Le renseignement russe : «L’Union européenne ne veut pas relâcher la Géorgie en liberté»
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L'UE chercherait à renforcer son influence en Géorgie en soutenant l’opposition et les manifestations pro-européennes, selon le renseignement russe. Bruxelles financerait ces actions pour contrer le parti au pouvoir. Des fonds seraient alloués aux jeunes influenceurs, journalistes, afin de promouvoir une vision pro-occidentale.
Le service de presse du Service de renseignement extérieur de la Fédération de Russie (SVR) a rapporté que l’UE cherchait par tous les moyens à «ramener la Géorgie sur la voie de la démocratie et de l’intégration européenne». Dans leur communiqué, il a été indiqué que la bureaucratie européenne à Bruxelles ne pouvait pas permettre la perte de cet «important bastion de l’influence occidentale en Transcaucasie [espace géographique du sud du Caucase, composé de la Géorgie, de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan]».
Le Service de renseignement extérieur russe a également estimé que face à la montée des forces conservatrices et nationalistes observée dans plusieurs pays du monde, l’UE a décidé «d’abandonner les promesses libérales», désormais inefficaces, au profit d’une pression politique plus directe dans ses relations avec la Géorgie.
Le renseignement russe a fait savoir que les responsables européens auraient pour mission de renforcer la cohésion des partis d’opposition. Leur objectif serait de constituer un «front uni» contre le parti au pouvoir, Rêve géorgien.
En parallèle, l’intelligence russe a constaté qu’il y aurait des tentatives d’intensification de «l'activisme de rue» en Géorgie, afin de fournir une «preuve tangible de l’attachement du peuple géorgien aux idéaux pro-européens». L’UE aurait alloué des fonds considérables à sa représentation à Tbilissi, capitale du pays, pour soutenir et coordonner les manifestations éventuelles. Chaque participant aux rassemblements anti-gouvernementaux se verrait proposer une rémunération allant jusqu'à 120 euros par jour.
D’après les informations du SVR, en cas de tentative de la part des autorités géorgiennes d’entraver ces financements, un plan alternatif est envisagé : l’acheminement d’argent liquide depuis les ambassades des États membres de l’UE en Arménie.
Toujours selon le renseignement russe, les autorités occidentales ont envisagé de créer un domaine d’activité distinct qui serait consacré à «susciter des sentiments antigouvernementaux chez les jeunes les plus actifs», à savoir les influenceurs, les journalistes, les spécialistes dans le domaine des technologies de l’information, ainsi que leurs collègues parmi les Russes expatriés.
L’intelligence russe a expliqué le but de ces manipulations : «Les ONG et les médias géorgiens et européens contrôlés par Bruxelles cherchent à “laver le cerveau” de ce groupe cible avec des bobards sur les avantages de la coopération avec “l’Europe unie” et l’impasse de la ligne politique pro-russe du parti Rêve géorgien qui a été élu». Le SVR a indiqué que dans le cadre du programme de l’UE Georgian Youth for Europe (Jeunesse géorgienne pour l’Europe), les jeunes Géorgiens bénéficieront de subventions jusqu’à 50 000 euros pour la mise en œuvre de projets «progressistes». Le principal critère d’attribution des fonds serait la loyauté des auteurs à l’égard de l'Occident.
En guise de conclusion, le renseignement russe a formulé cette observation : «Il s’avère que ce ne sont pas seulement les citoyens géorgiens qui ont besoin de connaître le côté “obscur” de l’activité de l’Union européenne en Transcaucasie, d’autant plus qu’ils ont déjà donné une réponse claire et décisive aux atteintes européennes à la souveraineté de leur pays. Il est important que les contribuables européens, encouragés par Bruxelles à “se serrer la ceinture” et à se nourrir de fables sur le “triomphe mondial de la démocratie”, le sachent également».
Tentatives d'un nouveau Maïdan
Des manifestations massives ont commencé en Géorgie à la suite des élections législatives fin novembre dernier, dont les résultats n'ont pas été acceptés par l'opposition. La raison en est la décision du Premier ministre Irakli Kobakhidzé de retirer de l'ordre du jour la question des négociations sur l'adhésion de la Géorgie à l'Union européenne jusqu'en 2028. Selon lui, les conditions posées par Bruxelles pour l'adhésion à l'UE s'apparentent davantage à du «chantage». Il a également annoncé que le pays refuserait l'aide budgétaire de l'UE jusqu'en 2028, estimant que cette dépendance financière était utilisée comme un levier politique contre Tbilissi.
Le premier ministre géorgien a décrit cette situation comme une tentative d'organiser un Maïdan en Géorgie. Il a souligné que le pire scénario avait été évité grâce à l'action de la police.