Nestlé admet des conditions inhumaines de ses travailleurs en Thaïlande dans le secteur de la pêche

Des pêcheurs dans un élevage de poissons en Thaïlande© Samut Prakarn Source: Reuters
Des pêcheurs dans un élevage de poissons en Thaïlande

Une enquête réalisée par le géant de l'agroalimentaire lui-même a démontré que des travailleurs pauvres des pays frontaliers avec la Thaïlande subissaient des conditions de travail s'apparentant à de l'esclavage. Nestlé promet de régler le problème.

Après avoir mené une enquête durant plusieurs années, à la demande d'organes de presse et d'ONG, sur les conditions de travail des pêcheurs travaillant sur les bâteaux et dans les élevages de fruits de mer en Thaïlande, l'entreprise multinationale Nestlé a admis une généralisation de l'esclavage dans ce secteur. Des capitaines de bâteaux Thaïlandais sans scrupules exploiteraient ainsi sans vergogne des travailleurs venus des pays pauvres voisins tels que la Birmanie ou le Cambodge. 

Des conditions inhumaines

En échange d'une taxe faramineuse, ces derniers se voient promettre un emploi par des courtiers qui ensuite les font travailler dans des conditions inhumaines pour un salaire de misère. Ne parvenant pas à rembourser leur dette, les pêcheurs se retrouvent bloqués et beaucoup trouvent la mort par épuisement où lors d'accidents de travail très fréquents.

Un travailleur birman sous couvert d'anonymat a ainsi déclaré à l'ONG Vérité, engagée par Nestlé, que «les filets de pêche sont souvent si lourds que les pêcheurs sont entraînés dans l'eau» sans qu'aucun secours ne leur soit apporté. D'autres meurent d'épuisement en plein travail et «sont jetés à la mer».  

Un autre pêcheur a affirmé travailler depuis 10 ans sur le même bateau «sans faire le moindre bénéfice».

Pour son étude, Verité a interrogé plus de 100 personnes, dont environ 80 travailleurs birmans et cambodgiens, ainsi que des propriétaires de bateaux et d'élevage de fruits de mer, des superviseurs de chantier et des représentants des fournisseurs de Nestlé.

En Thaïlande, les membres de l'ONG ont visité les ports de pêche et les usines d'emballage de farine de poisson, les élevages de crevettes et les bateaux de pêche amarrés.

Tous ont admis l'existence de conditions de travail particulièrement rudes, des travailleurs qui noient leur peine dans l'alcool, se battent entre eux, se blessent ou se tuent au travail.

De plus, Vérité a découvert que les capitaines de bateaux ne vérifiaient presque jamais l'âge et l'identité de ses employés et que de nombreux mineurs travaillaient sur les bateaux illégalement, étant contraints de cacher leur situation. Les pêcheurs interrogés ont fini par révéler qu'ils travaillaient sans aucun repos, sans nourriture, sans eau et sans contact avec l'extérieur. 

Nestlé promet d'agir

A l'annonce de ce rapport alarmant, Nestlé a assuré que de sérieuses mesures allaient être mises en place immédiatement pour protéger les travailleurs. L'entreprise assure qu'elle postera désormais régulièrement des rapports en ligne  et promet notamment de soumettre au public un an de stratégie commerciale détaillée pour l'année 2016.

De nouvelles exigences en matière d'éthique devraient par ailleurs être imposées à tous les sous-traitants et fournisseurs potentiels. Les propriétaires des bateaux ainsi que les capitaines seront scrupuleusement controlés pour vérifier si les conditions de travail sont conformes aux droits de l'Homme. 

«Comme nous l'avons toujours dit, le travail dans des conditions de travail forcé et en violation des droits humains n'ont pas leur place dans notre chaîne d'approvisionnement», a assuré Magdi Batato, le vice-président exécutif de Nestlé en charge des opérations.

Une telle divulgation de la part d'une multinationale est rare. En effet, si d'autres géants de l'industrie du textile ou de l'électronique dans les pays asiatiques affirmant mener des enquêtes sur les allégations d'abus dans leurs chaînes d'approvisionnement, ils ne partagent presque jamais leurs rapport et résultats négatifs. 

Le secteur de la pêche et des fruits de mer thaï est une industrie florissante qui exporte 7 milliards de dollars (6,57 milliards d'euros) de produits par an.

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