralisation religieuse», plaide-t-il, alertant sur des «frustrations qui vont conforter le communautarisme».

C'est un bien sombre tableau que le texte éclaire, tout en soulignant le potentiel important de dynamisme et de solidarité de la France, et ce dans tous les domaines. «En tant que chrétiens, nous sommes des inconditionnels de l'espérance !», fait valoir Monseigneur Pontier.

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L'épiscopat se garde toutefois d'entrer dans la mêlée partisane, y compris à l'égard du Front national, qui a gagné de nombreux électeurs chez les catholiques.

«Il faut écouter ce qu'ils expriment, beaucoup relève de la déception et de la peur», pour le président de la CEF, convaincu que le temps des consignes de vote «est fini, s'il a existé».

 

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