Syrie : les missiles russes tirés depuis la Caspienne vont révolutionner les stratégies de l’OTAN

Capture d'écran des bombardements russes en Syrie Source: RIA NOVOSTI
Capture d'écran des bombardements russes en Syrie

Ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), Alain Rodier explique pour RT France sa vision de la situation en Syrie.

RT France : Dans votre article publié sur le site Atlantico vous avez écrit qu’après les frappes russes en Syrie, les stratèges américains devraient revoir leur tactique dans la région. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Alain Rodier : Pour le moment l’objectif de Moscou est double : préserver le pouvoir en place à Damas parce qu’il était mis en difficulté en particulier par Al-Qaïda qui risquait de lancer une offensive sur la côte et sur Lattaquié en particulier. Deuxièmement c’est un message adressé à l’OTAN, je pense notamment aux tirs de missiles qui ont eu lieu depuis la mer Caspienne et qui sont venus frapper la Syrie en survolant l’Iran et l’Irak. Il est évident qu’employer des armes d’une telle sophistication pour détruire deux ou trois objectifs djihadistes n’est absolument pas justifié, c’est donc un message montrant les capacités techniques atteintes aujourd’hui par l’armée russe. Il semble que, effectivement, ces capacités techniques aient été sous-estimées par différents experts.

L’OTAN va devoir revoir sa copie dans ce domaine

Le message envoyé par ces missiles mer-sol va révolutionner les stratégies prévues à l’heure actuelle dans le cadre de la guerre navale, donc je crois que l’OTAN va devoir revoir sa copie dans ce domaine. Pour le reste, nous n’avons pas encore assez d’informations pour savoir quelle sera la suite. Il ne faut pas non plus exagérer l’efficacité des frappes aériennes en Syrie : pour le moment on s’aperçoit que relativement peu de bombes guidées sont employées mais qu’il y a beaucoup de bombes lisses, qui n’ont absolument pas la précision des armes guidées. Là, il semble que l’armée russe manque un petit peu de munitions «intelligentes» en quantité.

RT France : Pourquoi l’opération russe en Syrie a-t-elle suscité autant de spéculations en Occident ?

Alain Rodier : C’est sûr que le président Poutine a donné un coup de pied dans la fourmilière parce qu’il est quand même étonnant de voir que la Russie est le premier pays à intervenir «au sol» en Syrie. Jusqu’à maintenant toutes les interventions n’ont eu lieu que par les airs et la problématique se posait de savoir s’il fallait aller au sol pour vaincre Daesh et Al-Qaïda. Il est vrai que pour le moment, l’armée russe est présente en Syrie uniquement pour protéger les installations à partir desquelles ses avions décollent et mènent leurs opérations de bombardements. Jusqu’à présent la Russie n’a bénéficié d’aucune infrastructure dans la région pour pouvoir se livrer à ces frappes et c’est pour cela que Moscou a été obligé de créer une base de départ en Syrie-même.

En savoir plus : Un missile russe de croisière présumé capté par une vidéo publiée par les kurdes (VIDEO)

RT France : La Russie et les Etats-Unis ont signé le 20 octobre un mémorandum sur la prévention des accidents aériens en Syrie. Pourquoi ces pays ont-ils mis autant de temps pour parvenir à cet accord ?

Alain Rodier : Il est vrai qu’un accord a été trouvé entre les forces russes et celles de la coalition mais cela a pris un certain temps alors que, pour faire un parallèle, un accord a été trouvé entre les forces russes et Israël beaucoup plus rapidement. Il semble que les réticences venaient essentiellement de Washington, qui s’est fait un petit peu tirer l’oreille parce qu’en réalité, ils ont pris un petit coup au moral à cause de cette intervention russe relativement efficace. Cependant, il était obligatoire de garantir la sécurité des vols, qu’il y ait au moins une communication entre les unités russes et celles de la coalition menées par Washington.

A l’heure actuelle, la situation est extrêmement floue en Syrie, en particulier, pour définir qui sont les «bons» et les «mauvais» mouvements rebelles.

RT France : Les médias occidentaux ont beaucoup spéculé sur le fait que la Russie ne frappait pas Daesh mais uniquement l’opposition modérée…

Alain Rodier : Si l’on peut reconnaître un mérite à l’intervention russe, c’est d’essayer de redéterminer ou de définir exactement qui est qui. A l’heure actuelle, la situation est extrêmement floue en Syrie, en particulier, pour définir qui sont les «bons» et les «mauvais» mouvements rebelles. Washington n’a jamais fourni d’explications. On attend donc des clarifications dans ce domaine. De l’autre côté, le président Poutine «ment comme un arracheur de dents» en disant qu’il tape sur l’Etat islamique principalement et ensuite sur les autres groupes d’insurgés. En réalité, on sait très bien, il suffit de regarder la carte des frappes, qu’il s’agit d’attaques contre les mouvements dépendants d’Al-Qaïda qui sont présents essentiellement au Nord-Est de Lattaquié et qui menacent la côte méditerranéenne. Ces frappes sont destinées à protéger Damas contre une offensive sur la côte.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales