Mali-Algérie : La destruction d’un drone malien met en péril le rapprochement diplomatique entre les deux pays

Un rapprochement diplomatique semblait se dessiner entre le Mali et l'Algérie, en particulier avec la nomination de Mohamed Amaga Dolo, nouveau ambassadeur du Mali en Algérie. Cependant cet élan a été compromis par un incident militaire, mettant en péril cette coopération naissante.
Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, le ministère algérien de la Défense nationale (MDN) a annoncé la destruction «d'un drone de reconnaissance armé» dans la région de Tinzaouatine, située près de la frontière avec le Mali. Cet incident, survenu dans un contexte de tensions déjà palpables, a ravivé les divergences entre les deux pays et mis en péril les progrès diplomatiques accomplis jusqu’alors.
Selon un communiqué officiel, l’appareil a été intercepté après avoir pénétré de deux kilomètres dans l’espace aérien algérien.
«Dans le cadre des efforts consentis pour préserver nos frontières nationales, une unité relevant de Défense aérienne du territoire en 6e Région militaire, a réussi, la soirée d'hier, le 1er avril 2025, vers minuit, la détection et la destruction d'un drone de reconnaissance armé, à proximité de la ville frontalière de Tin-Zaouatine en 6e Région militaire, après avoir pénétré l'espace aérien national sur une distance de deux (2) kilomètres», a rapporté l’agence officielle (APS) citant le ministère de la Défense nationale.
En réponse, l’état-major général des Armées maliennes a indiqué qu’un «aéronef sans pilote» des FAMa s’était écrasé près de Tinzaouatine, dans la région de Kidal. Selon la même source, l’appareil était en «mission ordinaire de surveillance du territoire». Le communiqué a précisé que l’engin a atterri dans une zone déserte, ne faisant ni victimes ni dégâts matériels. Il a également été annoncé qu’une enquête serait menée pour déterminer les causes de l’incident.
Moins de 24 heures après l'incident du drone, l'armée malienne a lancé une frappe aérienne dans la zone de Tinzaouatène, visant «un véhicule transportant des terroristes armés avec de la logistique», à deux kilomètres de la frontière, a rapporté RFI.
Cependant, des sources locales, dont des rebelles du FLA et des civils, ont affirmé que les victimes en question n’étaient que des orpailleurs travaillant à la mine d'Inatayara, faisant état de six morts, principalement des orpailleurs nigériens. Certaines sources ont rapporté que le bilan s'était alourdi à sept morts.
La destruction d’un drone relance les frictions diplomatiques
Cet incident intervient dans un contexte de tensions exacerbées entre le Mali et l’Algérie. Début 2025, les autorités maliennes de transition ont accusé l’Algérie de soutenir «les groupes terroristes», dénonçant des «actes d'ingérence».
Rappelons également que la crise a éclaté après l’accueil à Alger de l’imam malien Mahmoud Dicko, perçu par Bamako comme une ingérence en 2023. En réponse, le Mali a rappelé son ambassadeur et annulé, en janvier 2024, l’accord de paix d’Alger de 2015, le qualifiant «d’actes d’hostilité».
Les deux pays ont divergé sur la stratégie anti-terroriste au Sahel : Alger privilégie une approche politique, tandis que le Mali opte pour une solution militaire, notamment via l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger.
«Il n’y a pas de solution militaire. Ce n’est pas une solution», c’est ainsi qu’a souligné le ministre des Affaires étrangères algérien qui a affirmé que son pays ne permettrait pas que «des mouvements politiques ayant participé à l’accord soient qualifiés en une nuit comme étant des organisations terroristes».
Cet incident marque un nouvel obstacle dans le processus de rapprochement entre les deux pays, jetant une ombre sur les perspectives de dialogue et toute éventuelle coopération. Ces nouveaux développements mettent également en évidence les tensions aux frontières entre l'Algérie et le Mali, exacerbées par la présence de groupes armés non étatiques des deux côtés.