H&M et Nike dans la tourmente en Chine après des déclarations sur le «travail forcé» au Xinjiang

H&M et Nike dans la tourmente en Chine après des déclarations sur le «travail forcé» au Xinjiang© FLORENCE LO Source: Reuters
Un agent de sécurité se tient à l'extérieur d'un magasin H&M dans un centre commercial à Pékin, Chine, le 25 mars 2021.

Le coton de la région autonome ouïghoure et les marques occidentales qui ont décidé de le boycotter sur la foi d’allégations de travail forcé sont au cœur d’une vaste campagne médiatique en Chine. Les Bourses s’inquiètent pour Nike, Adidas et H&M.

Le 24 mars, la Ligue de la jeunesse communiste de Chine a déclenché une campagne sur le réseau social chinois Weibo avec pour mot d’ordre : «Répandre des rumeurs pour boycotter le coton du Xinjiang, tout en voulant aussi gagner de l'argent en Chine? Vœu pieux !»

Pour illustrer son propos, la branche jeunesse du Parti communiste chinois a exhumé un communiqué de H&M datant d’octobre 2020, mais toujours présent sur le site de la marque, dans lequel le groupe se dit «profondément préoccupé» par des informations d’ONG faisant état de «travail forcé» dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). Le groupe ajoute : «Nous ne travaillons avec aucune usine de fabrication de vêtements située au [Xinjiang] et nous ne nous approvisionnons pas en produits de cette région.»

Depuis, des sites de commerce électronique chinois majeurs tels que Taobao et JD.com du groupe Alibaba ont retiré les produits liés l’enseigne de prêt-à-porter et le site d’information chinois Global Times rapporte que les sites d'applications pour téléphones mobiles de Xiaomi, Huawei et Vivo ont supprimé l'application H&M, tandis que les sites Baidu map et Dianping.com ont bloqué les résultats de recherche pour leurs magasins.

Plusieurs célébrités chinoises, dont l'acteur Huang Xuan et la chanteuse et actrice Song Qian, ont annoncé dès le 24 mars avoir mis fin à des contrats au niveau mondial avec la marque et indiqué qu'elles «s'opposaient fermement» à toute action visant à dénigrer la Chine et ses habitants. Nike est également visé pour des déclarations sur le «travail forcé» dans la région autonome du Xinjiang, et la chaine chinoise CGTN a annoncé que la star de hip-hop Wang Yibo avait également rompu son contrat avec la marque de vêtements et chaussures de sport américaine.

Les internautes chinois ont également pris pour cible la Better Cotton Initiative (BCI), une ONG qui certifie des exploitations de coton en faisant la promotion d’une production durable, et disposant depuis 2012 de bureaux à Shanghai. Ils lui reprochent d’avoir suspendu son approbation du coton provenant du Xinjiang pour la saison 2020-2021, en invoquant des préoccupations relatives aux droits de l'homme. Sur son site, cette ONG revendique 8 401 licences accordées en 2019 en Chine pour la production 896 000 tonnes de fibres de coton soit, environ 17% de la production chinoise totale.

Impact sur les cours Adidas, H&M et Nike

La campagne contre H&M et d’autres marques occidentales ayant annoncé qu’elles n’utilisaient pas le coton du Xinjiang a pris assez d’ampleur sur les réseaux sociaux pour que deux marques chinoises, Anta et Li Ning, annoncent immédiatement qu’elles se retiraient du programme de certification de BCI et qu’elles continueraient à s’approvisionner en coton de la région autonome ouïghoure.

Reuters rapporte que le cours de leurs actions a depuis bondi respectivement de 6% et 7% à la bourse de Shanghai. En revanche, les actions d'Adidas, qui avait déclaré plus tôt dans le mois que la Chine devrait être son marché à la croissance la plus rapide, ont baissé le 25 mars de 4,5% à Francfort, enregistrant la plus forte baisse de l'indice allemand de référence, le DAX. L'agence de presse rapporte également des chutes de 2,2% pour H&M et de 1,6% pour l’espagnol Inditex, maison-mère de l'enseigne de vêtements Zara, également concerné par la non-certification par BCI du coton du Xinjiang.

Vaste campagne médiatique

La campagne médiatique déclenchée par la Ligue de la jeunesse communiste de Chine s’est étendue à de nombreux médias d’Etat chinois comme le Global Times, dont le rédacteur en chef Hu Xijin a exprimé une offense ressentie selon lui par les consommateurs chinois qui «ne paieront pas pour le politiquement correct des multinationales qui s'adressent à l'Occident». La veille, le site avait publié un article sobrement intitulé «H&M boycotté pour ses remarques "suicidaires" sur les affaires du Xinjiang». Reuters rapporte également que dès le 24 mars, la chaîne internationale chinoise a publié un bref sujet intitulé : «H&M vous n’êtes plus du tout à la mode».

Le porte-parole du ministère du Commerce Gao Feng a réagi en déclarant le 25 mars en conférence de presse : «En ce qui concerne les décisions commerciales prises par certaines entreprises étrangères sur la base d'informations erronées, les consommateurs chinois ont réagi par des actions concrètes.» Il a aussi dit espérer que ces entreprises respecteraient la loi du marché, et rectifieraient leurs «actions erronées». Gao Feng a en outre invité les entreprises étrangères à venir visiter le Xinjiang et à y investir.

Depuis 2017, la Chine a été détrônée de sa place de premier producteur mondial de coton par l’Inde, mais elle continue de peser pour plus de 20% de la production mondiale, devant les Etats-Unis, troisième acteur majeur du marché.

En début de semaine, l'Union européenne, les Etats-Unis et plusieurs pays occidentaux ont annoncé des sanctions contre des dirigeants chinois, les justifiant par des atteintes aux droits de l'homme dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. 

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