Crise des migrants : «les pouvoirs publics européens jouent avec le feu»

Un groupe de réfugiés dans un camp au village de Sentilj (Slovaquie) à la frontière autrichienne Source: Reuters
Un groupe de réfugiés dans un camp au village de Sentilj (Slovaquie) à la frontière autrichienne

Avec l’automne et la chute des températures en Europe, de nombreux réfugiés se trouvent dans une situation très délicate. RT France s’est entretenu avec le Secrétaire National du Parti de Gauche Djordje Kuzmanovic pour analyser la situation.

RT France : Il y a des dizaines de milliers de réfugiés à travers toute l’Europe qui vivent dans des tentes et n’ont pas encore vu leur situation s’améliorer malgré le froid. Est-ce que les autorités, en invitant les réfugiés en Europe, ont prévu ces conséquences ?

Djordje Kuzmanovic : Non. Les pouvoirs publics européens jouent avec le feu, avec la vie des gens alors qu’ils ne financent même pas comme ils devraient les camps existants en Jordanie ou en Turquie, n’ aident pas les réfugiés qui se trouvent déjà en Syrie. C’est parfaitement inconcevable de faire ce qui a été fait. Inviter ces populations pour ensuite leur interdire l’entrée ou les expulser parce que le froid arrive. C’est honteux.

RT France : Pourquoi donc inviter les réfugiés si rien n’était prévu pour les accueillir ?

Djordje Kuzmanovic : La politique qui est menée est une politique sans stratégie coordonnée, avec des intérêts différents au niveau des pays qui composent l’Union européenne. Cette politique est en plus très suiviste de celle des Etats-Unis. C’est ce qu’on appelle une « politique de gribouille » - mal réfléchie, qui émane d’une situation comme celle-ci, fortement causée par les actions des Etats-Unis en Irak.

RT France : La maire de Calais Natacha Bouchart estime que le nombre de réfugiés dans sa ville peut augmenter jusqu’à 10 000 personnes alors que la New Jungle en compte déjà 6 000. Le ministre de l’Intérieur a annoncé la construction des logements supplémentaires. Pensez-vous que cela peut remédier à la situation ?

Djordje Kuzmanovic : Non, les mesures telles qu’elles sont annoncées ne remédieront pas à la situation. Elle était déjà grave avant l’arrivée de ces nouveaux réfugiés, ces personnes malheureuses. En France il y a déjà 9 millions de pauvres, le taux de chômage est de 18% et beaucoup de gens sont mal logés – que ce soit des Français ou des étrangers régulièrement installés sur le territoire français ou des migrants des vagues précédentes. Les conditions sont vraiment inhumaines. Autour de Paris il y a de plus en plus de camps avec des conditions inacceptables. Ce que fait le gouvernement, c’est des effets d’annonces, mais ils ne cherchent pas du tout à trouver des solutions concrètes pour ces gens. Paris n’est pas Moscou mais en hiver il fait quand même froid et les gens vont souffrir.

RT France : Quelle serait la solution ?

Djordje Kuzmanovic : C’est l’obligation humaine d’accueillir les gens qui fuient la guerre, si effectivement ils fuient la guerre. Il faut mettre les mesures, les moyens en fonction de la situation – pas le peu qui est débloqué actuellement. Il faudrait mettre beaucoup plus de moyens pour accueillir ces populations. Après, c’est l’ensemble de la politique migratoire qui devrait être revue. La frontière qui était mise en place par l’Europe en Méditerranée, dispositif mis en place par la Frontex. Si les deux tiers de cet argent était utilisé pour faire de la politique de développement comme l’Europe le promet souvent dans les pays d’où vient la migration, les gens ne seraient pas obligés de fuir les situations causées soit par les situations économiques ou par les conflits. Si les Etats-Unis et l’OTAN intervenaient moins souvent dans les pays comme la Libye, l’Irak ou la Syrie il y aurait moins de réfugiés.

RT France : En Allemagne la crise des réfugiés a fait monter la mouvance radicale Pegida. En France l’extrême droite joue aussi la carte des réfugiés. Pensez-vous qu’un Pegida français puisse apparaître ?

Djordje Kuzmanovic : Non, la situation est différente. On peut comprendre certaines choses qui se passent parce qu’il s’agit d’un appel du patronat allemand à ces migrants. On assiste à des choses tout à fait incroyables – des chasseurs de têtes de Daimler, de Mercedes vont dans les camps des réfugiés ou aux frontières de l’Europe pour sélectionner les gens pour travailler chez eux. C’est le patronat qui va chercher des salariés qui vont accepter des conditions de travail très difficiles à très bas prix donc cela créé la pression sur les salaires pour tous les autres salariés quels qu’ils soient. On comprend bien l’intérêt du patronat, et c’est normal qu’il y ait une réaction syndicale.

Le problème se pose déjà en France avec ce qu’on appelle «les travailleurs détachés» qui peuvent venir travailler en toute légalité de l’Europe de l’Est, par exemple, pour deux ou trois fois moins cher qu’un salarié selon les conditions françaises. Evidemment cela provoque des réactions.

RT France : Que faut-il faire pour éviter une explosion sociale ?

Djordje Kuzmanovic : Je pense qu’il faut répartir les richesses autrement, les gains qui ont été faits par les entreprises et surtout détournés par les actionnaires ces 20-30 dernières années devraient plutôt servir pour l’investissement et l’augmentation des salaires. Il faut limiter des vagues migratoires faisant en sorte que les gens ne partent pas de chez eux. C’est un drame aussi pour les pays d’où partent tous ces migrants – les premiers qui sont «acceptés» ou même je dirais «sélectionnés» ce sont des gens diplômés, qui ont un savoir-faire – donc ils ne pourront pas aider au redressement de leur pays.

La solution serait que l’Irak ne soit plus détruit par les Etats-Unis, que les gens puissent revenir et reconstruire leur pays – pareil pour la Syrie et d’autres gens qui sont forcés à immigrer . Il faut se rendre compte que la plupart des migrants sont des gens qui ne l’ont pas choisi et que c’est un drame pour eux – quitter leur pays, leur culture et leurs origines, c’est tragique. 

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