Lutte contre le djihadisme : le Sénat dévoile 110 propositions

Les forces spéciales de la police française escrotent un suspect Source: Reuters
Les forces spéciales de la police française escrotent un suspect

Une commission d’enquête du Sénat a rendu public ce mercredi 8 avril un rapport détaillant 110 mesures visant à fournir des pistes d’amélioration afin de tarir le flux de combattants français se rendant en Syrie.

C’est un rapport de 440 pages intitulé «Filières djihadistes : pour une réponse globale et sans faiblesse» que les sénateurs ont dévoilé ce mercredi.

Les propositions de la commission

Depuis Octobre, les sénateurs de la commission d’enquête ont rencontré une cinquantaine d’experts, cinq ministres (le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, la garde des Sceaux Christiane Taubira et la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud Belkacem), et les services de renseignement (DGSE, DGSI, DRM ainsi que Tracfin). Certains se sont déplacés aux  et en Turquie pour rencontrer respectivement le numéro 1 de la CIA, John O.Brennan, et les autorités turques pour évoquer les problèmes de coopération entre leurs différents services.

Tout d’abord, les sénateurs soulignent une «conception assez simpliste» des actions actuelles de prévention de la radicalisation, Jean-Pierre Sueur, rapporteur socialiste de la commission d’enquête, évoquant aussi le «caractère relativement tardif» de ces actions.

La proposition numéro un des sénateurs est de mettre en place des actions obligatoires «de formation à la détection de la radicalisation, à destination des acteurs de terrain» que sont les personnels enseignants, conseillers d’éducation, assistants sociaux, éducateurs, personnels pénitentiaires...

Il est aussi proposé de «renforcer très sensiblement» les moyens de la plate-forme d’appel ouvertes aux familles souhaitant signaler un cas de radicalisation, en chargeant ce service d’élaborer «des programmes de contre-discours adaptés aux différents profils visés» avec  diffusion notamment via les réseaux sociaux.

Les sénateurs suggèrent aussi de «doubler les effectifs de Tracfin affectés à la lutte contre le financement du terrorisme», afin de tarir les sources de financement des filières djihadistes.

Un effort important doit être fait au niveau du système pénitentiaire : «Il est clair qu’elles sont un lieu de radicalisation, c’est là où la corrélation est la plus sûre», admet Jean-Pierre Sueur. Mais le service de renseignement pénitentiaire (EMS3) est indigent ; «A Fleury-Mérogis, la plus grande prison , il n’y a que deux agents : un seul spécialiste et un gardien». Les sénateurs préconisent la création rapide de 100 postes.

Ils recommandent également de «mettre en place un programme de suivi des condamnés pour terrorisme débutant six mois avant la sortie de prison et s’étendant durant au moins deux ans après la fin de l’incarcération». Le regroupement des individus prosélytes, mesure sur laquelle Christine Taubira s’est déjà exprimée en faveur, doit être limité à «10-15 personnes, «pour permettre une prise en charge individualisée et adéquate».

«On a évité les sujets qui fâchent»

Certains regrettent l'absence de mesures fortes comme par exemple le contrôle des financements de lieux de culte, ou la mise en place de statistiques ethniques et religieuses, comme le regrette Nathalie Goulet dans Paris Match. Elle juge même le rapport final «trop lisse», déçue que des amendements plus dérangeants, plus provocateurs soient rejetés.

«On a évité les sujets qui fâchent, notamment concernant l'organisation de  de France. Pour travailler contre les discours radicaux, il faut bien que nous ayons des interlocuteurs au niveau de la communauté et de l'islam de France. Or les islams en France ne sont pas forcément représentatifs et j'aurais aimé qu'on parle de ça», a-t-elle déclaré sur RMC ce matin.

Il ne s’agit que d’un rapport produit par les sénateurs, au gouvernement maintenant d’adopter ces mesures si il le souhaite, mais surtout si il le peut, le budget de l’Etat français n’étant pas infini, de l'aveu même de la présidente de la commission.

La commission d’enquête a recensé 1 432 Français partis faire le djihad en  et en Irak, soit une augmentation de 84% depuis le 1er janvier 2014. Selon le rapport, «la France a le triste privilège d’alimenter le contingent européen le plus nombreux».

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