Sainte-Rita : le maire du XVe arrondissement s’opposera «par la force» à la démolition de l’église

Les CRS évacuent une fidèle de l’église Sainte-Rita.© Capture d'écran Twitter
Les CRS évacuent une fidèle de l’église Sainte-Rita.

Philippe Goujon, député-maire du XVe arrondissement de Paris où se trouve l’église Sainte-Rita, est indigné par les actions de police du 3 août. Il se dit prêt à défendre ce lieu par la force et révèle les détails du scandale à RT France.

RT France : Le 3 août des CRS ont effectué une évacuation musclée des fidèles de l’église Sainte-Rita, utilisant la force contre le prêtre et les élus locaux qui s’y opposaient. Les policiers, ont-ils agi conformément à la loi ou étaient-ils en faute ?

Philippe Goujon (P. G.) : Au mois de janvier, le tribunal administratif a autorisé l'expulsion des occupants de l’église Sainte-Rita. Rien n’obligeait la préfecture de police à l’exécuter en plein mois d’août alors qu’il n’y a personne à Paris. Peut-être espérait-elle que personne ne s'en aperçoive. Il n'y avait pas urgence, surtout au lendemain des obsèques du père Jacques Hamel qui a été sauvagement assassiné par des terroristes extrémistes, alors toute la communauté chrétienne est en émoi. Je crois que l'exécution de cette décision a été faite de manière tout à fait inappropriée.

C’est une action absolument honteuse, indigne d’un Etat démocratique, qui entache l’honneur du ministère de l’Intérieur et de la police

La décision a été contestée jusqu’au Conseil d’Etat et ce dernier, en appel, a maintenu la décision d’expulsion. Mais il donnait aussi la possibilité au préfet de police de contester cette expulsion. Le Conseil d’Etat a dit que l'expulsion était nécessaire pour respecter la loi, mais que le préfet de police pouvait contester cette décision s'il estimait que l'exécution de la décision de justice entraînerait un trouble à l'ordre public plus important qu'en laissant les lieux occupés.

Finalement la police est intervenue très brutalement : les CRS ont traîné des élus à terre – il y avait une dizaine d’élus présents pour protéger l’église [de l'évacuation] – les participants à la messe à l’intérieur ont été dispersés, les fidèles ont été aspergés de gaz lacrymogènes. Le prêtre qui officiait a été chassé de l’autel et traîné à plat ventre…

C'est une action absolument honteuse, indigne d’un Etat démocratique, qui entache l’honneur du ministère de l’Intérieur et de la police, d’autant plus qu’il s’agit d’une opération de spéculation immobilière. L'église doit en effet être rasée pour construire un parking et des logements privés.

RT France : Mais pourquoi alors la police a-t-elle agi à ce moment-là ? Y avait-il une raison précise ?

P. G. : Non, je pense que si la police a agi à cet instant, c’est pour profiter de la période creuse du mois d’août, pensant qu’il n’y aurait pas de réaction.

La police a donné son assistance à une opération de spéculation immobilière

RT France : Et les gens qui se trouvaient dans l’église, avaient-ils vraiment le droit de s’y trouver ?

P. G. : Ceux qui occupaient l’église sont d’une obédience catholique qu’on appelle le rite de Saint Pie V, reconnu par l’Eglise catholique romaine. L’abbé qui dirige cette opération est sous l’autorité du Vatican. Donc, c’est particulièrement légitime.

C’est vrai qu’au départ l’association [des Chapelles Catholiques et Apostoliques] qui est propriétaire des lieux, qui est une église gallicane schismatique, n’est pas reconnue par l’Eglise catholique romaine. Mais elle a vendu [le bâtiment] de cette église à un promoteur immobilier pour faire une opération financière. Pour éviter la destruction de l’église, un autre rite, reconnu par l’Eglise catholique romaine, celui de Saint Pie V, a remplacé l’église gallicane.

Et il y eu des négociations entre le promoteur et différents rites religieux, pour qu’au lieu d’être démolie, l’église soit rachetée par un autre rite pour qu'on continue à y exercer le culte. Cela fait quelques mois que plusieurs églises sont sur cette affaire et certaines ont même déjà entamé des négociations avec des banques [pour obtenir les fonds nécessaires].

Je suis un maire républicain et laïc, ce que je veux c’est la préservation du bâtiment qui est un marqueur du quartier

RT France : Alors qui a demandé l’expulsion des fidèles ?

P. G. : C’est l’huissier de justice du promoteur qui a demandé à la police d’intervenir. Je vois que le promoteur ne respecte pas ses engagements puisqu’il fait expulser, alors qu'on était en négociation, et que la police a donné son assistance à une opération de spéculation immobilière.

Mais ma porte est toujours ouverte pour des négociations afin que l’église soit rachetée.

Je ne suis pas un maire religieux, je suis un maire républicain et laïc, ce que je veux c’est la préservation du bâtiment qui est un marqueur du quartier. Il y a un milliers de riverains qui ne sont pas catholiques, qui ont signé une pétition pour préserver leur église. Cette église date de 1905, ils veulent qu’elle subsiste et qu’elle ne soit pas remplacée par un projet immobilier pour construire une dizaine de logements privés.

A la force, nous opposerons la force

RT France : Comment la situation va-t-elle se développer maintenant ?

P. G. : Maintenant que la police a expulsé par la force [les occupants] et avec brutalité, une entreprise de démolition va venir pour essayer de démolir l’église. Nous allons nous y opposer, nous aussi par la force : à la force, nous opposerons la force.

RT France : Au vu des circonstances de l’expulsion, allez-vous vous-même ou certains résidents ou encore des occupants de l’église, agir en justice contre les policiers ?

P. G. : Bien sûr. [Premièrement] plusieurs élus et plusieurs habitants ont déjà porté plainte au commissariat de Police du XVe arrondissment de Paris.

Deuxièmement, je vais interpeler le préfet de Police dès la prochaine réunion du Conseil de Paris pour le mettre en cause et, en tant que député, je vais interpeler le ministre de l’Intérieur lors de la première séances des questions d’actualité qui aura lieu à l’Assemblée nationale à la reprise de la session parlementaire.

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