Selon une magistrate de l'affaire Kerviel, la Société générale était au courant de tout

Jérôme Kerviel (à droite) et son avocat David Koubbi ont toujours affirmé que la Société Générale était au courant des pertes de Kerviel. Source: Reuters
Jérôme Kerviel (à droite) et son avocat David Koubbi ont toujours affirmé que la Société Générale était au courant des pertes de Kerviel.

Enregistrée à son insu par une ancienne policière, une magistrate longtemps en charge de l'affaire Kerviel livre ses doutes et estime que la Société générale était évidement au courant des pertes colossales de son trader.

C’est un enregistrement qui sort dans la presse à point nommé. Alors que l’ancien trader de la Société Générale sera devant le tribunal pour demander la révision de son procès, Médiapart et 20 Minutes révèlent, ce matin, les doutes d’une magistrate chargée de l’enquête.

Enregistrée clandestinement par Nathalie Le Roy, une ancienne policière de la brigade financière en charge de l’affaire Kerviel, Chantal de Leiris, ancienne vice-procureur dans l’affaire Kerviel livre ainsi ses «doutes» sur l’enquête. La magistrate estime ainsi que tout a été fait pour faire porter le chapeau au seul trader, et ne pas mouiller la Société Générale. «Vous avez été entièrement manipulée par la Société Générale», reconnait ainsi l’ancienne représentante du Parquet devant l’ex-policière. «Dans cette affaire, il y a des choses qui ne sont pas normales.»

Pour ses prises de risques colossaux à la Société générale, Jérôme Kerviel avait été condamné en première instance, puis en appel, à cinq ans de prison dont trois ferme pour abus de confiance, une peine confirmée par la Cour de cassation en avril 2014. Ce jugement accréditait la thèse de l’employé ayant agi seul sans en avertir sa banque. Mais l'ancien trader a toujours refusé de porter le chapeau seul, accusant son employeur d'avoir connu ses agissements et de les avoir couverts. Il avait obtenu une première victoire quand la Cour de cassation avait rejeté la somme de 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts réclamée par la banque.

Il avait aussi porté plainte, en pointant une enquête menée pour protéger la Société générale. Cette thèse est désormais renforcée par les propos d'une ancienne vice-procureure du parquet de Paris qui a suivi l'enquête. «Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance rigolent, sachant très bien que la Société générale savait. (...) La Société générale savait, savait, c'est évident, évident», déclare ainsi, selon les deux médias, Chantal de Leiris.

Cette dernière confie aussi à Nathalie Le Roy avoir dû classer sans suite deux plaintes déposées par Jérôme Kerviel. La policière Le Roy s'était pourtant prononcé pour l'ouverture d'une enquête devant un juge. Sur ce point, la magistrate estime avoir «toujours obéi», même si sa hiérarchie savait qu’elle «n’était pas favorable à tout ça». Elle met ainsi en cause Michel Maes, l’ancien chef de la section financière du parquet de Paris. «Sans arrêt, il me disait : «tu vas pas mettre en défaut, en porte-à-faux, la Société générale. Ca a été jugé, t'as pas à y revenir». C'est eux qui ont voulu à tout prix sabrer (les plaintes).

Au bout du compte, une instruction a tout de même été ouverte, après une nouvelle plainte avec constitution de partie civile de Jérôme Kerviel. Dans un communiqué, la banque a dénoncé de «pseudo-révélations» et «une nouvelle manipulation médiatique», rappelant que la justice a eu «à trois reprises à apprécier la culpabilité de Jérôme Kerviel». Quant à l'avocat de l'ancien trader, Me David Koubbi, il considère dans 20 Minutes que le «parquet s'est gravement compromis» et demande «à François Hollande et (la garde des Sceaux) Christiane Taubira de mettre un terme sans délai aux dysfonctionnements qui affectent ce dossier et gangrènent l'institution».

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