Jacques Sapir : les Français n’accepteront pas le diktat de Bruxelles (VIDEO)

L'UE entend maintenir une pression forte sur la France en vue de la réduction de son déficit public à 3% du PIB d'ici 2017. Une tâche «réalisable» pour le gouvernement mais difficile à justifier devant les Français selon l'économiste Jacques Sapir.

La Commission Européenne assigne de nouveaux objectifs à la  : un déficit public de 3,4% du PIB en 2016 (contre 3,6%) et de 2,8% en 2017. Selon Bruxelles, la France est censée ramener ses déficits publics à 3% du PIB dans un délai de deux ans. Dans une interview accordée à RT, l’économiste Jacques Sapir a jugé les critères de la Commission Européenne injustes et a assuré que les Français n’accepteront pas de nouvelles mesures d’austérité.

RT : Le ministre des Finances Michel Sapin a déclaré que «la France est capable de respecter la trajectoire exigeante fixée par Bruxelles». Etes-vous d'accord avec lui?

Jacques Sapir : Oui, un pays est toujours capable respecter ce genre de trajectoire. Cela dépend tout simplement de savoir quel est le niveau d’austérité qu’il consent à s’infliger. Si on veut ramener les dépenses sociales au niveau de ce qu’elles sont en , on arrivera bien entendu à respecter ce type d’indicateur. Le problème, c’est, compte tenu de la situation actuelle en France et de l’état général tant politique que social de la situation, est-ce que cela est crédible politiquement ? Et c’est bien sûr sur la crédibilité politique que j’ai les plus grandes réserves. 

RT : Les Français sont-ils prêts à se serrer les ceintures?

J.S. : En fait c’est la vraie question qu’il faut se poser parce qu’on voit bien ce que cela impliquerait. Très simplement : nous sommes aujourd’hui sur une pente entre 4,1% et 4,2% du PIB de déficit. Si on veut ramener le déficit à 2,8 %, с’est-à-dire grosso modo le diminuer de 1,4 %, cela veut dire qu’il faut que l’on trouve 28 milliards d’euros d’économie en plus. On peut décider que l’on va réduire les dépenses militaires. Or ce n’est pas vraiment la meilleure situation pour le faire au moment où l’armée française est engagée contre l'Etat islamique en Syrie et au Levant et dans toute une série d’autres opérations. Alors, on peut aussi décider qu’on va diminuer les investissements qui sont faits par l’Etat, sauf qu’on sait très bien qu’à ce moment-là, cela va provoquer une récession encore plus forte que celle que nous connaissons aujourd’hui. Donc, le seul point sur lequel on puisse réellement trouver ces 28 milliards d’économie, ce sera justement sur les dépenses sociales, les retraites,  la santé, etc. Est-ce que les Français sont prêts aujourd’hui à accepter une nouvelle diminution, alors qu’on est dans une logique de réduction de ces dépenses continue depuis 2011 et 2012? C’est de cela dont je ne suis absolument pas sûr.

RT : Les critères de la Commission Européenne sont-ils justes?

J.S. : Les critères qui sont fixés par la Commission européenne ne sont pas justes parce que, d’une certaine manière, on sait bien que, par exemple, en intervenant en Afrique mais aussi au Moyen-Orient, la France défend l’Europe. Il serait donc juste que l’Europe ne compte pas ces dépenses dans le déficit français ou qu’elle donne de l’argent à la France pour faire cette tâche. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus la question. Nous sommes purement dans une logique comptable. On voit très bien que la Commission européenne ne regarde que la dimension comptable d’un budget. Elle ne regarde absolument plus ni sa dimension stratégique ni sa dimension économique. La véritable question, là encore, est de savoir si le gouvernement français est prêt à accepter le diktat de Bruxelles ou pas. Alors, je pense que le gouvernement français va l’accepter, je ne pense pas que les Français en tant que le peuple l’accepteront.

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