Selon l'Insee et l'Ined, en France, un SDF sur dix est diplômé du supérieur

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D'après l'étude réalisée par les deux instituts, parmi les 140 000 sans-abri qui vivaient en France en 2012, une part non négligeable a fait des études supérieures. Par ailleurs, leur nombre a connu une augmentation de 50% en 11 ans.

L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et l'Institut national d'études démographiques (Ined) ont réalisé une enquête sur la population sans domicile fixe en 2012. Les chercheurs des deux instituts se sont intéressés aux adultes sans-abri francophones. L'étude révèle que parmi eux, 14% ont fait des études supérieures et 10% en sont sortis diplômés. 

«Les diplômés du supérieur sans domicile existent et leur nombre est loin d'être négligeable», même s'ils constituent une minorité, relèvent les auteurs de l'article, Philippe Cordazzo et Nicolas Sembel.

S'ils connaissent des situations comparables aux sans-abri non diplômés, les diplômés du supérieur se distinguent sur certains points. Ils ont «un rapport à l'emploi un peu plus dynamique, un état de santé jugé [par eux] plus souvent comme "très bon", une expérience plus tardive de la sans-domiciliation, et un soutien plus actif de leur réseau de sociabilité [amis, proches, voisins, famille]».

Deux profils se distinguent. D'un côté, des diplômés de l'enseignement supérieur français, «plus souvent des hommes, plus âgés, plus seuls, un peu plus souvent issus de classes sociales défavorisées, un peu moins parisiens».

De l'autre côté, des diplômés de l'enseignement supérieur étranger «plus souvent femmes, âgées entre 30 et 49 ans, voire moins de 30 ans, avec enfant(s) (le plus souvent en couple mais aussi seules), un peu plus souvent issues de classes moyennes».

«Leur sans-domiciliation est révélatrice d'une trajectoire de déclassement de diplômés nés à l'étranger et dont les conditions de vie suite à leur arrivée en France ont conduit à la pauvreté, faute de valorisation de leur diplôme, d'obtention d'un diplôme français ou d'une équivalence et, souvent, [à cause] de discrimination», notent les auteurs.

Le rapport estime aussi que près de 15% des sans-abri ayant fait des études supérieures ont connu une première situation de sans-domiciliation au cours de leurs études.

En onze ans, 50% de personnes sans domicile de plus en France

Selon l'Insee, en 2012, l'Hexagone comptait 143 000 personnes sans domicile fixe, soit une augmentation de plus de 50% en onze ans. Entre 2001, date de l'étude précédente, et 2012, les SDF nés à l'étranger, venant pour beaucoup des anciennes colonies françaises d'Afrique de l'Ouest et du Nord, sont nettement plus nombreux.

Les SDF dans leur ensemble étaient âgés de 39 ans en moyenne. Un sur dix a 60 ans et plus.

Dans les agglomérations de 20 000 habitants ou plus, vivaient 82 000 adultes sans domicile, accompagnés de plus de 30 000 enfants. En onze ans, le nombre de sans-abri dans ces villes a connu une hausse spectaculaire de 58%. La progression du nombre d'enfants a été plus rapide que celle du nombre d'adultes (respectivement 85% et 49%).

Un quart des SDF de moins de 65 ans travaillent. Un sur deux se dit chômeur, et un sur dix n'est pas autorisé à travailler (demandeur d'asile ou en congé maladie de plus de trois mois). Le revenu de solidarité active (RSA) est la ressource la plus souvent perçue.

Les chercheurs ont aussi constaté que 23% des utilisateurs de services d'aide (hébergement temporaire et restauration gratuite) nés en France ont été placés en famille d'accueil ou en foyer dans leur enfance, alors qu'en France, la proportion de personnes placées durant leur enfance n'est que de 2 à 3%.

Parmi les utilisateurs des services d'aide, ceux qui ont connu le placement sont 36% à déclarer un état de santé mauvais ou très mauvais, soit deux fois plus que ceux qui n'ont pas connu cette situation, et ce mauvais état de santé remonte plus fréquemment à l'enfance que pour les autres.

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