Affaire GameStop : les restrictions prises par la plateforme Robinhood soulèvent un tollé

Affaire GameStop : les restrictions prises par la plateforme Robinhood soulèvent un tollé© Olivier DOULIERY Source: AFP
L'application de trading Robinhood sur un écran de téléphone portable, devant le logo de GameStop, en Virginie, le 28 janvier 2021.
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Après l'envolée d'actions organisée par des boursicoteurs, des plateformes d'e-trading comme Robinhood ont restreint temporairement l'achat de ces titres. Une décision aux allures de revanche contre les petits porteurs, qui suscite la polémique.

Dans la matinée du 28 janvier, plusieurs plateformes de courtage – dont Robinhood – ont restreint les transactions sur GameStop et d'autres entreprises ayant bénéficié de l'action de boursicoteurs coordonnés en ligne sur Reddit. Une décision perçue par nombre de commentateurs comme une «vengeance» contre les petits porteurs ayant déstabilisé Wall Street, et qui a suscité l'indignation de responsables politiques américains de gauche comme de droite.

Fort de ses quelque 4,5 millions de boursicoteurs au 29 janvier, le forum WallStreetBet du réseau social Reddit est à l'origine de l'incroyable hausse du titre des magasins de jeux vidéo GameStop que plusieurs grands fonds d'investissement espéraient voir s'effondrer, au grand dam de ces derniers. 

La réaction à cette situation inédite – qui a mis en grande difficulté le hedge fund Melvin Capital Management – a été immédiate : les sites de courtage en ligne Robinhood et Interactive Brokers ont interdit dans certains cas les investisseurs d'acquérir de nouvelles actions de GameStop, tandis qu'E-Trade a également limité l'accès à ces parts.

L'action GameStop, après avoir atteint un sommet à 469,42 dollars dans la matinée du 28 janvier, s'est alors effondrée jusqu'à 193,60 dollars à la fermeture. Même tendance pour AMC – qui a perdu 56% par rapport à la veille – ainsi que pour Blackberry (-41%) et Nokia (-30 %), qui ne pouvaient donc plus bénéficier du soutien des membres de WSB. 

Robinhood, un Robin des Bois à l'envers ? 

Créé avec l'idée de permettre aux «petits» de jouer (et de gagner) en Bourse comme les gros investisseurs, Robinhood («Robin des Bois») expliquait sur son blog le 28 janvier qu'«à la lumière de la volatilité récente, nous limitons les transactions pour certains titres à la clôture des positions uniquement». «Nous sommes déterminés à fournir aux investisseurs nouveaux et expérimentés les outils et les ressources nécessaires pour les aider à investir de manière responsable pour leur avenir financier à long terme», ajoutait cependant la plateforme qui, avec plus de 13 millions d’utilisateurs, envisageait d'entrer prochainement en Bourse, comme le rappelle le site spécialisé sur l'actualité du numérique Presse-citron.

Les restrictions mise en place étaient selon Robinhood une «décision liée à la gestion de risque» qui n'ont «pas été ordonnées par les teneurs de marchés vers lesquels nous acheminons les ordres».

Robinhood a finalement ré-autorisé les «achats limités» sur les titres concernés à partir du 29 janvier, comme l'explique également Presse-citron. Une décision qui fait suite à de nombreuses critiques allant jusqu'au dépôt d'un recours collectif à New York contre l'entreprise.

La sénatrice du Massachusetts et candidate malheureuse à la primaire démocrate Elizabeth Warren a cependant indiqué aux potentiels plaignants, comme le rappelle Le Monde, que Robinhood avait dans sa convention de courtage une clause d’arbitrage, empêchant d’aller devant les tribunaux : «S’il s’avère que [vous] avez vraiment été trompés, cela ne sera jamais rendu public, vous ne pourrez pas faire grand-chose à ce sujet», a-t-elle affirmé. 

Certains utilisateurs de Robinhood ont même rapporté que le courtier avait automatiquement vendu leurs actions GameStock, en justifiant cette action par «la grande volatilité du marché» et le «risque irraisonnable» que comporterait le courtage de cette action. 

Interactive Brokers avait quant à lui choisi une approche différente : même s'il visait les mêmes titres que Robinhood, il ne s'agissait pas d'interdire leur transaction mais de faire comprendre aux utilisateurs que la Bourse n'est pas un jeu, et qu'il faut prendre en compte les fonds nécessaires pour se couvrir en cas de pertes.

La réaction de WSB ne s'est pas fait attendre : un compte Twitter se présentant comme le «président du mouvement WallStreetBets» a affirmé que les actions engagées par les courtiers en ligne étaient «criminelles». «Comment cela peut-il être autorisé ?» s'est-il demandé.

WallStreetBet, un «Occupy Wall Street» numérique ?

Fondé en 2012 par Jaime Rogozinski, le forum WallStreetBets («les paris de Wall Street») a profité d'un coup d'accélérateur ces dernières années avec la démocratisation des courtiers en ligne, comme Robinhood, justement qui ont éliminé les commissions sur les opérations d'achat ou de vente de produits financiers, rappelle l'AFP. 

La pandémie a également renforcé l'appétit d'investisseurs en herbe, confinés chez eux et privés pour un temps des paris sportifs en ligne. Ces «dégénérés» – comme se font appeler les membres majoritairement masculins de WSB – ont développé une culture alternative, abreuvée de mèmes internet, de références à l'univers du jeu vidéo et souvent de langage outrancier, indique l'agence de presse française.

Jaime Rogozinski compare son forum avec le mouvement de dénonciation des excès du capitalisme, Occupy Wall Street, né il y a près d'une décennie : «Occupy Wall Street protestait contre le fait que les petites gens ne puissent pas participer au jeu boursier. Désormais, les petites gens ont trouvé un moyen de contourner le système de l'intérieur», affirme-t-il.

Le patron de Tesla et SpaceX et homme le plus riche du monde Elon Musk est souvent célébré sur WSB. Après avoir publié un lien vers le forum sur Twitter le 26 janvier, celui-ci s'est exprimé sur les investisseurs misant sur la baisse des actions, qu'il a l'habitude de vouer aux gémonies. «Vous ne pouvez pas vendre des maisons que vous ne possédez pas, vous ne pouvez pas vendre des voitures que vous ne possédez pas, mais vous *pouvez* vendre des actions que vous ne possédez pas !? Ce sont des foutaises – le shorting est une combine
légale uniquement pour des raisons antiques», s'est-il scandalisé, en faisant allusion à la méthodes utilisée par les fonds d'investissement contre laquelle ont lutté les membres de WSB dans l'affaire GameStop. 

Une indignation transpartisane

Après s'être félicitée de l'action menée par WBS, l'élue démocrate à la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez a qualifiée la réaction de Robinhood «d'inacceptable». «Nous devons maintenant en savoir plus sur la décision prise par Robinhood d’empêcher les investisseurs particuliers d’acheter des actions tandis que les hedge funds peuvent librement négocier les actions comme bon leur semble», a-t-elle martelé.

Une déclaration relayée par un opposant politique, le sénateur républicain du Texas Ted Cruz, avec laquelle il affirme être «complètement d'accord».

Donald Trump Junior, fils de l'ex-président des Etats-Unis, a lui aussi critiqué les restrictions misent en œuvre par Robinhood. «Il a fallu moins d'une journée pour que les Big Tech, le gouvernement et les médias [...] protègent leurs copains des fonds spéculatifs à Wall Street. Voilà à quoi ressemble un système truqué, les amis !», s'est-il indigné via son compte Twitter.

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