Le sabotage involontaire du marché par le Financial Times

- Avec AFP

Le siège de la Banque Centrale Européenne à Francfort (Allemagne).© Ralph Orlowski Source: Reuters
Le siège de la Banque Centrale Européenne à Francfort (Allemagne).

Sous tension avant une décision importante de la Banque centrale européenne, le marché a été perturbé jeudi par une annonce erronée du Financial Times affirmant pendant quelques minutes que l'institut de Francfort maintenait sa politique inchangée. 

Une dizaine de minutes avant l'heure prévue pour la publication de la décision, le Financial Times a publié un article affirmant que la BCE contredisait les attentes en maintenant en l'état sa politique monétaire. Au même moment, il a posté sur son compte Twitter une information concernant les marché pour le moins déstabilisante : «La BCE maintient ses taux inchangés, une décision choc». 

La plupart des analystes et des opérateurs du marché s'attendant à ce que la BCE assouplisse sa politique monétaire, ces informations ont poussé un certain nombre de cambistes à racheter des euros : la monnaie unique, qui avait baissé quelques minutes plus tôt à 1,0542 dollar, à proximité de son plus faible niveau depuis sept mois, est alors remontée au-delà de 1,06 dollar.

Les gains affichés jusque-là par les marchés action européens ont également été effacés en quelques minutes seulement et les taux des obligations souveraines des principaux pays de la zone euro ont été mis sous tension.

L'article et le tweet du Financial Times ont été rapidement effacés mais d'autres médias spécialisés comme le très suivi Bloomberg notamment, les avaient repris entretemps.

De nombreuses transactions, qui pourraient avoir porté sur des milliards de dollars, avaient donc déjà été accomplies avant que l'erreur ne soit avérée. Le marché des changes brassant près de 5 300 milliards de dollars par jour en moyenne, la moindre distorsion peut faire rapidement perdre, ou gagner, des fortunes à ses acteurs.

Publiée comme prévu à 12H45 GMT, la décision de la BCE a fait ensuite état de l'abaissement d'un de ses taux directeurs, afin de stimuler l'activité économique et de relancer la faible inflation en zone euro.

Après une rechute initiale de l'euro face au dollar à la suite de cette annonce, la monnaie unique est repartie nettement à la hausse, jusqu'à près de 1,09 dollar, des opérateurs ayant tablé sur des mesures d'assouplissement plus fortes.

Le Financial Times obligé de présenter des excuses

«Le marché a été un peu parasité par le couac du Financial Times annonçant, par erreur, le maintien des taux inchangés», a souligné Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque.

Véritable journal de prédilection des milieux d'affaires, le FT a publié peu après une note d'excuse sur son site internet pour expliquer sa publication erronée.

«Cet article était faux et n'aurait pas dû être publié. Il constituait l'un des deux articles préparés par avance - et couvrant différentes décisions possibles - avant l'annonce. En raison d'une erreur d'édition il a été publié alors qu'il n'aurait pas dû l'être.

Des transmissions automatiques ont impliqué que cette erreur initiale a été reproduite immédiatement sur Twitter», a expliqué le célèbre quotidien.

«Le FT regrette profondément cette erreur grave et va immédiatement revoir ses processus de publication et de gestion des tâches de façon à ce qu'une erreur de ce type ne se reproduise pas. Nous nous excusons auprès de tous nos lecteurs», a-t-il ajouté.

Le groupe Financial Times évalue à 750 000 la diffusion du quotidien du même nom, dont 550 000 souscriptions payantes à son édition en ligne, un format sur lequel il est souvent présenté comme plutôt bien placé. Il diffuse pour ses abonnés électroniques des informations en temps réel et est de surcroît très actif sur les réseaux sociaux. 

Crée il y a 127 ans et basé à Londres, le Financial Times est passé ce lundi sous le contrôle du groupe japonais d'informations financières Nikkei qui l'a acheté pour 844 millions de livres (1,2 milliard d'euros) à l'éditeur britannique Pearson.

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