Faut-il craindre un nouveau choc dix ans après la crise financière ?

- Avec AFP

Faut-il craindre un nouveau choc dix ans après la crise financière ?© Benoit Tessier Source: Reuters
Paris
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Explosion de la dette, taux d'intérêt bas, créances douteuses... Les experts participant au rencontres économiques d'Arles s'inquiètent des excès de la finance et redoutent un nouveau choc, dix ans après une crise qui a bouleversé la planète.

«Il y aura une nouvelle crise, je ne sais pas quand, mais ce dont je suis sûr c'est qu'elle pourrait être un événement dramatique pour notre style de vie, pour la démocratie et les valeurs libérales», a mis en garde Paul Tucker, ancien vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE).

La question d'un possible nouveau choc mondial, lié aux nouvelles menaces pesant sur le secteur financier, revient régulièrement sur le devant de la scène, bien que la reprise économique mondiale soit en bonne voie. 

Le 5 juillet, le Fonds monétaire international (FMI) avait alerté sur les «risques négatifs» encourus par l'économie globale, évoquant «l'incertitude sur les politiques dans les économies avancées» mais aussi «les vulnérabilités du secteur financier et un soudain durcissement des conditions financières».

«Prise de risque excessive»

A l'été 2007, l'effondrement du secteur immobilier aux Etats-Unis, et plus particulièrement la branche des prêts immobiliers à risque – ces fameux «subprime» –avait provoqué la plus grave crise financière du siècle naissant. 

«Mais dix ans après, mis à part le fait qu'on ait plus de régulation aujourd'hui, la situation est pire d'un point de vue macroéconomique», a soutenu Alfonso Prat-Gay, ancien ministre argentin des Finances et du Budget.

«Les prix de l'immobilier aux Etats-Unis sont revenus à des pics», a-t-il poursuivi, tandis que «les niveaux d'endettement aussi bien dans le secteur public que privé atteignaient des sommets».

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En France, l'endettement des sociétés françaises non financières est ainsi passé en 10 ans de 50% à 70% du produit intérieur brut (PIB), a affirmé l'Autorité des marchés financiers. «Une exception en Europe» qui pourrait se traduire par des «problèmes de solvabilité» en cas de remontée des taux ou de «choc sur l'économie».

Parmi les autres ombres au tableau citées par les experts, «la décennie de taux d'intérêt quasiment nuls a conduit à une exposition au risque excessive de certains acteurs, par une survalorisation de certains marchés boursiers», a commenté pour sa part Catherine Lubochinsky, du Cercle des économistes, groupe de réflexion organisant l'événement. 

«Mais paradoxalement, on peut aussi s'inquiéter d'une remontée des taux d'intérêt et de son impact sur la stabilité économique et politique de certains pays», a-t-elle poursuivi.

Dans ce tableau pessimiste, les tentatives pour limiter les excès de la finance et se prémunir de prochaines crises ont toutefois permis quelques avancées, selon Bruno Angles, président de Credit Suisse pour la France et la Belgique.

Bruno Angles a précisé que les exigences en fonds propres des banques avaient été considérablement renforcées, à la demande des régulateurs, et que les mécanismes de résolution européens, comme par exemple le fonds de résolution unique (FRU), permettaient d'apporter des éléments de réponse à la problématique des établissements «trop gros pour faire faillite» dont la chute pourrait déstabiliser un pays tout entier, voire l'ensemble du système financier.

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Croissance et inflation

Dans ce contexte d'incertitudes, seules la croissance et une dose d'inflation sont capables sur le long terme de prévenir de futures crises, estime Yves Perrier, patron de la société de gestion d'actifs Amundi. «On ne résorbe pas un excès de dette tel qu'on l'a aujourd'hui par des seules mesures d’austérité», a-t-il poursuivi.

Si les prémices d'une nouvelle crise financière sont déjà apparentes pour certains, des spécialistes, comme Jean-Michel Charpin, du Cercle des économistes, ont dans le viseur d'autres sources d'instabilité.

«Si une crise doit éclater, elle viendra d'ailleurs», a affirmé l'économiste français. 

Selon lui, «les sources d'instabilité dans le monde sont multiples, aussi bien sur le plan géopolitique avec la tentation de fermeture de la part de certaines populations» qui pourraient donner naissance «à des tensions considérables», alors que l'Europe en particulier est traversée par une montée des populismes.

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