Avant la fin du quinquennat, Hollande et Valls recasent leurs proches à tout-va

Les locataires de l'Elysée et de Matignon font plaisir à leurs fidèles à l'approche de la fin du quinquennat, le tout dans un esprit stratégique bien rodé Source: Reuters
Les locataires de l'Elysée et de Matignon font plaisir à leurs fidèles à l'approche de la fin du quinquennat, le tout dans un esprit stratégique bien rodé

Le président de la République a obtenu le poste de directeur de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières pour l’un de ses fidèles. Les coups de pouce se multiplient à l’approche de 2017. Manuel Valls n’est pas en reste.

Il avait promis d’être un président exemplaire, il est à l’exemple de ses prédécesseurs. François Hollande cède lui aussi aux sirènes du recasage. Sous ce terme nébuleux se cache une pratique solidement ancrée dans le paysage politique français. Elle consiste, pour le pouvoir en place, à profiter de ses derniers mois d’exercice pour distribuer les promotions… et préparer l’avenir.

Dernier exemple en date, la nomination du député socialiste du Nord, Bernard Roman. Le fidèle du président, âgé de 63 ans, se voit bombardé à la tête de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). Celui que l’ancien maire de Lille, Pierre Mauroy, avait écarté de sa succession pour son appartenance à la franc-maçonnerie va toucher un beau pactole d’environ 148 000 euros brut par an.

En mai dernier, Le Monde révélait que Manuel Valls avait tenté de caser Jean-Paul Huchon à ce poste. Mais l’appartenance de l’ex-président de la région Ile-de-France au conseil de surveillance de la SNCF a fait capoter l’affaire. Les risques de conflits d’intérêt étaient trop forts, selon Matignon.

Coup de billard à trois bandes

La décision de François Hollande est celle d’un fin stratège. Elle est loin de ne contenter que Bernard Roman. François Lamy, pressenti pour récupérer la première circonscription du Nord, dispose d'un boulevard. L’ancien ministre délégué à la Ville se retrouve dans un secteur où Bernard Roman avait été élu avec 64,85% au second tour des législatives en 2012. Sachant que selon les calculs des experts, les circonscriptions du Parti socialiste (PS) seront compliquées à remporter en dessous de 59% en vue de 2017, François Lamy peut avancer serein.

Dans une satisfaction par procuration, Martine Aubry devrait se montrer reconnaissante envers François Hollande. L'actuel maire de Lille est en effet très proche de François Lamy.  

A regarder de plus près la configuration électorale du territoire abandonné par Bernard Roman, on est en droit de se demander si François Hollande ne vient pas de jouer un mauvais tour à son Premier ministre. Après le poste de directeur de l’Arafer, échu à un fidèle du président de la République plutôt qu’au préféré de Manuel Valls, le parachutage de François Lamy pour les prochaines législatives pourrait irriter le locataire de Matignon. En effet, Patrick Kanner, proche de Manuel Valls, est élu du département du Nord et l'arrivée de François Lamy rebat les cartes pour l’avenir de la région.

François Hollande distribue les cadeaux

L’épisode Bernard Roman n’est que le dernier d’une liste qui s’allonge à mesure que l’on s’approche de la fin de son règne élyséen. Ainsi, le 1er juin, Valérie Lecasble a été nommée directrice de la délégation à l’information et à la communication de la Défense. Si son CV n’a rien d’un scandale, l’ancienne rédactrice en chef de France-Soir et directrice générale d’i-Télé est surtout très proche de François Hollande, dont elle revendique être une amie d’enfance. Celle qui gère désormais la communication du ministère de la Défense conseillait gracieusement le président durant sa campagne. La voici rétribuée.

Philippe Vinçon a également bénéficié des largesses de l’Elysée. Le conseiller agriculture de François Hollande a été nommé en mai dernier à la Direction générale de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui dépend directement du ministère de l’Agriculture. La magistrate Françoise Tomé, conseillère justice du président a obtenu son entrée au Conseil d’Etat. Quant à Marie-Hélène Aubert, conseillère en matière d’écologie, elle s’est vue introniser inspectrice générale de l’administration du développement durable.

Dans cette valse de postes, certaines nominations complaisantes sont moins flagrantes. Le transfert de Laurence Boone, par exemple, qui travaillera désormais pour le groupe Axa après avoir été conseillère chargée de l’économie auprès du président. L’assureur est dirigé par un certain Henri de Castries, énarque de la promotion Voltaire. La même que celle d’un certain… François Hollande.

Souvent critiquées, ces nominations passent parfois très mal. Comme lorsqu’en 2015, le chef de l’Etat avait obtenu la présidence de RTE (réseau de transport d’électricité) pour le député PS de l’Isère, François Brottes. A l’époque, le puissant corps des mines avait crié au scandale. Depuis la création de la RTE, c’est la première fois qu’il n’est pas dirigé par un ingénieur des mines.

Valls s’active

Du côté de Matignon, on fait également bouger les chaises musicales. Ayant moins de pouvoir que François Hollande pour procéder à ses propres recasages, Manuel Valls se démène pour récompenser ses fidèles. Ainsi, il a obtenu un rang de «préfet hors cadre» pour Christian Gravel et Sébastien Gros, deux de ses lieutenants.

Mais à en croire La Lettre A, c’est bien lui-même que le Premier ministre chercherait à recaser en priorité. En cas d’échec électoral massif en 2017, il envisagerait tout simplement de s’emparer du Parti socialiste.

Manuel Valls se verrait bien utiliser le poste de premier secrétaire comme un tremplin en vue de 2022. Un certain François Hollande avait utilisé la même stratégie. Toujours selon La Lettre A, en cas d’échec provoqué par l’aile gauche du PS avec qui il n’entretient pas les meilleures relations, Manuel Valls tenterait l’aventure en solo. Il s'appuierait notamment sur son micro-parti : le Pôle des réformateurs.

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