Chez Daimler France, c'est 39 heures payées 37, mais où va-t-on s'arrêter ?

© Vincent Kessler Source: Reuters

Ce «chantage» imposé par Daimler, temps de travail contre emploi assuré, est en réalité une fuite en avant, explique Henri Sterdyniak. Le risque ? Que ce genre d'accords d'entreprise fleurissent en France, sur le modèle allemand.

Chez Smart France, à Hambach en Moselle, c'est jour de vote. Chacun des 800 salariés est en effet invité à venir déposer son bulletin dans l'urne afin de se prononcer sur ce «deal» mis sur la table par la direction allemande de l'usine, le groupe automobile Daimler: acceptez-vous un retour aux 39 heures -payées 37- en échange d'un emploi assuré jusqu'en 2020 ?

Si les salariés votent pour le moment dans le calme, les esprits ont pourtant eu le temps de s'échauffer dans l'usine; le syndicat des cadres, le CFE-CGC s'est dit favorable à cet accord d'entreprise, mais du côté de la CGT, les voyants sont plutôt au rouge. Selon Philippe Simart le délégué, «les gens sont contre parce qu'il y a trop de perte de salaire». Derrière cet accord, on retrouve l'épineuse question du coût du travail que Smart France aimerait bien voir baisser pour «se préparer à des périodes moins fastes» explique-t-elle.

Un vote consultatif qui intervient, hasard du calendrier, alors que le gouvernement vient d'annoncer une grande réforme du code du travail. Si officiellement la nouvelle loi ne concernera pas la durée légale du temps de travail en France, à savoir 35 heures, elle devrait pourtant permettre aux entreprises de passer des accords particuliers avec leurs salariés, et donc de passer outre !

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Henri Sterdyniak, directeur du département économie de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et membre des Economistes atterrés, s'inquiète des conséquences que pourrait avoir cette loi en prépartion. «La loi va permettre de aux entreprises de faire du chantage aux salariés et de leur proposer de baisser leurs droits et leurs salaires grâce à des accords» explique-t-il à RT «et même les entreprises prospères comme Daimler peuvent jouer de cette carte pour faire accepter à leurs employés des baisses de salaire. Le rapport est ici inégalitaire car les patrons ont le choix de produire en France, en Italie ou en Slovaquie et peuvent clairement faire pression sur leurs salariés».

Quant à la baisse du coût du travail comme vecteur de croissance pour l'économie française, l'argument fait doucement sourire Henri Sterdyniac. «Il faut rappeler que les heures supplémentaires au-delà de 35 heures avaient pour but d'inciter les entreprises à embaucher plutôt que d'y avoir recours, donc là, quelque part avec de tels accords, c'est certain qu'on ne favorise pas les embauches et la baisse du chômage» constate l'économiste, qui poursuit: «Et si l'entreprise devient plus compétitive, il est fort à parier que ses concurrents font faire de même, ce qui risque d'enfoncer les pays de la zone euro dans une course à la baisse des salaires. Et c'est dans cette voie que l'Allemagne est entrée depuis plusieurs années déjà».

«Pire» annonce enfin Henri Sterdyniak, ce type d'accord «au niveau macro-économique va venir peser lourd sur la consommation des ménages. Car les gens vont travailler 39 heures et les 4 heures supplémentaires au lieu d'être payées 25% de plus vont être rémunérées 50% de moins !».

L'économiste s'interroge enfin sur le contenu même de cette loi promise par le gouvernement Valls: « Est-ce que ces accords vont concerner aussi les contrats de travail ou les formalités de licenciement ?». Et ce dernier d'imaginer une entreprise qui, grâce à la réforme du code du travail, pourrait faire voter ses salariés sur «un accord permettant de rémunérer moins bien les femmes que les hommes», avant de lâcher: «Finalement pourquoi pas ? Car on ne sait pas vraiment jusqu'où ils veulent aller».

 

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