France, toujours plus d'inégalités selon l'OCDE

Sans Domicile Fixe à Paris Source: Reuters
Sans Domicile Fixe à Paris

Le dernier rapport de l'OCDE souligne que les inégalités se sont davantage creusées en France qu'ailleurs dans le monde.

La France, un pays aux inégalités croissantes? Oui, si l'on en croit le dernier rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). 

L'OCDE souligne ainsi que parmi ses 34 Etats membres, les 10% les plus riches de la population ont un revenu qui est 9,6 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres, contre un ratio de 7,1 dans les années 1980. Selon la formule lapidaire du rapport, «les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons». 

Parmi les mauvais élèves, la France où les inégalités se sont accrues plus rapidement qu'ailleurs, même si elles demeurent dans la moyenne des autres pays membres.

Liberté, inégalité, fraternité?

La France a vu les inégalités progresser de façon nette entre 2007 et 2011. Les disparités de revenu disponible y ont progressé de 1,6%. Dans le détail, si le revenu des 10% de personnes ayant les ressources les plus faibles a reculé de 1% en moyenne par année, celui des 10% les plus aisées a pour sa part progressé de 2%. Au final, ce sont les 10% de personnes dont les revenus sont les plus faibles qui ont subi les effets de la crise le plus sévèrement.

De façon globale, en France, les 40% de foyers les plus pauvres détiennent moins de 3% du patrimoine. Les 10 % les plus riches, s'ils touchent 25% des revenus, détiennent 50% du patrimoine.

Cependant, contacté par RT France, Maxime Ladaique, économiste à l'OCDE et contributeur du rapport, souligne le rôle du système de protection sociale français qui a eu un "effet parachute" sur la crise économique: "Les inégalités constatées auraient été plus importantes sans ce système de répartition des richesses. Cela prouve que ce système marche".

Le rapport de l'OCDE souligne également que le quinquennat de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012 a marqué «une rupture importante» alors que depuis les années 1980, les inégalités avaient, en France, tendance à être plutôt stables .

Des inégalités qui pèsent sur la croissance...

«En ne s'attaquant pas au problème des inégalités, les gouvernements affaiblissent le tissu social dans leur pays et compromettent leur croissance économique à long terme» Angel Gurria, Secrétaire général de l'OCDE .

Selon le rapport, les inégalités ne nuisent pas seulement à la cohésion sociale. Elles handicapent également la croissance. Leur augmentation entre 1985 et 2005 a coûté en moyenne près de 4,7 points de croissance dans les pays avancés.

Maxime Ladaique, l'économiste à l'OCDE ne dit pas autre chose:" Les inégalités nuisent évidemment à l'équilibre sociale mais aussi à la croissance économique. Si les pays avaient eu moins d'inégalités sur la période étudiée, la croissance aurait été plus importante. Il y a là un véritable gaspillage du capital humain".

Le secrétaire général de l'organisation,le mexicain Angel Gurria, n'hésite pas à tirer la sonnette d'alarme: «Nous avons atteint un point critique. Les inégalités [...] n'ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons».

Les recettes préconisées pour réduire les inégalités ? L’investissement dans l’éducation, mais aussi la redistribution par le biais de l'impôt. Pour l’OCDE, qui a longtemps milité pour moins de fiscalité, il s'agit là comme d'une conversion au «pikettisme», du nom de l'économiste français Thomas Piketti.

Ce dernier, auteur du best-seller Le capital au XXIe siècle a fait de la lutte contre les inégalités le coeur de sa pensée économique. Plus encore, il a démontré que lutter contre elles revenait à favoriser la croissance à travers notamment des programmes de redistribution vers les plus pauvres.

...et sur la cohésion sociale

L'OCDE souligne également le nombre croissant d'«emplois non-standards», qui regroupent les contrats temporaires ou à temps partiel. Toute une nouvelle catégorie de «travailleurs pauvres» a ainsi émergé, accélérant ce phénomène d'inégalités.

Les associations de lutte contre les inégalités sociales estiment que ce rapport confirme leur analyse. Contactée par RT France, Manon Aubry, responsable des questions d'inégalités pour Oxfam France, ne cache pas sa satisfaction: «Ce rapport de l'OCDE dit ce que nous disons depuis longtemps. Les inégalités sont un frein à la croissance et à la mobilité sociale».

Cette dernière estime cependant que le rapport de l'OCDE n'a pas pris en compte tous les chiffres. «Le rapport de l'OCDE s'est attaché aux revenus du travail. Les disparités y sont déjà alarmantes. Mais l'OCDE n'a pas inclus dans ses calculs les revenus du patrimoine (immobilier, portefeuille d'actifs), où l'écart se creuse encore plus», souligne Manon Aubry.

Enfin, son analyse du rôle de l'action politique sur la réduction des inégalités est claire : l'Etat doit jouer son rôle. «S'il est vrai que les inégalités ont pu s'accroître sous la présidence Sarkozy, elles n'ont pas décliné sous celle de François Hollande. On n'a pas cherché l'argent là où il se trouve. Il y a quand même 60 milliards d'euros par ans d'évasion fiscale, sans que les autorités agissent. Plus encore, elles ont fait des cadeaux fiscaux aux entreprises, alors que ces cadeaux n'ont eu aucun effet sur l'emploi. Le gouvernement français devrait plutôt utiliser le puissant levier de la redistribution des richesses, qui réduisent les inégalités et relancent aussi la croissance. De grands chantiers d'investissements sociaux dans les hôpitaux par exemple pourraient être envisagés».

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