Quand Christiane Taubira flirtait dangereusement avec le conflit d’intérêt

La ministre de la justice n'en est plus à une polémique près... Source: Reuters
La ministre de la justice n'en est plus à une polémique près...

France 3 s’est procurée des documents assez accablants pour la garde des Sceaux. Elle faisait partie du comité de parrainage de l’association qui a porté plainte contre Patrick Buisson.

L’affaire des sondages de l’Elysée a fait les choux gras de la presse. Il faut dire que l’on parle d’un ex-conseiller de l’ex-président qui aurait, pour le compte de ce dernier, réalisé pour près d’un million et demi d’euros de sondages sans appel d’offres. Mais cette fois, point de Nicolas Sarkozy au coeur de la tempête. Reste Patrick Buisson et une nouvelle venue dans la tourmente. Ni plus ni moins que la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

Dossier à toucher avec précaution

En 2010, l’association Anticor porte plainte contre Partick Buisson. Elle s’est faite une spécialité de traquer les agissements «bordeline» des politiques. Pour elle, Patrick Buisson a clairement franchi la limite. Il aurait commandé 1,4 millions d’euros de sondages pour le compte de l’Elysée, le tout sans appel d’offres. Mais l'incriminé a des billes. Buisson et son avocat, Gilles-William Goldnadel, contre-attaquent fin 2012. Ils portent plainte pour «prise illégale d’intérêt» contre Christiane Taubira. Il se trouve que la garde des sceaux faisait partie des soutiens de l’association… Pour l’accusation, elle était tout simplement juge et partie dans cette affaire. Après des mois d’une longue bataille juridique, la plainte a été validée par la Cour d’appel en janvier 2014. Un juge d’instruction a même été mis sur l’affaire. Pourtant, le dossier semble au point mort.

Des échanges de mails

L’affaire pourrait bien prendre une nouvelle tournure. De nouvelles pièces ont été versées au dossier et France 3 a pu se les procurer. Que nous apprennent-elles ? Que des échanges de courriels ont eu lieu entre membres de l’association Anticor et que la position de Christiane Taubira en tant que soutien semblait pour le moins génante. «Au-delà de l'affaire Taubira, je continue de penser que permettre à des personnalités politiques membres du gouvernement de faire partie de notre comité de parrainage, c'est se tirer inutilement une balle dans le pied. Je suis convaincue qu'il ne faut pas réagir maintenant face à cette question, sous peine de donner l'impression que nos accusateurs fallacieux ont raison, mais je persiste à croire qu'il faudra éclaircir ce point dans le moyen terme» écrivait Suzanne Devallet du bureau central d’Anticor.

Philippe Petit, le trésorier, y est allé de son mot : «Je n’ai rien contre avoir des élus au sein d’Anticor, mais quand ils rejoignent un gouvernement, leur présence au sein du comité de parrainage devrait être mise automatiquement entre parenthèses.»

D’ailleurs, après la plainte de Patrick Buisson, la panique semblait gagner les rangs. A l’image de ce mail de Suzanne Devallet : «Il me paraît plus qu'urgent que Taubira sorte du comité de parrainage.»

Le cabinet de Taubira intervient

Une fois la crise déclarée, l’association et l’entourage de la ministre se sont mis en relation. Le délégué national de l’association, Jean-Luc Trotignon s’inquiétait de l’intérêt des médias pour l’affaire : «Suite à la mise en cause des liens de Christiane Taubira avec Anticor ce matin dans plusieurs médias par Patrick Buisson, Jérôme Karsenti (NDLR : l'avocat de l’association) trouvait impératif que nous communiquions à ce sujet en liaison avec Christiane Taubira. Mais le cabinet de celle-ci nous a devancés en nous joignant ce matin via Séverine… Ils souhaitaient faire un communiqué de presse (que nous reprendrons) et avaient besoin des informations suivantes au préalable que je viens de leur donner.»

Des relations diffuses

Christiane Taubira a fait son entrée sein du comité de parrainage en 2006. Il apparaît qu’elle n’a jamais mis les pieds au moindre conseil d’administration. Pourtant, sa présence à plusieurs événements de l’association est attestée. Notamment à plusieurs «remises de prix et casseroles». Ces dernières étant destinées au élus les plus «corrompus».

A l’époque de la mise en cause de Patrick Buisson, elle réagit par un communiqué. Publié sur son blog personnel, il provoque une vague de réactions chez les pontes d’Anticor. Une flopée de mails intitulés «super réaction de Taubira» circule.

En ce temps, Jean-Luc Trotignon se gargarise du soutien de la première magistrate de France : «Elle affirme sa fierté de faire partie de notre comité de parrainage et répond avec virulence à Patrick Buisson. Nous ne pouvons pas l'en retirer, ce serait la désavouer.»

Une situation que Catherine Le Guernec, ex-présidente d’Anticor, décédée depuis, sentait comme contraignante :  «Sa réponse est très bien mais quelque part elle nous coince. Nous ne pouvons plus à ce stade la mettre de côté du comité.»

Stratégie de défense

C’est à partir du moment où la situation chauffe que la collision semble la plus forte. Jean-Pierre Guis, ex conseiller socialiste de la ville de Paris et ex président d’Anticor depuis destitué, fait part de son inquiétude concernant «un article violent contre Taubira et nous.» Jérôme Karsenti, avocat de l’association répond alors : «Je ne sais pas si c’est très judicieux, mais j’ai bien envie de lui faire une réponse cinglante». Jean-Pierre Guis rétorque : «Ce n’est pas moi qui vais te dire non ! A condition que cette guerre des articles ne gêne pas Taubira, ni nous, dans notre défense, bien sûr. Mais ça, c’est toi qui peux l’évaluer.»

A ce moment, la présidente de l’époque, Catherine Le Guernec propose l’initiative : «Ne faudrait-il pas prendre contact officiellement, Jérôme, auprès du cabinet de Taubira et lui demander ce qu’elle compte faire ? Il est peut-être temps d’avoir un RV physique ou tel avec elle ou l’un de ses conseillers sur ce dossier ?» Jean-Luc Trotignon répond : «Je pense qu'au contraire, il ne faut avoir aucun contact actuellement et pour un long moment avec CT. La moindre fuite d'un tel contact servirait tous ceux qui prétendent que nous agissons de connivence.»

Le ministère se défend

Du côté de la Place Vendôme, on se défend comme on peut. Christiane Taubira n’aurait jamais été active au sein du conseil d’administration de l’association. Il n’empêche que les statuts de l’association des pourfendeurs de la corruptions ont été changés. Plus question d’un quelconque comité de parrainage aujourd’hui.

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