Thierry Mariani : Morano est une amie, mais ses propos sont maladroits dans un pays comme la France

Thierry Mariani : Morano est une amie, mais ses propos sont maladroits dans un pays comme la France
Le député français Thierry Mariani

Le député français qui est arrivé en Russie pour tenter d'améliorer les relations entre Paris et Moscou a accordé une interview exclusive à RT France qui a porté sur les déclarations de Nadine Morano, la Syrie et la plainte de l’Ukraine contre lui.

RT France : Nous voudrions commencer par l’affaire Nadine Morano qui a cité le Général de Gaulle et qualifié la France de «pays judéo-chrétien de race blanche». Nicolas Sarkozy a saisi la commission d’investiture afin d'évincer Morano de la tête de la liste. Quelle est la prochaine étape ?

Thierry Mariani : Il y aura une nouvelle réunion de la commission d’investiture et le cas de Nadine Morano sera examiné pendant cette commission qui doit avoir lieu mardi ou mercredi prochain. Mais c’est vrai que dans la région où elle se présente, c’est-à-dire dans l’est de la France, les centristes ont dit, notamment et très clairement, qu’ils ne se maintiendraient  sur la liste que si madame Morano était sanctionnée.

RT France : Et selon vous, est-ce une décision correcte ? Est-il est vraiment légitime d’éliminer une tête de la liste aux élections seulement à cause de quelques déclarations ?

Thierry Mariani : Vous savez, la France est un pays où dire trois mots est par moment plus grave que des actions extrêmement importantes. La France est un pays qui adore les symboles et adore les déclarations. Sincèrement, si vous me demandez mon opinion, Nadine Morano est une amie. Mais je pense que ses propos étaient maladroits, parce que la France est un pays qui a des départements d’outre-mer, qui a une histoire. Et en France, ce qui compte avant tout, comme le disait un philosophe du XIXème siècle, c’est le partage d’un projet commun, le partage de valeurs communes, la volonté de vivre ensemble. Et l’appréciation disant : «La France est un pays de race blanche». Historiquement, aujourd’hui, si l’on tient compte des départements d’outre-mer – la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion – si l’on prend en considération une partie de nos concitoyens qui partagent les mêmes valeurs, c’est vrai que cette expression pouvait se justifier à l’époque, mais ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

RT France : La Russie a annoncé des bombardements contre Daesh en territoire syrien, à la demande du gouvernement de la Syrie. Pensez-vous que cette nouvelle étape dans la lutte contre Daesh va vraiment dans le bon sens ?

Thierry Mariani : Oui, cela va vraiment dans le bon sens. Le président Poutine a appelé à une coalition internationale pour lutter contre le terrorisme. Et je pense que, quand on regarde le bilan depuis un an, la coalition qui s’est réunie derrière les Américains n’a obtenu aucun résultat. Il y a une expression qui dit qu’on ne peut pas couvrir deux lièvres à la fois. Je pense que la priorité, c’est d’abord de lutter contre le terrorisme. Et après, on verra comment aménager une transition en Syrie. Mais créer le chaos en Syrie et vouloir lutter contre le terrorisme, ça a abouti à quoi ? Ça a abouti à ce qu’on a connu en Irak, ça a abouti à ce qu’on a connu en Libye. Le fait que la Russie entre en scène, je pense que c’est une très bonne chose.

RT France : Toutefois, le jour-même, on a appris qu’en France une enquête avait été ouverte contre le gouvernement syrien pour établir s’il y avait eu des cas des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis pendant cette guerre civile. Que pensez-vous de cette enquête ?

Thierry Mariani : Ce sont deux choses différentes. En France, la justice est indépendante. Un juge a le droit de décider seul d’ouvrir une enquête. C’est ce qui s’est passé. Et en France, les enquêtes sont très longues. Surtout quand il s’agit d’enquêtes internationales. Mais il y a les médias, il y a l’urgence. L’urgence c’est de lutter contre le terrorisme. L’urgence c’est de faire en sorte que la Syrie retrouve la paix le plus rapidement possible. Aujourd’hui, je suis désolé, mais le président syrien est pour le moment un interlocuteur indispensable et incontournable. Après, quand la lutte contre le terrorisme aura réussi, est-ce qu’il faudra faire une transition, je vais dire, pacifique ? Est-ce qu’il faudra avoir un autre gouvernement ? C’est fort probable. Aujourd’hui, ne mélangeons pas les choses. Comme le dit le proverbe : «Quand on veut courir deux lièvres à la fois, on n’en attrape aucun.»

RT France : Est-ce qu'il y a besoin d'une coordination entre la France et la Russie concernant les frappes en Syrie ?

Thierry Mariani : La coalition internationale, dont la France fait partie, a opéré 7 000 frappes depuis un an et la France en a effectué 250. Et ces 250 se sont faites en totale coordination avec les autres pays. J’espère que cette coordination se fera désormais aussi avec la Russie, puisque nous avons aujourd’hui le même ennemi : le terrorisme. Le fait que la France porte des frappes en Syrie est une bonne chose. Mais seulement dans le cas où ces bombardements sont portés contre Daesh. Avant la période de transition, il est préférable d’avoir Assad à la tête du pays que des terroristes.

RT France : L’Ukraine a entamé une enquête pénale contre vous et les autres députés français qui se sont rendus cet été en Crimée. On vous accuse de violation de la frontière ukrainienne et de négocier avec «les occupants». Il y a quelques jours au sein du Conseil de l’Europe, des députés ukrainiens ont même délivré à leurs homologues français «une notification de soupçon» de violation de la loi ukrainienne. Votre réaction ?

Thierry Mariani : Je suis extrêmement choqué. Extrêmement choqué parce que c’est une violation de toutes les traditions parlementaires. Que s’est-il passé hier ? Il s’est passé que certains députés ukrainiens accompagnés d’équipes de télévision ont littéralement pourchassé un député français pour l’exposer devant les caméras. J’ai eu l’impression qu’on était presque revenu aux temps révolutionnaires, en 1789, où l’on montrait quelqu’un du doigt pour l’accuser. Et tout ça, au sein d’une instance parlementaire, ce qui est contraire à toutes les traditions démocratiques.

La délégation française a écrit à Anne Brasseur, la présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe pour s’élever contre cette violation de toutes les traditions par les Ukrainiens et nous attendons sa réponse. Mais je pense que c’est extrêmement grave. Que les Ukrainiens soient choqués par le voyage que j’ai organisé, c’est leur droit. Mais les députés qui étaient avec moi savaient très bien ce qu’on faisait. Pour nous, je le répète, il y a eu un référendum en Crimée ; le peuple de Crimée s’est exprimé ; la Crimée a décidé de se rattacher où de revenir à la Russie. Et après, on a le droit d’avoir son opinion. Que les Ukrainiens veulent entamer une action en justice contre nous, c’est leur droit ; mais jamais dans une enceinte parlementaire internationale où l’on a l’impression qu’on est traqué comme des voyous pour être jetés en pâture aux médias. Ça en dit très long sur le fonctionnement du régime ukrainien actuel. Je ne leur conseille pas de faire la même chose avec moi.

 

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