Commémoration de la fin de la guerre d'Algérie le 19 mars : une guerre «électoraliste» ?

Le président François Hollande lors des commémorations de la guerre d'Algérie au Quai Branly à Paris, en compagnie du ministre de la Défense  Jean-Yves Le Drian le 19 mars 2016 Source: AFP
Le président François Hollande lors des commémorations de la guerre d'Algérie au Quai Branly à Paris, en compagnie du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian le 19 mars 2016

Alors que le président français François Hollande a décidé de commémorer la fin de la guerre d'Algérie le 19 mars, jour de la signature des accords d'Evian, la droite et les associations de harkis dénoncent une décision «électoraliste».

Le président François Mitterand, ministre de la Justice au moment des faits, avait toujours refusé de fêter cette date. Le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, en 2002, avait, quand à lui, proposé une loi, finalement enterrée, pour en faire une «journée nationale du souvenir». Le président Jacques Chirac avait choisi une autre stratégie en choisissant la date neutre du 5 décembre qui ne correspond à aucun fait marquant de la guerre pour ces commémorations.

Peu après l'arrivée de François Hollande au pouvoir, la loi de 2002 est revenue sur la table et elle a été adoptée dans la polémique. «Le 19 mars est une date qui ne peut pas être retenue comme une date de célébration nationale», a réagi le candidat à la primaire des Républicains, l'ex-Premier ministre François Fillon ce dimanche 20 mars.

«Une forme de mépris»

Parce qu'au lendemain du cessez-le-feu, «il y a eu des centaines de milliers de harkis qui ont été massacrés (...) et des centaines de milliers de Français qu'on appelle des pieds-noirs, des Français d'Algérie, qui ont dû tout abandonner, rentrer en France, souvent d'ailleurs pour tout reconstruire», a-t-il poursuivi. «Donc célébrer le 19 mars, c'est exprimer à l'égard des victimes, c'est-à-dire des harkis et des pieds-noirs, une forme de mépris, donc c'est une division», a-t-il ajouté.

Le même argument a été utilisé par l'ancien président du Front National, Jean-Marie Le Pen. «Je crois que c'est une petite manœuvre assez misérable, électoraliste», a déclaré l'eurodéputé FN dans l'émission 12-13 Dimanche. «Je pense que le président se souvient qu'il a probablement été élu par les anciens immigrés et il pense devoir sa prochaine élection peut-être aux électeurs qui viennent d'Algérie». «Je rappelle que 800 000 d'entre eux résidant en France ont voté pour la présidentielle algérienne, ce sont les voix, je pense, sur lesquelles compte le président de la République», a-t-il lancé.

«Le 19 mars, c'est un jour de deuil»

Le co-fondateur du FN a ensuite expliqué pourquoi il récusait le choix de cette date : «Le 19 mars, c'est un jour de deuil, parce que c'est le jour où le gouvernement français va ériger les Algériens du FLN en gouvernement à égalité en quelque sorte avec le gouvernement français et fonder leur dictature sur le pays après avoir éliminé le MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj dans des massacres». La présidente du FN Marine Le Pen, sur la même ligne, a accusé le chef de l'Etat de «violer la mémoire» des anciens combattants et harkis.

Tandis que le maire Les Républicains de Nice Christian Estrosi avait décidé de n'organiser aucune cérémonie dans sa ville, le président du même parti, Nicolas Sarkozy a dénoncé qu'il s'agissait d'«adopter le point de vue des uns contre les autres (...) C'est considérer qu'il y a désormais un bon et un mauvais côté de l'Histoire et que la France était du mauvais côté».

Les associations d'anciens combattants vent debout

Du côté des associations d'anciens combattants, les réactions ne se sont pas fait attendre. Bernard Coll, président de Jeune Pied-Noir se dit «très surpris».

«François Hollande est en totale contradiction. Il avait reconnu la faute et la responsabilité de la France dans l'abandon des rapatriés et harkis, ce qui implique une reconnaissance des crimes du 19 mars», pointe-t-il, dénonçant une posture purement «électoraliste». «Les sept mois qui ont suivi ont vu plus de morts civils que pendant la guerre», insiste-t-il.

«Par respect pour les milliers de pieds-noirs massacrés et la chasse aux harkis, nous ne serons pas présents. François Hollande avec ce déplacement rompt l'apaisement et insulte les morts», déplore Philippe Schmitt, directeur de l'Union nationale des combattants (UNC), qui rassemble 200 000 membres. L'association continue, pour sa part, à célébrer le 5 décembre, instauré par Jacques Chirac en hommage aux Morts pour la France

«Honorer toutes les souffrances»

«On va raviver les fractures sur la guerre d'Algérie!», a indiqué le président national du cercle algérianiste, Thierry Rolando. «François Hollande est en train de tourner le dos à une partie de la communauté nationale, il reconnaît qu'une seule souffrance, celle des Algériens et jete un voile d'ombre sur les drames des harkis et des Français d'Algérie. Il pourrait embrasser toutes les mémoires en se rendant aux commémorations du 5 décembre».

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a tenu à appeler au «dépassement des passions». «Le 19 mars 1962 ce n'était pas encore la paix, c'était le début de la sortie de la guerre, dont l'histoire nous apprend qu'elle est bien souvent la source de violence, ce qui fut tragiquement le cas en Algérie avec des représailles, des vengeances, des attentats, des massacres», a déclaré le président de la République, lors d'un discours prononcé devant le mémorial érigé quai Branly. «Le 19 mars, ce sont les mémoires de toutes les victimes qui sont reconnues», a martelé François Hollande, ajoutant que «le sens de la journée nationale du 19 mars, c'est d'honorer toutes les souffrances».

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