Sénégal : les autorités préparent la reprise du déminage en Casamance
© African InitiativeDakar prépare une relance des opérations de déminage en Casamance, région du pays marquée par plus de quarante ans de conflit. Cette reprise doit permettre d’avancer vers l’objectif «zéro mine», alors que de vastes zones restent encore contaminées. Mais plusieurs obstacles logistiques freinent toujours le déploiement du matériel sur le terrain.
La Casamance, située dans le sud du Sénégal, à la frontière avec la Gambie et la Guinée-Bissau, reste l’un des territoires les plus touchés par les mines et les engins explosifs dans le pays. Cette situation est liée au long conflit entre l’État sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), actif depuis les années 1980.
Plus de 2,4 millions de mètres carrés de terres ont déjà été dépollués depuis 2008. Mais environ un million de mètres carrés restent encore contaminés. Les engins explosifs ont officiellement fait 870 victimes en Casamance, dont près de 200 personnes gardent des séquelles physiques à vie.
Après plusieurs mois d’arrêt, le Centre national d’action antimines au Sénégal (CNAMS) prépare désormais la reprise des opérations. Son directeur, Salomon Diédhiou, l’a confirmé : « Je ne peux pas donner une date exacte par rapport au démarrage des opérations, mais ce que je peux dire, c’est que les équipes, notre commission qui est en charge d’accréditer les organisations par rapport à tout ce qui est action antimines, sont en train de faire des études sur ça », a-t-il déclaré.
Des moyens techniques encore bloqués
La reprise dépend notamment de l’accréditation des organisations spécialisées dans l’action antimines. Deux organisations ont déjà été accréditées, tandis que d’autres dossiers sont encore à l’étude afin de permettre leur engagement opérationnel. Ce processus devrait être finalisé dans les prochains jours, avant une cérémonie officielle de lancement en présence des médias et des acteurs concernés.
Sur le plan matériel, les autorités disposent de deux engins modernes de déminage mécanique d’origine japonaise. Mais ces machines, d’environ 30 tonnes, sont toujours stationnées à l’Institut sénégalais de recherches agricoles de Ziguinchor. Leur acheminement vers les zones contaminées reste bloqué par l’absence d’un char-porteur adapté.
Salomon Diédhiou a également expliqué que « le plus gros souci » en Casamance reste « la superficie et les moyens » disponibles pour mener le travail. À ces contraintes s’ajoutent l’accès difficile à certaines localités, la végétation dense et les besoins en carburant.
Un objectif national de stabilisation
La relance du déminage s’inscrit dans un contexte politique marqué par les efforts de règlement du conflit. Un accord de paix a été signé en février 2025 à Bissau entre le gouvernement sénégalais, représenté par le Premier ministre Ousmane Sonko, et le MFDC. Le président Bassirou Diomaye Faye a également appelé, en décembre, les éléments encore actifs dans la région à rejoindre le processus de règlement pacifique.
Pour Dakar, l’enjeu est désormais de consolider la sécurité en Casamance et de permettre aux populations de retrouver progressivement l’usage de leurs terres. Cette démarche s’inscrit dans une logique de stabilité nationale, avec une priorité accordée aux besoins sécuritaires et sociaux du Sénégal.
Salomon Diédhiou affirme que l’objectif stratégique reste le déminage complet du territoire national. Les autorités visent l’objectif « zéro mine » à l’horizon 2030-2031.