Multiplication des pénuries de médicaments : l'UFC-Que Choisir dénonce l’«incurie» de l’Etat

Multiplication des pénuries de médicaments : l'UFC-Que Choisir dénonce l’«incurie» de l’Etat© ALAIN JOCARD
Siège de l’Agence française du médicament photographiée en 2017 (illustration).

Les ruptures d’approvisionnement en médicaments «d’intérêt thérapeutique majeur» se sont multipliées au cours des dernières années. L’association de défense de consommateurs l'UFC-Que Choisir appelle l’Etat à assumer ses responsabilités.

Dans une étude publiée le 9 novembre, l’UFC (Union française des consommateurs)-Que Choisir alarme les pouvoirs publics sur les pénuries de médicaments. Ces situations rares au cours des années 2000 seraient passées de 405 en 2016 à 1 200 cas en 2019.

Pire, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) prévoit qu’en 2020, notamment en conséquence de la crise sanitaire, 2 400 ruptures d’approvisionnement seront constatées, soit six fois plus qu’en 2016 et près du double en un an.

Situation d'autant plus inquiétante que la majorité de ces médicaments déclarés en pénurie par les laboratoires sont des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), pour lesquels une interruption de traitement peut mettre en jeu le pronostic vital des patients.

Dans 30 % des situations, selon l’étude de l’UFC, les industriels renvoient vers un autre médicament. Mais les substitutions peuvent entraîner des effets secondaires plus importants, ou nécessiter un temps d’adaptation à la nouvelle posologie, particulièrement pour les patients âgés.

Un constat contesté en partie par le LEEM (la fédération des professionnels du médicament opérant en France) qui avance que «sur 1 504 signalements recensés en 2019, environ un tiers ont conduit à des mesures de gestion des situations de tension entre l’ASNM et les entreprises conduisant finalement à un nombre limité de véritables ruptures de stock.»

Dans un cas sur cinq, pas de médicaments de remplacement

L’étude avance aussi que 12% des producteurs orientent les professionnels de santé vers des solutions de derniers recours, comme la diminution de la posologie. Enfin, dans près d’un cas sur cinq (18 %), les laboratoires ne proposent tout simplement aucune solution de substitution, «laissant entrevoir pour les malades une terrible impasse, des annulations de traitements, et in fine, des conséquences médicales qui peuvent être lourdes».

Pour l’association de défense des consommateurs, c’est la course à la rentabilité qui est responsable de cette situation problématique d’un point de vue sanitaire. L’étude montre ainsi que les médicaments qui font l’objet de tensions d’approvisionnement ne sont pas les molécules récentes vendues à prix d’or, mais des produits pharmaceutiques déjà anciens (75 % sont commercialisés depuis plus de 20 ans) et vendus peu cher :  les trois quarts coûtent moins de 25 euros, et le dernier quart moins de 4 euros.

L'étude ajoute que «les industriels semblent donc bien faire le choix de sécuriser l’approvisionnement des médicaments rentables, au détriment des plus anciens, pourtant toujours indispensables aux usagers.» Elle souligne aussi la grande dépendance de la France à des fournisseurs délocalisés hors de l’union européenne (UE).

Quatre recommandations au gouvernement

20% seulement du volume des principes actifs est désormais produit dans l’UE contre 80 % il y a trente ans. Mais l’UFC dénonce surtout «l’incurie des pouvoirs publics» et leur manque de détermination pour imposer le respect de la loi qui impose l’élaboration de plans de gestion des pénuries obligatoires pour les MITM.

Selon l’étude, deux laboratoires seulement auraient été sanctionnés pour des infractions en 2019, pour des montants que l’UFC juge «ridicules» (830 et 5 807 euros).

Face à cette situation en nette détérioration l’UFC ne se contente pas de reprocher à l’Etat son laisser-faire. Elle formule des propositions comme l’obligation pour les laboratoires de constituer des stocks pour l’ensemble des MITM ; le renforcement, «dans la loi et dans les faits», des sanctions envers les laboratoires négligents dans leur gestion de l’approvisionnement du marché français ; la limitation des financements publics de relocalisation à des sites de production de MITM, et «prioritairement les plus anciens et concernés par des pénuries récurrentes», et enfin le développement d’une production publique de médicaments, à même d’assurer la fabrication continue de ceux délaissés par les laboratoires.

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